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Après une décennie de croissance
Une pause dans l´essor du lin textile

Depuis 1995, le lin connaît un essor sans précédent, résultat de la politique de promotion des producteurs et des achats chinois. Mais l´équilibre du marché devient précaire.


« Années après années la deman-de de lin bat des records de volume. Mais au bout de dix ans de fort développement, nous sentons un palier. Il faut marquer une respiration et mieux réguler l´offre », explique Christophe Mallet, directeur de l´AGPL(1) commentant la récente décision de l´interprofession (Cipalin)(2) d´acheter 10 000 tonnes de filasses pour les retirer du marché.
A la veille des arrachages, le stock de lin teillé français représentait 24 000 tonnes contre 17 200 en juin 2004 et 8000 il y a deux ans. Sur les quatre premiers mois de 2005, les volumes commercialisés accusent un ralentissement de 16 % par rapport aux chiffres de 2004 et les prix restent durablement sous la barre d´1,6 euro le kilo loin des 1,9 à 2 euros d´il y a deux ans. « Les filateurs chinois exercent une forte pression, poursuit-il. Ils usent de leur position dominante. »
Depuis 1995, le lin connaît un essor sans précédent sous la conjonction de deux facteurs. Le premier réside dans la politique de promotion menée par la filière. « Pendant plusieurs décennies, l´usage du lin dans l´habillement a suivi une tendance générale baissière avec un effet mode très fort. Le lin suivait globalement des cycles de quatre ans. Une année vraiment à la mode, deux années moyennes et une année très mauvaise avec gonflement des stocks et crise. »
De 55 000 hectares en 1995, la surface française bat des records à 80 000 hectares depuis deux ans. ©S. Leitenberger

A la mode tous les ans depuis 1997
Le sursaut pour enrayer les cycles s´est produit au milieu des années 1990. Dès lors, phénomène inédit, le lin est resté dans les tendances des créateurs et bureaux de style depuis 1997 sans discontinuer. Pour parvenir à ce résultat, la filière, via la Maison du lin financée par les producteurs et les teilleurs, oeuvre auprès de ceux qui font les « tendances » de la mode, les créateurs et les bureaux de style. Elle propose tous les ans des tissus nouveaux constitués de lin pur ou de mélanges avec d´autres fibres. « C´est un peu comme la Formule 1 pour les constructeurs automobile, explique Christophe Mallet. Nous avons capitalisé en terme d´image. Si le lin est prisé en haute couture, la tendance se diffuse ensuite dans la confection de prêt-à-porter qui fabrique pour les grandes enseignes comme Celio, Zara, H&M, Gap. »
Il est donc essentiel d´être présent dans les cahiers de tendance des bureaux de style. Tout le secteur est sous leur influence. Les tisseurs et industriels de la confection s´y réfèrent pour être « sûrs de programmer des fabrications dans les tendances qui se dessinent deux ans à l´avance. A la Maison du lin, notre designer propose 100 à 120 nouveaux tissus par an. En ce moment, il travaille avec les créateurs sur 2007 ».
Spécificité surtout française, les bureaux de style ont un retentissement international. Et chaque année, le « la » de la mode mondiale continue d´être donné à Paris. « En haute couture, 2500 journalistes étrangers s´y déplacent deux fois par an pour couvrir les collections. Ils ne sont que 800 à New-York et 600 à Milan », souligne Christophe Mallet. C´est un atout majeur pour la filière française qui lui permet d´exercer une influence sur la demande mondiale grâce à ses liens permanents avec les bureaux de style et les couturiers.
La Maison du lin propose chaque année des tissus nouveaux constitués de lin pur ou de mélanges avec d´autres fibres. ©S. Leitenberger

Les Chinois en position dominante
Second facteur de l´essor du lin, l´entrée de la Chine sur le marché du fil de lin, il y a six ans. Elle a déclenché l´envolée des volumes et s´est traduite par une « démocratisation » du vêtement en lin devenu bien meilleur marché. Rapidement, avec près d´une soixantaine de filatures, les Chinois sont devenus les principaux acheteurs mondiaux de lin teillé. Au point d´assurer le débouché de plus des trois quarts des filasses issues des teillages français. Ils peignent, filent, tissent et confectionnent pour exporter tissus et vêtements à des prix défiant toute concurrence. « Près de la moitié de nos lins aboutissent in fine dans les boutiques américaines sous forme d´exportations chinoises. » Les autres grands amateurs sont italiens, espagnols, japonais. Seulement 10 % du lin produit en France habille les consommateurs hexagonaux. En dix ans, le marché qui ne concerne quasiment plus que l´habillement (70 %) et le linge de maison (15 %) a plus que doublé.
Mais le lin reste une fibre confidentielle. « Si aujourd´hui les maisons de style s´adressent à nous spontanément, nous devons rester modestes et présents par l´innovation », insiste Xavier Talpe, président de l´AGPL. La position ravie par les Chinois est une préoccupation. Leur concurrence devient difficile à contrer, en particulier pour les tisseurs qui voient l´Europe envahie de tissus chinois depuis la récente levée des quotas sur les importations textiles. « Nous souhaitons que nos filateurs européens puissent résister. Jusqu´ici leurs achats de lin teillé sont restés stables en volume. Pour notre développement, nous avons besoin d´une filière européenne en bonne santé qui pérennise les partenariats sur lesquels s´appuie notre politique de promotion », ajoute-t-il. En bref, la France cultive le lin mais c´est de plus en plus la Chine qui le tisse. L´effet sur les volumes est indéniable mais l´équilibre est fragile et défavorable à l´évolution des prix du lin teillé. Face à un acheteur devenu omnipotent, la régulation de l´offre, voire son regroupement, devient essentiel.
(1) Association générale des producteurs de lin.
(2) Le Cipalin regroupe les producteurs et les teilleurs (première transformation) coopératifs et privés.

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