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Un nouvel élan pour le soja en France

Tous les signaux sont au vert pour un redéploiement de la production de soja en France qui peut rivaliser avec le maïs ou le tournesol dans certains territoires.

Ce n'est pas la première fois que l'on évoque une relance de la production de soja en France grâce à la mise en place de filières locales non OGM. Mais ces tentatives n'ont pas été concluantes. Aujourd'hui, le contexte a changé. Tous les espoirs sont permis car l'écart de prix (ou prime) entre le soja non OGM et le soja OGM s'est creusé. « La demande mondiale en soja non OGM ne cesse d'augmenter, principalement en Europe et en Asie. Dans ce dernier continent, la Corée et le Japon sont en tête, mais la Chine s'y met aussi notamment pour une consommation en alimentation humaine », a expliqué Françoise Labalette, de l'interprofession des oléagineux (Onidol), lors du colloque national soja organisé début février à Toulouse par le Cetiom et l'Onidol. La demande en tourteau de soja non OGM pour l'Asie et l'Europe devrait atteindre 10 à 12 millions de tonnes à court terme.


Le soja non OGM devient un luxe et les primes s'envolent


Or, plus les surfaces en OGM gagnent du terrain, plus la ségrégation entre OGM et non OGM est difficile et coûteuse, notamment au Brésil et aux États-Unis, les plus gros producteurs mondiaux. La prime au soja non OGM s'envole. « Cette prime était de 2 à 3 % dans les années 2000. Elle a commencé à grimper à partir de 2008 et elle se situe depuis 2012 autour de 15 %, soit 80 à 100 euros la tonne », précise Françoise Labalette. En France, 15 % de la consommation de soja en alimentation animale est non OGM. Dans ce contexte, cela devient rentable de relocaliser la production de soja non OGM métropolitaine, non seulement pour l'alimentation humaine, mais aussi pour les filières animales de qualité qui ont inscrit dans leur cahier des charges l'utilisation obligatoire de soja non OGM et qui jusqu'alors l'importaient, principalement du Brésil.


Les surfaces de soja sont en lien direct avec la réglementation


Mais au niveau de la production, tout reste à reconstruire car depuis vingt ans, les surfaces se sont effondrées, passant d'environ 130 000 hectares à la fin des années 80 à 100 000 hectares à la fin des années 90 puis à 40 000 hectares actuellement. « Le niveau des surfaces de soja a toujours été très dépendant de la réglementation, souligne Hubert Hébinger, Cetiom. Le premier choc a eu lieu avec la réforme de la PAC de 1992, suivi d'un rebond dans les années 90. Mais depuis 2000, les surfaces ne cessent de reculer avec le découplage des aides. »
Quelle place la nouvelle PAC va laisser au soja ? Trois éléments peuvent lui être favorables. Le premier est le fait que le soja vient d'être classé par Bruxelles dans la catégorie des « cultures riches en protéines » au lieu d'« oléagineux », ce qui lui confère la possibilité d'être éligible à la future aide aux cultures riches en protéines, dont les modalités ne sont pas encore connues. Le deuxième élément favorable vient de l'obligation de diversification des cultures avec une insertion possible du soja dans les assolements peu diversifiés. Enfin, le troisième et la possibilité de produire des légumineuses sur les surfaces d'intérêt écologique (SIE). « Toutefois, des restrictions d'usage des produits phytosanitaires risquent d'être exigées, met en garde Nathalie Gosselet de la FOP. De plus, le système d'équivalence est peu encourageant puisqu'un hectare de légumineuse équivaut à 0,3 hectare de SIE. »

La rentabilité du soja est comparée à celle du maïs mais aussi du tournesol


Mais toutes ces opportunités ne pourront pas, à elles seules, relancer la production française de soja. Il faut que la culture soit suffisamment rémunératrice pour les agriculteurs, au regard des autres cultures de la rotation, notamment le maïs. Les régions traditionnelles de production de soja se situent en effet dans le Sud-Ouest et dans l'Est, où le maïs est aussi très présent. « Le ratio 'prix du soja non OGM' sur 'prix du maïs' se situe actuellement à 2,4 alors qu'il était de seulement 1,9 en 2007 », explique Vincent Lecomte, du Cetiom. Le contexte s'est donc nettement amélioré. Problème : le niveau de rendement du soja est 3,2 fois moins élevé que celui du maïs. Pour autant, selon les travaux du Cetiom, le soja dégage une marge équivalente dans certaines situations, par exemple en conditions de ressource hydrique contrainte dans le Sud-Ouest en culture irriguée, ou bien dans des sols profonds de la plaine de Dijon en culture sèche. « Dans les systèmes de cultures à dominante maïs irrigué, l'introduction de soja irrigué a un effet d'amortisseur des revenus en les lissant dans le temps, poursuit Vincent Lecomte. De plus, dans un contexte de renchérissement tendanciel du coût de l'énergie, donc de l'azote minéral et des frais de séchage, le soja est avantagé car il s'agit d'une culture peu gourmande en intrants. » En culture irriguée, les charges du soja se situent en effet à 410 euros par hectare en moyenne contre 990 euros pour le maïs.


Le soja offre une souplesse de conduite en eau


Dans les assolements, le soja peut se substituer au maïs, mais pas seulement. « Des organismes stockeurs nous disent que la demande vient des agriculteurs qui cherchent à remplacer une partie de leur sole en tournesol par du soja, le tournesol ayant déçu depuis quelques années », explique Elie Parachini du Cetiom. « Même s'il faut bien avoir conscience que le soja a des besoins hydriques conséquents, cette culture présente une très bonne valorisation de l'eau, avec un gain de 8 à 10 quintaux par hectare pour 100 millimètres apportés. Le soja offre une souplesse de conduite en eau très intéressante car il ne présente pas de phase critique à la sécheresse, sa croissance étant indéterminée », poursuit-il. La relance du soja viendra-t-elle du terrain ? Seulement si les filières animales de qualité cherchent à relocaliser leur approvisionnement, si les collecteurs lui donnent sa chance et si des industriels investissent dans des usines... Pour l'heure, la région Midi-Pyrénées met de l'argent sur la table pour soutenir le projet, et d'autres initiatives locales se développent ailleurs en Europe, notamment autour du Danube. Le soja non OGM européen redresse un peu la tête.

Les lieux de production

 

.  La France cultive 40 000 ha dans deux zones. Le Sud-Ouest concentre 50 à 65 % de la production française de soja, conduit essentiellement en irrigué, et un tiers des surfaces est en bio ; l'Est représente 35 à 50 % de la production, surtout en sec, et 10 % est en bio.

 

. L'Europe cultive 470 000 ha. L'Italie est en tête (38 % des surfaces) suivie de la Roumanie (15 %), la Croatie (11 %), l'Autriche, la France et la Slovaquie (9 %).

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