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Varenne de l'eau : Denormandie promet du concret dans un calendrier serré

Déboucher sur des leviers d'action concrets pour l'agriculture pour faire face au changement climatique, reposant sur un consensus et faisant appel à la science : c'est l'ambition du Varenne de l'eau lancé le 28 mai par les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique. Les travaux doivent être finalisés pour le début de 2022.

irrigation
L'accès à la ressource en eau et l'adaptation des pratiques seront au coeur du travail du Varenne de l'eau pour faire face au changement climatique.
© V. Marmuse

« L’objectif est de faire de ce Varenne de l’eau quelque chose d’opérationnel. Il ne s’agit pas uniquement de poser des constats, mais de trouver des moyens pour regagner notre indépendance face aux aléas du changement climatique. » Le ministre de l’Agriculture voulu convaincre de la dimension concrète du Varenne de l’eau et de l’adaptation au changement climatique, lors du lancement des travaux le 28 mai. Ce Varenne sera la déclinaison sectorielle pour l’agriculture des Assises de l’eau, concertations menées en 2018 et 2019.

Aux côtés de Julien Denormandie, Bérangère Abba, secrétaire d’Etat à la Biodiversité, a également insisté sur le « volontarisme » et « l’absence de tabou ». « Si nous ne sommes pas d’accord sur tout, nous voulons trouver des chemins communs », a assuré la secrétaire d’Etat. Le tout dans un calendrier serré, puisque le Varenne devra avoir rendu l’ensemble de ses conclusions au début de l’année prochaine.

Les deux membres du gouvernement ont mis en scène leur volonté d’avancer de concert sur la question de la gestion de l’eau en agriculture, sujet sensible qui voit souvent s’opposer agriculture et environnement. Ces dernières années, les tensions sur les usages de l’eau et les polémiques sur le stockage n’ont en effet cessé de s’amplifier. « Nous voulons avancer avec pragmatisme, en nous appuyant sur la science et la raison », a affirmé Julien Denormandie.

Concrètement, les chantiers seront répartis en trois groupes, dont les membres et le calendrier seront définis par les pilotes désignés par les ministères.

Les trois groupes aborderont les thématiques suivantes :

1) amélioration des dispositifs de gestion de crise (assurance récolte, fonds Calamités et gestion de crise)

2) élaboration de stratégies d’adaptation au changement climatique (identification des leviers et stratégies pour protéger et adapter les cultures et les animaux au changement climatique, tout en accroissant l’efficience de l’irrigation)

3) actions à mettre en œuvre pour sécuriser les ressources en eau à long terme, notamment grâce aux plans de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE).

Mise en œuvre rapide d’une refonte de l’assurance récolte et du fonds Calamités

Le premier chantier devra aboutir dans un délai court à la refonte de l’assurance récolte en l’articulant au fonds Calamités. La nouvelle mouture de l’assurance récolte devra être pleinement opérationnelle pour 2023, date d'entrée en vigueur de la nouvelle PAC. Julien Denormandie a pour cela annoncé vouloir « profiter du prochain projet de loi de finance » pour acter le nouveau dispositif de multirisque climatique.

Le fonds Calamité sera lui-même adapté pour garantir un meilleur fonctionnement. Un protocole sera également établi pour anticiper la gestion des crises provoquées par la météo, désormais récurrentes.

Le deuxième groupe, piloté par Anne-Claire Vial, présidente de l’Acta, et François Champanhet, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) s’attaquera à la protection et à l’adaptation des cultures face au changement climatique.

Il intégrera une approche croisant les filières et les territoires, et devra identifier les leviers pour « une irrigation efficiente compatible avec le bon état des eaux et les autres usages ». Cet atelier abordera aussi la question épineuse des nouvelles méthodes de sélection variétale.

Dynamiser les projets de territoire pour la gestion de l’eau

Le troisième groupe s’intitule « Accéder à une vision partagée et raisonnée aux ressources en eau mobilisables pour l’agriculture sur le long terme : réalisations, avancées et perspectives ». Il sera piloté par Jean Launay, président du Comité national de l’eau, Luc Servant, président de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, et Hugues Ayphassorho, membre du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD).

Le travail sera notamment axé sur la dynamisation des projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). Une quarantaine de ces PTGE ont déjà été signés, et une trentaine sont en cours d’élaboration. « Il y a un consensus de la part des acteurs sur ce socle des PTGE, mais certains les trouvent parfois trop longs, a indiqué Julien Denormandie. Nous nous appuierons sur des retours d’expérience pour lever les points bloquants et améliorer les projets. »

Les ministres ont profité de cette tribune pour annoncer la présentation du décret sur la gestion quantitative de la ressource en eau le 16 juin en Conseil des ministres. Ce texte doit permettre de sécuriser les volumes prélevables par les irrigants en définissant plus clairement ces volumes. Ces derniers sont actuellement sujet à interprétation, ce qui donne lieu à des recours administratifs.

« L’agriculture de 2050 ne sera pas celle de 2021 »

Il s’agira aussi d’identifier les gisements disponibles et comment les sécuriser, au travers du stockage ou l’utilisation d’eaux usées. « Beaucoup de travaux ont déjà été menés mais il reste beaucoup à faire pour mettre en œuvre les réflexions, a indiqué Luc Servant. Les agriculteurs veulent de la visibilité sur le long terme sur la gestion de l’eau, car ils sont aujourd’hui soumis aux aléas climatiques et aux arrêtés préfectoraux. »

Dans sa présentation des enjeux du changement climatique pour l’agriculture, Thiery Caquiet, directeur scientifique environnement d’Inrae a mis en garde : « L’agriculture de 2050 ne sera pas celle de 2021. Il y aura une combinaison de leviers à activer, dont les effets ne seront que partiels, et toute la chaine devra s’adapter. » Peu avant, le paléoclimatologue Jean Jouzel jugeait inévitable « une adaptation profonde du monde agricole au changement climatique ».

Incertitudes sur la participation de FNE

Avant même son lancement, le Varenne de l'eau a connu son premier couac, avec l'annonce par France Nature Environnement que l'association ne participerait pas aux travaux. FNE y voit un « comité monté de toutes pièces, en dehors de tout cadre de concertation déjà existant sur les questions d’eau et d’adaptation au changement climatique ».

L'association écologiste critique une initiative qui « dépossède le Ministère de la Transition Ecologique de sa pleine compétence de pilotage pour ces enjeux transversaux ». FNE dresse un procès en illégitimité du Varenne, « à contre-courant de accords concertés, partagés et légitimes » alors que les SDAGE sont actuellement en cours de consultation et que « la PAC devrait être l’instrument principal de l’adaptation au changement climatique de tous les agriculteurs ».

Interrogé sur ce refus de la part de FNE, le ministre de l'Agriculture a dit « espérer que FNE finira par participer car l'association a toute sa place dans ce Varenne ».

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