Aller au contenu principal

Septoriose du blé : le biocontrôle efficace sur céréales en traitement précoce

Face aux attaques précoces de septoriose sur blé, le soufre et le phosphonate de potassium sont des solutions efficaces au stade 1-2 nœuds. Une bonne alternative à la chimie.

L'utilisation de produits de biocontrôle contre les maladies des céréales est privilégiée sur les attaques précoces de pathogènes.
L'utilisation de produits de biocontrôle contre les maladies des céréales est privilégiée sur les attaques précoces de pathogènes.
© G. Omnès

Peu coûteux, efficace contre la septoriose en traitement précoce et alternative aux fongicides chimiques : le soufre progresse dans les utilisations contre les maladies des céréales. En 2017, ce produit de biocontrôle avait été utilisé sur environ 10 000 hectares de céréales par les adhérents de la coopérative bretonne Eureden. « En 2021, nous avons atteint 32 000 hectares avec des bénéfices nets en rentabilité, comparés à des situations de traitement conventionnel ou d’impasse de traitement précoce (T1), précise Philippe Lécuyer, chargé de développement à Eureden. En 2022, avec une pression maladie plus faible, les bénéfices d’un traitement avec Héliosoufre et Faeton ont été moins évidents, même si l’utilisation du soufre a progressé jusqu’à 35 000 hectares. »

L’année 2022 a vu l’arrivée d’un autre produit de biocontrôle performant contre la septoriose : Pygmalion, à base de phosphonate de potassium. Les coopérateurs d’Eureden l’ont employé sur 4 200 hectares. « Selon un panel utilisateurs, notre produit a été utilisé sur environ 100 000 hectares de blé en France pour sa première année de commercialisation, précise Marie Aubelé, chef marché grandes cultures chez De Sangosse. Il a été positionné à 60 % au stade 1-2 nœuds et à 40 % au stade dernière feuille étalée. Pour la prochaine campagne, nous visons 300 000 hectares de blé. »

Soufre et phosphonate visent la septoriose en T1

La gamme de molécules fongicides efficaces contre la septoriose en application précoce s’est fortement réduite ces dernières années. L’arrivée d’une nouvelle substance active comme le phosphonate de potassium est une bonne nouvelle. « Nous conseillons son utilisation en traitement précoce (T1) où son efficacité est du niveau de celle d’un triazole », assure Marie Aubelé. Aucune population résistante de septoriose n’est connue vis-à-vis du soufre ni du phosphonate, alors que de telles souches existent contre les triazoles, strobilurines et SDHI.

Les deux spécialités de biocontrôle ont fait l’objet de fiches CEPP (certificat d’économie de produit phytopharmaceutique). Ces CEPP sont imposés aux coopératives et négoces pour pousser au déploiement sur le terrain d’autres moyens de lutte que la chimie contre les bioagresseurs afin de faire baisser les IFT (indice de fréquence de traitement). Les produits de biocontrôle en font partie. Cet argument intéresse particulièrement les exploitations dans les réseaux de fermes Dephy, ayant souscrit des Maec (mesures agroenvironnementales et climatiques) ou certifiées HVE (haute valeur environnementale).

Contre la septoriose, le soufre et le phosphonate de potassium ont une efficacité équivalente. Chacun est conseillé en association avec un fongicide conventionnel à dose réduite pour abaisser l’IFT. « Un regroupement d’essais 2021-2022 montre que l’association de Pygmalion (2 l/ha) à du Kardix (prothioconazole et bixafen, 0,75 l/ha) au stade BBCH39 (dernière feuille étalée) a obtenu une efficacité de 62 %, 7 points au-dessus de celle de Kardix seul », indique, à titre d’exemple, Jérôme Thibierge, ingénieur recherche et développement maladies des céréales à paille à Arvalis.

