Tournesol : combiner désherbage mécanique et désherbage chimique pour une meilleure efficacité
Désherbages chimique et mécanique se combinent bien sur tournesol. L’association des deux leviers de lutte permet de gérer les adventices tout en gardant un coût raisonnable de désherbage. Le point sur des mauvaises herbes en progression.
Désherbages chimique et mécanique se combinent bien sur tournesol. L’association des deux leviers de lutte permet de gérer les adventices tout en gardant un coût raisonnable de désherbage. Le point sur des mauvaises herbes en progression.
« Le tournesol est l'une des cultures qui se prête le mieux au désherbage mécanique. Sa période de végétation offre des fenêtres climatiques favorables pour intervenir, observe Arnaud Micheneau, de Terres Inovia. Mais cela ne se substitue pas complètement à un désherbage chimique. » Un quart des surfaces de tournesol sont désherbées mécaniquement en grande majorité par binage, avec des disparités territoriales.
Le ray-grass fait partie des adventices en nette progression sur tournesol. Il est même davantage cité que les graminées estivales (PSD : panics, sétaires, digitaires) dans les préoccupations des producteurs de tournesol. Faute de solution herbicide efficace en post-levée sur tournesol contre cette graminée, le binage apporte un bon complément. « C’est le cas surtout si le traitement herbicide de prélevée visant le ray-grass est raté à cause de conditions trop sèches pour permettre aux molécules racinaires d’être efficaces. Un passage de bineuse en conditions sèches pourra se montrer performant », note Arnaud Micheneau.
Un binage tardif complète l’efficacité d’herbicides sur ambroisie
Le ray-grass est une graminée hivernale, mais elle se rencontre de plus en plus souvent au printemps. Elle se développe dans le tournesol, en particulier dans les zones intermédiaires et dans le Sud-Ouest. L’évaluation de son impact est en cours sur tournesol. En herbicide, Dakota-P (pendiméthaline + dmta-P) est le produit montrant la meilleure efficacité. Il s’utilise en prélevée, avec des précautions à prendre sur sa sélectivité quand il est utilisé à 2,5 l ou 3 l/ha. Terres Inovia conseille son association avec un anti-dicotylédones à base de métobromuron (Proman…) ou d’aclonifen (Challenge 600…). Autre solution, le produit Racer ME (flurochloridone) devrait être interdit après 2026.
Le binage montre une bonne efficacité sur les dicotylédones dans de bonnes conditions d’utilisation : il nécessite plusieurs jours sans pluie après le passage. Même l’ambroisie peut être mieux contenue avec un binage. Cette plante invasive s’installe souvent dans le tournesol dans certaines régions. « On gagne facilement 10 points d’efficacité et parfois 20 points, comme le prouvent certains essais avec un passage tardif de bineuse en tournesol (et aussi en soja) dans un programme classique de désherbage chimique », précise Arnaud Micheneau. Contre cette espèce, l’herbicide de post-levée Viballa constitue une solution efficace.
Des variétés tolérantes aux herbicides en recours contre chardon, tournesol sauvage…
Contre le chardon des champs en revanche, le binage n’est d’aucun secours. « Cette vivace monte en puissance. Cela s’explique par l’évolution des programmes herbicides sur céréales avec beaucoup de traitements à l’automne et de moins en moins en rattrapage au printemps qui permettraient un contrôle du chardon », analyse l’expert de Terres Inovia. Le recours aux herbicides à base de tribénuron-méthyl (Express SX) sur les variétés tolérantes Express Sun constitue une solution efficace, « avec un contrôle le plus précoce possible pour éviter la concurrence de cette espèce dès les premiers stades du tournesol, ce qui est possible avec l’utilisation fractionnée de l’herbicide. »
Le tournesol sauvage est également une adventice à surveiller. « Nous avons observé une recrudescence ces dernières années, avec entre 12 et 18 % de parcelles concernées par la présence de pieds dans le Sud-Ouest, le Centre et l’Ouest entre 2022 et 2025 selon des enquêtes », rapporte Arnaud Micheneau. Certaines parcelles (1 à 2 % en 2023 et 2024) se sont retrouvées envahies. L’impact sur le rendement est considérable, avec jusqu’à 50 % de baisse.
Dans les situations bien infestées, l’utilisation de variétés tolérantes aux herbicides (VTH) (Clearfield, Clearfield Plus, Express Sun) et de leurs produits est la solution efficace. « Sur ces variétés, il faut bien utiliser les produits de post-levée qui leur sont associés, à base de tribénuron-méthyl (Express SX + adjuvant) ou d’imazamox (Pulsar 40 + adjuvant ou Passat Plus) », insiste le spécialiste. Les traitements devront être suffisamment précoces, au stade 4 feuilles du tournesol, pour être efficaces. Des interventions trop tardives à 6-8 feuilles du tournesol sauvage s’avèrent inefficaces. Le binage peut apporter un complément d’action contre cette adventice. Les VTH sont utilisées sur 45 % des surfaces de tournesol, et conseillées plus particulièrement pour contrôler des flores complexes.
Introduire le tournesol dans la rotation reste utile contre les graminées hivernales
L’intégration du tournesol dans une rotation culturale pour casser le cycle de graminées hivernales comme le vulpin et le ray-grass perd un peu de son intérêt avec des plants de ray-grass qui se développent désormais dans les cultures d’été. « Le risque est d’entretenir un stock grainier avec des adventices capables de germer toute l’année », remarque Arnaud Micheneau. Mais l’introduction de cultures de printemps demeure malgré tout un levier important de lutte contre les graminées.
« Un tournesol sera un peu court pour résoudre seul des problèmes de graminées hivernales. Il vaut mieux deux cultures de printemps tout en évitant deux tournesols à la suite, ce qui engendrerait un risque sanitaire important en favorisant le développement du mildiou », alerte le spécialiste. Cette stratégie est recherchée notamment dans les situations avec une dominante de cultures d’hiver et où les terrains présentent une réserve utile limitée, sans irrigation. Le tournesol se montre adapté sur ce type de terre.