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Trois prototypes pour un azote plus efficace en localisé

Deux agriculteurs alsaciens inventifs ont présenté deux outils de fertilisation azotée localisée à l’occasion d’un colloque sur le projet franco-allemand Indee. Un troisième outil est en cours de test.

Améliorer l’efficacité de l’azote dans le sol en l’enfouissant de manière localisée. Tel a été l’objectif premier de Rémy Heim et Michel Butscha, agriculteurs dans le Bas-Rhin, lorsqu’ils ont conçu chacun leur machine avec leurs frères respectifs, Maxime et Dominique. Pour eux deux, l’idée a germé il y a cinq ans, avec des essais et des améliorations régulières. « Le protocole de Kyoto a été un déclencheur », avance Rémy Heim qui met en avant les bénéfices sur l’environnement : moins de lessivage, moins d’évaporation, moins de pollution et plus d’azote pour la plante. « On a toujours fait une fixation sur la nappe phréatique et l’eau, en oubliant le reste », affirme-t-il. Les récents pics de pollution atmosphérique et la réflexion des politiques concernant la publication d’arrêtés amenant à interdire l’épandage d’azote en surface le confirment dans son discours.

Michel Butscha s’est inspiré d’une visite en Allemagne pour la conception. « C’est un outil simple. Nous avons utilisé une partie du semoir et la trémie frontale combinée avec un châssis de bineuse. Au début, j’ai démonté les tuyaux du semoir et j’ai essayé sur quatre rangs. Puis l’année d’après sur huit rangs et en 2012, nous avons testé sur de grandes surfaces. Cette année, nous avons acheté un châssis repliable. Et il nous reste encore à améliorer le cyclone de décompression qui se bouche à plus de 6 kilomètres/heure. Au total, l’outil coûte environ 15 000 euros avec la trémie », précise l’agriculteur.

Le Fertiloc, un outil qui couvre douze rangs d'un coup

Rémy et Maxime Heim ont conçu le Fertiloc, en se basant sur la même idée : un semoir, une trémie frontale et, au début, une forme de bineuse, largement perfectionnée depuis. « Nous avons fait le choix du semis direct. Aussi nous cherchions à éviter au maximum le travail du sol lors de l’amélioration du Fertiloc. C’est une grosse différence par rapport à la conception d’autres outils », analyse Rémy Heim. Il donne un coût plus élevé de construction, autour de 25 000 euros. Le Fertiloc couvre douze rangs, soit 9 mètres de large, pour une vitesse de croisière à 4-5 kilomètres/heure, « sans aucune projection de terre », précise Rémi Heim.

L’outil des frères Butscha, (6 mètres) effectue « deux à trois hectares à l’heure, en débit de chantier », avec une vitesse sensiblement identique. « On peut donner ce travail à un apprenti ou à un bon stagiaire ! C’est un vrai avantage pour se libérer du temps », souligne Dominique Butscha. Les deux systèmes permettent une grande souplesse dans l’apport d’azote, notamment vis-à-vis de la météo, et cela dans un créneau de passage très court, « deux à cinq semaines maximum », estime Rémy Heim.

Côté rendement, ce dernier constate une hausse de 10 à 20 % en essai informel sur certaines parcelles depuis la localisation de l’azote. Michel Butscha reste plus réservé. « Il est difficile de dire que la localisation de l’azote implique une hausse des rendements. En tout cas, ils ne baissent pas. Nous sommes dans la moyenne haute de la région (130 à 140 q/ha). » Il aborde par contre un avantage réel de la fertilisation localisée : « l’absence de brûlure des feuilles, sans parler de l’intérêt de ne pas fertiliser les mauvaises herbes ! ».

La recherche appliquée s’empare du sujet

La vérification et la quantification de ces bénéfices ont été au cœur du projet franco-allemand Indee dont un colloque a rendu les principales conclusions. Dix-neuf partenaires franco-allemands se sont associés sur ce projet comme Arvalis ou l’Itada, institut transfrontalier d’application et de développement agronomique. Leur objectif a été de vérifier les bénéfices attendus d’une méthode de fertilisation sur le maïs, dénommé Cultan. Elle consiste à injecter de l’azote sous forme de dépôt ammoniacal, un rang sur deux, à une profondeur d’environ 15 centimètres, en un seul apport. Un prototype d’outil a été réalisé à cette fin, mais qui reste encore à perfectionner puisqu’il ne permet pas aujourd’hui de « tester tout le potentiel de la technique », constate Hervé Clinkspoor, du service Innovation de la chambre d’agriculture d’Alsace (Cara).

Résultats mitigés après trois ans d’essais

Étaient attendus des économies d’engrais et de carburant, une diminution du lessivage des nitrates et de la volatilisation ammoniacale dans l’air, un développement moindre des adventices du fait de la localisation de l’engrais et une plus faible dépendance au climat. Après trois ans d’expérimentation, les résultats sont mitigés. Certes la fertilisation localisée de l’azote permet de limiter les pertes par volatilisation (de - 6 à - 28 %) « mais à condition que la fermeture du sillon soit correctement réalisée », souligne Jean-Pierre Cohan, responsable du pôle Agronomie chez Arvalis. La diminution du lessivage des nitrates n’est pas si évidente, tout comme l’augmentation des rendements. « Cela dit, la production ne diminue pas et se montre au moins équivalente à une fertilisation classique, quel que soit le potentiel de la plante », commente Jean-Louis Galais, conseiller Grandes Cultures de la Cara. À noter cependant que la forme d’azote utilisée a un impact réel sur les pertes d’azote dans l’eau et l’air, tout comme sa surface de contact avec le sol. L’utilisation d’ammonium semble être la solution la plus pertinente du fait de son mode de décomposition lent et de sa valorisation par la plante, d’après plusieurs équipes de recherche. Autre détail mais pas des moindres, aucune estimation sur les économies ou les surcoûts potentiels liés à cette méthode n’a été réalisée durant les trois ans. Un manque à combler.

En savoir plus

• Indee signifie Injection d’engrais N sous forme de Dépôt pour plus d’efficience et moins d’Emissions dans l’Environnement. Ce projet de financement européen Interreg a fait l’objet d’un colloque final intitulé « La fertilisation azotée localisée du maïs : une vraie alternative pour demain ? », organisé le 27 novembre par l’Itada à Colmar.

@ Les présentations sont d’accès libre sur www.itada.org

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