« La FNSEA pâtit de préjugés et d’une image dégradée » : Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, secoue le congrès de Caen
Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, n’a pas mâché ses mots le 2 avril lors du congrès de la FNSEA à Caen. Morceaux choisis de son discours.
Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, n’a pas mâché ses mots le 2 avril lors du congrès de la FNSEA à Caen. Morceaux choisis de son discours.
« Les plus de 50 ans, levez la main ! ». Ainsi Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, interpelle l’assistance ce jeudi 2 avril, lors d’un discours choc au Congrès de la FNSEA à Caen. « La question c’est : qui sera là dans 10 ans à votre place ? Qui reprendra vos exploitations ? Qui acceptera ces contraintes, ces risques, cette pression permanente ? Qui sera là dans dix ans et plus généralement dans les organisations professionnelles agricoles ? », poursuit-il.
Visiblement éprouvé par les deux années de son mandat de président durant lesquelles l’agriculture a été mise « sous pression de toutes parts : économique, géopolitique, climatique, sanitaire et aussi syndicale », l’éleveur des Alpes-de-Haute-Provence tient à remettre l’enjeu du renouvellement des générations au cœur du débat. Il en profite aussi pour interpeller la FNSEA sur sa relation avec les Jeunes agriculteurs.
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« Les jeunes générations ne sont pas une menace, elles sont une chance »
« L’avenir de la FNSEA passera par le renouvellement constant de ses représentants. Pas pour tourner la page. Mais pour écrire la suivante, ensemble. Les jeunes générations ne sont pas une menace. Elles sont une chance. Mais pour qu’elles s’engagent, nos structures doivent, elles aussi, évoluer et s’adapter », lance Pierrick Horel en tribune, sous le regard d’Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.
Nous devons transformer nos structures pour que, demain, chaque agriculteur ait envie de s’y investir
« Il ne s’agit plus seulement de communiquer sur la manière d’accueillir de nouveaux responsables, mais de rendre nos organisation professionnelles agricoles réellement attractives. Nous devons transformer nos structures pour que, demain, chaque agriculteur ait envie de s’y investir et s’y reconnaisse pleinement », poursuit-il, saluant les décisions prises la veille en assemblée générale. Selon nos confrères d’Agra Presse, la FNSEA a ainsi notamment acté l’idée de réformer le système des cotisations appelées auprès des fédérations départementales, avec plusieurs hypothèses évoquées qui seront tranchées l’an prochain, dont celle d'un calcul sur la base du seul nombre d'adhérents, et d'une cotisation forfaitaire pour les fédérations de moins de 300 adhérents. Un enjeu important pour la représentation de certains départements au niveau des instances nationales du réseau du syndicat agricole.
« JA et FNSEA, c’est un couple fort mais pas une évidence »
« La transformation, telle qu’elle a été présentée, c’est bien. Ça montre que les responsables de cette maison ont pris conscience de l’enjeu. Mais la FNSEA pâtit de préjugés et d’une image dégradée, qui remonte du terrain. Nous devons les entendre », poursuit-il, faisant allusion aux résultats aux élections chambres d’agriculture 2025, où les listes JA-FNSEA ont reculé dans plusieurs départements face à l’offensive de la Coordination rurale.
« JA et FNSEA, c’est un couple fort mais pas une évidence. Il faut savoir se poser les bonnes questions pour repartir plus fort. Et pour que, aux prochaines élections, JA et FNSEA renversent la vapeur », prévient-il, lors du 80e congrès de la FNSEA.
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« Agrandir les fermes n’est pas la solution ! On veut des entreprises à taille humaine »
Concernant le renouvellement des générations, Pierrick Horel tient aussi à faire passer des messages forts. Auprès de la ministre de l’Agriculture d’abord dont un discours au dernier salon de l’Agriculture sur la « taille critique des exploitations agricoles » a marqué les esprits. Il lui lance en tribune : « agrandir les fermes n’est pas la solution ! On veut des entreprises à taille humaine. Un jeune qui s’installe, c’est une école qui reste ouverte et un village qui vit ».
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10% du budget la prochaine PAC doit être consacré au renouvellement des générations
A la ministre mais aussi aux représentants de la FNSEA, le président des Jeunes agriculteurs adresse ensuite un message concernant la future PAC (PAC 2028-2034). « Nous ne devons pas chercher à maintenir la PAC actuelle à tout prix : elle a largement contribué à amener l’agriculture dans l’état de fragilité que nous connaissons aujourd’hui », amorce-t-il.
Ensemble luttons contre la course à l’hectare et dites oui à la dégressivité !
Les Jeunes agriculteurs soutiennent naturellement l’idée d’une politique agricole commune « qui s’engage pour le renouvellement des générations ».
Aux nouveaux représentants élus de la FNSEA, Pierrick Horel enjoint : « Ensemble luttons contre la course à l’hectare et dites oui à la dégressivité ! Ensemble vivons de nos productions, pas des aides, alors dites oui au plafonnement ! Ensemble soutenons une agriculture faite par et pour des agriculteurs, et dites oui à l’actif qui n’est ni un rentier ni un retraité ! Ensemble structurons nos filières et dites oui aux aides couplées intégrées aux programmes filières ! » Et de prévenir que les Jeunes agriculteurs « iront arracher 10% du budget de la PAC pour le renouvellement des générations ».
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Pierrick Horel passera la main en juin prochain
Une fois ces messages forts passés, Pierrick Horel annonce qu’il ne briguera pas un second mandat en juin prochain. « Pour revenir à la base du syndicalisme, être plus proche du terrain et répondre aux besoins de nos adhérents, acceptons le changement. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de ne pas briguer un second mandat. »
« Être président de Jeunes Agriculteurs a été pour moi l’aboutissement de mon engagement syndical. Il est à présent temps pour moi de me consacrer à de nouveaux projets plus personnels. Parce qu’un responsable syndical ne doit pas s’accrocher à un mandat. Il doit préparer la suite », explique-t-il, salué par des applaudissements nourris de la salle puis une standing ovation.
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