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Semences : en quoi le dynamisme du secteur en France est un atout pour l’agriculture française ?

Dans son agriculture et son économie, la France a comme atout le dynamisme de son secteur semencier, avec diverses entreprises de poids international et un large réseau d’agriculteurs multiplicateurs pour produire les semences. Cette situation peut-elle perdurer ?

<em class="placeholder">Cultures / céréales / variétés de semences / essais variétaux de blé</em>
La France compte 75 entreprises de sélection variétale, dont des leaders internationaux sur les variétés de blé tendre.
© C. Gloria

Premier exportateur mondial en grandes cultures, balance commerciale positive depuis des années (1,3 milliard d’euros en 2025), premier producteur européen… s’il y a un domaine où la France tire son épingle du jeu sur la scène mondiale agricole, ce sont les semences végétales. La filière est portée par 75 entreprises de sélection variétale parmi lesquelles certaines dans le top 15 mondial. Derrière les trois majors (Corteva, Bayer, Syngenta), Limagrain se place au 4e rang selon les chiffres (2,45 milliards d’euros de CA en 2024-2025). Des sociétés comme RAGT Semences, Lidea, Florimond Desprez se situent un peu plus loin… Certaines sont des filiales de coopératives (Lidea, Limagrain, Mas Seeds…) avec des axes de recherches choisis pour répondre aux besoins des agriculteurs adhérents.

Comment expliquer le dynamisme de cette filière en France et en quoi est-ce positif pour les agriculteurs français ? « Avec une génétique créée en France et produite sur notre territoire, nous participons à notre souveraineté alimentaire. Si les semences venaient de l’étranger, on ne pourrait plus parler de cette souveraineté. C’est un enjeu d’indépendance », affirme Olivier Paul, président de l’UFS, Union française des semenciers.

L’expertise de générations d’agriculteurs multiplicateurs

En 2025, Semae (interprofession de la semence) comptait 16 500 agriculteurs multiplicateurs de semences, un chiffre en légère décroissance ces dernières années. Pour nombre de producteurs, des contrats de production de semences apportent un revenu participant à la rentabilité de leurs exploitations. « La France a plus de 70 ans d’expérience en la matière et nous parvenons à avoir une production de semences stable liée à l’expertise d’agriculteurs formés de génération en génération, souligne Damien Robert, directeur général de RAGT Semences. Des filières sont organisées autour d’OP (organisations de producteurs). Nous avons une grande qualité d’experts alors que dans d’autres pays européens, ces experts se comptent sur les doigts de la main. »

La France bénéficie aussi de sa géographie pour la production de semences avec des zones agro-climatiques très diversifiées et un climat tempéré malgré les à-coups du changement climatique. « Cela nous apporte une sécurité. La France est devenue ‘the place to be’ pour produire des semences de qualité pour différents marchés », remarque Xavier Tayot, directeur du business France de Limagrain en semences grandes cultures. Les semences de plusieurs espèces sont produites en France, au-delà des seules grandes cultures. Olivier Paul signale l’importance de pouvoir garder un accès à l’eau et à certains produits phytosanitaires en France pour sécuriser les moyens de production des agriculteurs multiplicateurs. Des entreprises françaises sont amenées à délocaliser leurs productions, vers les pays de l’Est par exemple, en cherchant des coûts de production moindres qu’en France entre autres.

Tout n’est pas simple par conséquent en production de semences. Bien que les nombreuses entreprises semencières françaises montrent leur dynamisme, elles sont confrontées à la concurrence internationale. « Sur la production de semences, elle s’exerce de plus en plus avec l’Allemagne, les États-Unis, la Chine », met en avant Damien Robert.

Un crédit d'impôt recherche en soutien de la filière semences

La filière a le soutien du gouvernement pour le moment. « Le crédit d'impôt recherche (CIR) permet de financer 20 % de l’effort de recherche en semences. C’est important de maintenir ce niveau de soutien pour rester compétitif sur le marché de la semence. Si on supprime ce CIR, l’expertise risque de partir vers d’autres pays, alerte Olivier Paul. L’effort de recherche et la capacité à produire des semences de qualité en quantité sont des éléments pour aller conquérir le monde. La France exporte 55 % de sa production de semences de grandes cultures. »

Les organismes publics contribuent aux efforts de recherche en génétique. « Nous bénéficions de la connaissance scientifique de l’Inrae et de la proximité de sa station de Clermont-Ferrand », témoigne Xavier Tayot pour Limagrain. Divers projets associant instituts et entreprises semencières sont mis en œuvre, dont plusieurs portent sur des espèces mineures, comme le pois protéagineux. « Nous ne pouvons pas sélectionner toutes les espèces. Si l’on veut conserver l’atout français des entreprises de sélection des plantes, nous devons arriver à combiner recherche publique (Inrae, instituts techniques) et sélection privée », mentionne François Desprez, président de Florimond Desprez. Un projet comme Pea4Ever sur le pois protéagineux est un exemple parmi d’autres. Il réunit trois sélectionneurs : Florimond Desprez, RAGT Semences et Limagrain.

Évolution des investissements en recherche dans la filière semences et plants en France
 20062026Budget recherche/chiffre d’affaires
Céréales et protéagineux347628 %
Maïs7113911 %
Fourragères et gazon7137 %
Betteraves92713 %
Pomme de terre432 %
Oléagineux et fibres27657 %
Potagères3712720 %
Total18945013 %
Source : Semae

Qu’en est-il des industriels de la transformation ? « Le plan blé dur fait intervenir les deux sélectionneurs qui restent en France sur cette céréale ainsi que des industriels qui ont accepté de contribuer au programme de recherche », précise François Desprez. C’est un bon exemple d’entente que des semenciers voudraient voir aussi sur la filière orge de brasserie ou blé de panification. En blé tendre, la recherche est financée en partie par des agriculteurs avec la contribution recherche et innovation variétale (CRIV) collectée sur les semences de ferme. Les industriels sont invités à mettre la main à la pâte.

 

 
<em class="placeholder">Olivier Paul et François Desprez, Union française des semenciers :« Spécificité française, le crédit impôt recherche (CIR) permet de financer 20 % de l’effort de ...</em>
Olivier Paul et François Desprez, Union française des semenciers :« Spécificité française, le crédit impôt recherche (CIR) permet de financer 20 % de l’effort de recherche en semences. C’est important de maintenir ce niveau de soutien pour rester compétitif sur le marché de la semence.» © C. Gloria

Des regroupements entre entreprises

Le 27 mars 2025, les coopératives du Sud-Ouest Euralis et Maïsadour ont annoncé un projet de « rapprochement par voie de fusion ». Le projet est toujours à l’étude, notamment par les autorités de la concurrence. Les deux coopératives ont une activité semences avec les sociétés respectives Lidea et Mas Seeds. Lidea était née en 2020 du regroupement des activités semences d’Euralis et de Caussade. L’ensemble Lidea-Mas Seeds pourrait dépasser les 500 millions d’euros de chiffre d’affaires au niveau mondial, autant qu’une société comme RAGT Semences. Cette dernière a concrétisé son acquisition de Deleplanque en juillet 2025, lui amenant dans son escarcelle les variétés de betterave sucrière notamment, pour élargir son panel de variétés en grandes cultures.

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