Aller au contenu principal

À la coopérative de Bollène dans la Drôme
TROIS CULTURES EN DEUX ANS, AVEC UN TOURNESOL OU UN SORGHO OU UN MAÏS SUPPLÉMENTAIRE

Les prix élevés des matières premières ouvrent de nouvelles perspectives. Il devient rentable de cultiver une culture supplémentaire en été dans les zones suffisamment précoces. C’est le cas dans le Vaucluse et la Drôme.

«Le tournesol est à un prix attractif et nous avons le matériel pour l’implanter. Cela fait plusieurs années que j’ai envie de mettre en place une culture en dérobée entre la mijuin, date des récoltes dans notre région, et la mi-octobre, date de semis du blé suivant. » Gérard Millon, agriculteur à Bollène, dans le Vaucluse, s’est lancé cet été dans l’aventure de la culture de tournesol de cent jours. L’initiative vient de la société Pioneer Semences qui met sur le marché une variété de tournesol très particulière capable d’arriver à maturité en ce temps record. Elle accompagne ce lancement d’un concept original appelé Alterna. « L’objectif est de maximiser l’outil de production en faisant en sorte de cultiver trois cultures sur deux ans, explique Samuel Douville, agronome de Pioneer couvrant la zone Centre-Est. Notre démarche va au-delà de la simple culture en dérobée car nous prenons garde d’adapter la conduite agronomique des trois cultures pour qu’aucune ne soit pénalisée. »

LES SEMIS ONT ÉTÉ RETARDÉS
Les cultures Alterna ne peuvent être envisagées que dans les zones géographiques où les récoltes sont suffisamment précoces. « Toute la moitié sud de la France peut être concernée, précise Samuel Douville, à condition que les parcelles soient équipées en irrigation. » C’est le cas du secteur couvert par la coopérative de Bollène, dans le nord du Vaucluse et le sud de la Drôme. « L’équipe de Pioneer est venue nous présenter le projet début mai et cela nous a tout de suite intéressé, souligne Denis Maucci, directeur de la coop de Bollène. Nous étions en recherche d’une telle démarche et ça nous intéresse de remplir davantage nos silos ! » Banco, dès la mi-mai, une quinzaine d’agriculteurs sont convaincus et se tiennent près à semer une culture dérobée dès le lendemain de la récolte. « Il est essentiel de semer très vite afin de préserver l’humidité du sol. » Mais c’était sans compter sur la météo. « Il n’a pas cessé de pleuvoir du 20 mai au 15 juin ; c’est du jamais vu chez nous », remarque Gérard Millon. Les récoltes ont été retardées de deux semaines. Certains agriculteurs, pourtant motivés, ont dû renoncer à implanter leur tournesol. « Nous sommes très soucieux de ne pas empiéter sur la culture suivante, et nous jouons franc jeu avec les agriculteurs, quitte à les dissuader s’il y a un risque », insiste l’agronome de la société semencière.Mais la pluie a eu aussi du bon : le sol étant humide, les levées de tournesol ont été excellentes et n’ont pas nécessité d’irrigation, ce qui devrait être le cas en temps normal.


SORGHO EN ZONE IRRIGABLE
Serge Hugouvieux, autre agriculteur sur la commune de Bollène, n’est pas de cet avis. « J’ai fait le choix du sorgho car je cultive du tournesol de semences, ce qui m’oblige à respecter un délai de trois ans sur la rotation du tournesol », argumente-t-il. Il a semé son sorgho le 3 juillet, le lendemain de la récolte de son blé dur, bien en retard, avec une technique simplifiée. « Deux passages de covercrop ont suffit et j’ai choisi une des variétés les plus précoces du marché, en l’occurrence Québec. »

ÉCONOMIE ET ÉCOLOGIE
Un désherbage et un à deux tours d’eau devraient être les seules interventions. «Ma motivation est à la fois économique avec les prix élevés, et écologique car j’ai une couverture du sol en été et au début de l’automne. » Serge Hugouvieux estime qu’au-delà de 30 quintaux par hectare, son sorgho en dérobée sera rentable. « J’espère bien en récolter 50 ! » Mais il met en garde: cette technique n’est pas généralisable à toute l’exploitation. Elle ne s’appliquera que sur les parcelles irrigables et avec un précédent céréales à paille (blé dur ou orge). Tournesol, sorgho… quelle autre culture pourrait entrer dans cette démarche? Le maïs bien sûr, mais il ne faut pas tabler sur 100 quintaux par hectare… !

« Compter 400 à 500 euros de marge nette »
Samuel Douville, agronome chez Pioneer Semences

« Avant de lancer le concept Alterna, nous avons bien analysé les contraintes et les risques du fait de l’introduction d’un tournesol ou d’un maïs supplémentaire dans la rotation. Nous avons établi des cartes précisant les fenêtres de date de semis en fonction des zones et du climat, de façon à sécuriser la culture suivante. Nous accompagnons les agriculteurs dans la démarche. Attention: pour la mettre en oeuvre, nous avons sélectionné des hybrides bien particuliers : la variété de tournesol Antonil issue de notre catalogue européen adapté à l’est de l’Europe, et plusieurs variétés de maïs très précoces. Les essais que nous avons conduits sur plusieurs années montrent que l’on peut espérer un rendement de 15 à 25 quintaux/hectare en tournesol et de 50 à 100 quintaux en maïs. Il faut prévoir un à deux tours d’eau pour le tournesol mais quatre ou cinq pour le maïs. On peut espérer une marge nette de 400 à 500 euros par hectare avec les prix actuels du tournesol et du maïs. »

Les plus lus

<em class="placeholder">Famille Battitt Crouspeyre, parents et enfants au milieu des vignes</em>
« Un mois avant la naissance prévue de ma fille, j’organise mon exploitation en vue de mon congé paternité »

Battitt Crouspeyre, viticulteur dans les Pyrénées-Atlantiques et futur papa, a déjà envoyé son formulaire à la MSA. Il achève…

<em class="placeholder">Rodolphe et Pauline Bourdois arboriculteurs dans l&#039;Essonne, associés en EARL.</em>
« Je me suis installée avec mon conjoint en EARL, car l’EARL est plus souple que le Gaec »

Pauline Bourdois, arboricultrice en agriculture biologique, s’est installée en tant que hors cadre familial avec son conjoint…

<em class="placeholder">Théophile Piot, dans la cour de la ferme de la SCEA De Novion,</em>
Reprise d’une exploitation agricole familiale : « Je me suis installé en SCEA à cause de la holding associée »

Théophile Piot, céréalier, a repris l’une des trois exploitations familiales, la SCEA De Novion, à Mitry-Mory (Seine-et-Marne…

<em class="placeholder">Application d&#039;un produit phytosanitaire sur blé. </em>
Produits phytosanitaires : la fin de la séparation de la vente et du conseil est actée

L’arrêté publié le 22 décembre entérine la fin de la séparation entre la vente et le conseil des produits…

<em class="placeholder">Paysage de parcelles de grandes cultures.</em>
PAC 2026 : les simplifications déjà actées et celles à valider par la France

Les assouplissements validés en 2024 et 2025 restent d’actualité pour 2026, et notamment ceux relatifs aux …

<em class="placeholder">Parcelle de blé à moitié récoltée avec un orage menaçant. </em>
Exploitations de grandes cultures : des adaptations indispensables pour être viables en 2050
Quelle sera la viabilité économique d’une exploitation de grandes cultures française en 2050 ? L’étude conduite par…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures