La FNO s’engage pour un avenir viable, vivable et attractif de l’élevage ovin
Le conseil national de la fédération nationale ovine (FNO) s’est tenu le 30 avril 2026 à la Maison nationale des éleveurs, à Paris. Le syndicat ovin y a réaffirmé sa vision de l’avenir de l’élevage ovin.
Le conseil national de la fédération nationale ovine (FNO) s’est tenu le 30 avril 2026 à la Maison nationale des éleveurs, à Paris. Le syndicat ovin y a réaffirmé sa vision de l’avenir de l’élevage ovin.
« Notre responsabilité collective est d’identifier les pistes concrètes pour améliorer durablement le revenu des éleveurs. » C’est en ces mots que Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO), a introduit la table ronde « Assurer la viabilité de mon élevage ovin : produire mieux, vivre mieux ». Elle avait lieu à l’occasion du conseil national de la FNO le 30 avril dernier.
Une soixantaine de professionnels de la filière ovine s’est réunie à la Maison nationale des éleveurs à Paris pour assister à cette journée et participer aux échanges. Après un tour des actualités durant la matinée, les échanges se sont poursuivis l’après-midi sur le rôle clé de l’accompagnement technique dans la viabilité des élevages ovins.
Malgré la hausse des charges, les crises sanitaires et les incertitudes géopolitiques, la FNO reste résolument tournée vers l’avenir. « Notre vision est claire : amener chaque exploitation agricole à réaliser son plein potentiel de production, pour répondre aux besoins de la filière comme aux aspirations des éleveurs », a déclaré Michèle Boudoin.
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Et pour assurer un avenir « viable, vivable et attractif à l’élevage ovin », l’accompagnement technique des exploitations est indispensable. Le mot d’ordre de la journée : le conseil ne doit pas être vu comme une charge, mais comme un investissement pour l’avenir. Michèle Boudoin a souligné l’importance de personnaliser cet accompagnement et de l'adapter aux attentes des éleveurs. « Il y a une diversité de profils en élevage ovin, aux vécus différents. L’accompagnement doit en tenir compte. »
Michèle Boudoin, présidente de la FNO, et Patrick Soury, président d'Interbev Ovins. Crédit : D. Séailles.
Répondre à la demande
« Vous avez la chance de produire un bon produit : l’agneau est demandé, surtout s’il est bien présenté. Il y a un vrai besoin de produire plus », a rappelé en préambule de son intervention François Frette, directeur d’Interbev Ovins. Certes, le cheptel ovin baisse, mais dans une moindre mesure que les abattages d’agneaux : « Il y a donc du potentiel ! » a-t-il relativisé, avant de rappeler les trois objectifs poursuivis par la FNO et France Brebis Laitière dans le cadre du plan de souveraineté alimentaire lancé par le ministère de l’agriculture.
Produire plus et mieux, préserver l’attractivité de la filière ovine, et soutenir le modèle français d’élevage durable à surfaces pâturées. « Notre défi collectif est de permettre aux exploitations agricoles de répondre à ces attentes », a poursuivi Patrick Soury, président d’Interbev Ovins. « La filière a besoin de produire, et cela suppose d’avoir des exploitations viables. »
Produire plus, certes, mais encore faut-il que les élevages trouvent leur équilibre économique, tout en respectant l’environnement et les aspirations de chacun. Pour démontrer qu’il est possible de tout concilier, trois binômes d’éleveurs et de techniciens ou d’ingénieurs agronomes ont témoigné durant l’après-midi et échangé avec l’auditoire.
Les participants à la table ronde, de gauche à droite : François Frette, Marie Penn, Vincent Bellet, Xavier Ingreneau, Sindy Throude, Antoine Stouff et Gaïane Seychal. Crédit : D. Séailles.
Assurer la rentabilité des élevages ovins
Alors, comment assurer un meilleur revenu aux élevages ovins ? « Les leviers de rentabilité varient d’un type d’exploitation à l’autre », a indiqué Vincent Bellet, de l’Institut de l’élevage. Les revenus des systèmes fourragers sont avant tout déterminés par la productivité numérique du troupeau. Ceux des systèmes pastoraux, plutôt par la maîtrise des charges. Et ceux des systèmes herbagers de plaine, par la consommation de concentrés et le poids des agneaux. Face à cette diversité, le conseil technique doit être plus personnalisé, réclame la FNO.
« L’accompagnement technique ne coûte rien par rapport à ce que ça me rapporte ! »
Un service que Xavier Ingreneau, éleveur de 1500 brebis allaitantes dans les Deux-Sèvres, juge extrêmement utile. « L’accompagnement technique me coûte deux agneaux et demi par an… ce n’est rien par rapport à ce que ça me rapporte ! » a-t-il témoigné. L’éleveur prête une grande attention à l’équilibre économique de sa ferme. « Je calcule tout. Les prix de revient, les charges, les coûts de production… je cherche à planifier ma production pour gagner du revenu et du temps libre », a expliqué celui qui est aussi père de famille.
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Concilier environnement, technique et économie
Produire efficacement tout en répondant aux enjeux environnementaux et climatiques… rien d’impossible selon Sindy Throude, de l’Institut de l’élevage. « On peut faire d’une pierre deux coups ! » La preuve : parmi la centaine d’exploitations ovines suivies par le projet Life Green Sheep, les 10% les moins émettrices étaient celles avec les meilleurs résultats techniques. « Tous les systèmes peuvent baisser leurs émissions de gaz à effet de serre », a ajouté l’ingénieure agronome. Gestion du troupeau, gestion de l’alimentation, conditions sanitaires… les leviers techniques à actionner ne manquent pas.
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Une approche qui a convaincu Antoine Stouff, éleveur de 400 brebis en Aveyron. Il s’est prêté au jeu d’un diagnostic environnemental Cap2ER dans le cadre du projet. « Ce n’est pas antagoniste de travailler sur l’environnement et l’économie », a-t-il affirmé. Saluant « l’approche globale » de ce diagnostic, il a témoigné avoir diminué ses épandages d’engrais azotés et augmenté la place des légumineuses dans son assolement. Un soulagement pour son porte-monnaie… comme pour son bilan carbone. « Il faut qu’on s’intéresse à ses outils, sans en faire un vecteur de culpabilisation de l’éleveur », a-t-il conclu.
S’installer sans renier ses attentes
Les générations d’éleveurs se succèdent, et avec elles évoluent leurs attentes. Un projet d’installation ne se réfléchit plus uniquement à l’aune des besoins de la filière ovine. « Quand on construit un projet d’installation, il faut trouver un équilibre entre exigences économiques, techniques et personnelles », a rappelé Gaïane Seychal, conseillère installation à la chambre d’agriculture du Cantal. « Chaque projet peut trouver sa place à partir du moment où il est sérieux. »
Elle était accompagnée de Marie Penn, installée au 1er janvier 2025 dans le Finistère, après une carrière dans le tertiaire à Paris. La jeune installée a expliqué avoir deux exigences. D’une part, gagner en visibilité sur l’avenir. Pour ce faire, elle a cadré les prix de vente de ses agneaux en circuit court pour les trois prochaines années. « Fixer les prix donne un certain confort pour se projeter dans le futur, quand on est jeune installé. »
D’autre part, diminuer la pénibilité du travail : « J’ai prévu d’acheter du matériel de contention et d’aménager mes bâtiments. Je n’ai pas envie de finir ma carrière en ayant mal partout. » Quant à recourir à l’accompagnement technique, l’éleveuse bretonne serait bien partante… mais elle est confrontée au manque d’offre dont pâtissent les régions traditionnellement moins portées sur l’ovin, comme le Finistère. Des régions qui manquent aussi de références pour construire les projets d’installation en ovin, a-t-elle fait remarquer.
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En conclusion de la journée, Michèle Boudoin, présidente de la FNO, a rappelé les bénéfices mutuels que les acteurs de la filière tirent de l'accompagnement technique, sur l'efficience de la production, la protection de l'environnement et le renouvellement des générations. « La performance technique repose sur un accompagnement individualisé. Les binômes éleveurs-techniciens sont gagnants-gagnants pour la filière ovine. »
Le tour des actus au conseil national
La matinée a vu un tour des actualités occupant la filière ovine. Les débats se sont attardés sur la prédation et le sanitaire. Claude Font, élu FNO référent sur le sujet, a détaillé les évolutions réglementaires entérinées par le nouvel arrêté paru le 23 avril. Il a jugé les mesures décevantes, car pour la plupart soumises à la mise en place de moyens de protection : « Dès qu’on a une avancée, il y a aussi de nouvelles conditions associées » a-t-il déploré. « On ne veut pas de la conditionnalité. »
Quant au domaine sanitaire, Interbev, l’Anicap, FBL, Races de France et GDS France ont demandé au ministère de l’agriculture de mettre en place dès que possible un plan national d’anticipation et de prévention des maladies émergentes, telles que la clavelée ou la peste des petits ruminants… une demande restée pour le moment lettre morte, au grand dam de la FNO.