Ne pas oublier le risque de rouille jaune en traitement précoce

Une telle association avec un fongicide à base de triazole, de SDHI ou de strobilurine sécurise l’efficacité contre d’autres maladies comme les rouilles. « Pygmalion a majoritairement été utilisé associé à un fongicide conventionnel, dont une partie avec l’azoxystrobine, une strobilurine reconnue pour son efficacité contre la rouille jaune, confirme Marie Aubelé. Notre produit a été employé à 15-20 % seul et à 10 % avec du soufre en T1 pour une association 100 % biocontrôle. »

Si seule la septoriose est visée, ces deux dernières stratégies peuvent se montrer performantes sur le terrain. « Dans le regroupement d’essais Arvalis 2021-2022, des applications précoces de Pygmalion + Velours (soufre) et d’Héliosoufre seul à 3,6 litres par hectare obtiennent des efficacités élevées, à 68 et 67 %, rapporte Jérôme Thibierge. Nous avons soumis l’association de Pygmalion avec du soufre à une succession de quatre traitements sur une campagne dans le cadre d’une expérimentation. Dans un historique d’essais en 2018 et 2019, l’association montre une légère augmentation d’efficacité contre la septoriose (65 %) par rapport au soufre seul (Héliosoufre 3,5 l/ha), qui atteint 57 %, ainsi qu’une petite amélioration de rendement du blé (+3,5 q/ha en moyenne). L’écart entre ces deux modalités provient de l’activité intrinsèque du phosphonate de potassium via l’induction des défenses de la plante. » Les écarts sont cependant variables selon les essais, et les effets moins perceptibles quand la pression parasitaire est faible.

Le phosphonate de potassium et le soufre vont bientôt se retrouver dans un même produit. La société Syngenta prévoit une autorisation de mise en marché de ce mélange d’ici au début de l’année 2023 avec les concentrations respectives des deux matières actives à 300 grammes et 600 grammes par litre et une dose d’homologation de 2,5 litres à l'hectare.

Le soufre plus économique, mais moins pratique que le phosphonate

Le produit Pygmalion (phosphonate de potassium) coûte 20 euros pour 2 litres par hectare, dose conseillée en association. C’est plus que les 10 à 15 euros de l'hectare pour un soufre en mélange avec un fongicide. Le soufre nécessite quelques précautions d’emploi : « Du fait de sa densité, nous conseillons la mise en agitation de la bouillie lors du remplissage du pulvérisateur et un bon nettoyage de ce dernier après l’application », précise Philippe Lécuyer, chargé de développement à Eureden. Pygmalion est reconnu pour sa facilité d’usage, selon un sondage auprès d’utilisateurs.

Les plus lus

<em class="placeholder">Adolescent au volant d&#039;un tracteur </em>
Les enfants d’agriculteurs peuvent-ils donner un coup de main sur l’exploitation familiale en toute légalité ?

À partir de 16 ans, voire dans certains cas dès 14 ans, les enfants d’agriculteurs peuvent contribuer aux travaux de l’…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Damien Beaujouan, agriculteur à Roches (Loir-et-Cher), &quot;Je laboure mes terres tous les trois ans en veillant à ne pas faire un travail trop profond, moins de 20 ...</em>
Maïs : « Le faux semis est le levier le plus efficace pour réduire la densité de ray-grass dans mes champs »

Agriculteur à Roches (Loir-et-Cher), Damien Beaujouan combine désherbage chimique et techniques agronomiques pour…

<em class="placeholder">Stockage des produits phytosanitaires.</em>
Produits phytosanitaires interdits : quelles sanctions en cas de présence sur l’exploitation ?

L’actualité récente, avec la perquisition d’une dizaine d’exploitations de Charente-Maritime pour recherche de produits…

<em class="placeholder">Marc Pottier, agriculteur bio à Remaucourt (Ardennes) et conseiller à la coopérative Probiolor,  &quot;La culture du soja peut avoir sa place sur des terres de craie. C’est ...</em>
Soja : « Une production sur des terres de craie très blanche des Ardennes a donné un rendement de 20 q/ha en sec »
Agriculteur bio à Remaucourt (Ardennes) et conseiller à la coopérative Probiolor, Marc Pottier cultive du soja régulièrement sur…
<em class="placeholder">Patrice Gourinchas, président de l’ASA du Bandiat et son fils Yann.</em>
Stockage de l’eau : « Une irrigation de 2000 m³/ha sur maïs coûte 620 € avec notre réserve de substitution en Dordogne »
Les deux réserves de substitution de l’ASA du Bandiat, entre Charente et Dordogne, ont permis le maintien d’ateliers…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures