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Techniques culturales simplifiées ou TCS
Se lancer sans se planter dans le non labour

Les techniques culturales simplifiées font de plus en plus d’adeptes, mais conduisent parfois aussi à des impasses techniques qui obligent à ressortir la charrue. Experts et agriculteurs ayant plusieurs années de recul décryptent toutes les conditions à réunir avant de se lancer.

Se passer du labour est désormais courant dans la plaine. Selon une enquête du ministère de l’Agriculture datant de 2008, une parcelle sur deux de blé et de colza est implantée sans labour.Mais cette pratique reste souvent occasionnelle, et rarement systématique sur toute la rotation. Supprimer la charrue de façon définitive, c’est autre chose.Mieux vaut peser le pour et le contre avant de se risquer. Pourtant, même s’ils restent largement minoritaires, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’aventure. Une aventure, c’est bien comme cela que les agriculteurs qui ont passé le pas le vivent. Si la motivation première est souvent une recherche de gain de temps ou d’argent, la mise au point d’un nouveau système de cultures les conduit dans des réflexions qu’ils étaient loin d’imaginer au départ.

Mais de quoi parle-t-on ?

De techniques culturales sans labour (TCSL), de techniques culturales simplifiées (TCS), de semis direct (SD), de semis direct sous couvert végétal (vivant ou mort), de strip-till, d’agriculture de conservation. Les termes varient autant que les façons culturales qui se déclinent à l’infini selon la profondeur de sol travaillée et le type de matériel utilisé. Faute de références, les agriculteurs en quête d’informations sur les techniques culturales simplifiées partagent leurs expériences entre eux. Depuis une dizaine d’années, des groupes se sont constitués, recréant ainsi l’enthousiasme des années 60. Les TCS, c’est souvent une aventure humaine, où l’on partage ses acquis. Entrer dans l’univers des TCS, c’est comprendre que chacun doit repartir de sa propre situation — types de terre, état de la structure du sol, rotation, état sanitaire et salissement des parcelles — pour se recréer un nouvel équilibre agronomique, sans la charrue. Cela passe souvent par un travail du sol plus ou moins superficiel en interculture, un allongement de la rotation, une couverture systématique des parcelles en hiver, des mélanges d’espèces dans les couverts pour avoir un maximum d’effet sur la structure du sol.

Il est primordial de caler les pratiques à ses propres conditions avant de les généraliser sans risque à l’ensemble de l’exploitation. « Se lancer dans les TCS, c’est résoudre des problèmes… pour s’en créer d’autres », avoue un spécialiste. Sans jamais oublier l’objectif de rentabilité de l’exploitation, la conversion aux TCS conduit les agriculteurs à entrer dans l’intimité du sol, comprendre son fonctionnement, découvrir sa faune et sa flore, et souvent à retrouver une nouvelle motivation dans leur métier.

ANALYSER LES ZONES DE COMPACTION

On peut classer les TCS en trois sous rubriques : les techniques avec travail profond, au-delà de 15 centimètres avec un chisel ou un canadien, les techniques avec un travail superficiel inférieur à 15 centimètres et le semis direct où le sol n’est pas travaillé du tout. « Avant de se lancer, l’agriculteur doit se demander quelle est la profondeur de travail la plus adaptée chez lui. Pour cela, il doit repérer où se trouvent les zones de compaction, conseille Gilles Sauzet, spécialiste du sol du Cetiom. Trop peu d’agriculteurs se donnent les moyens de faire une analyse fine de l’état de la structure du sol de leurs parcelles. Il ne faut pas hésiter à prendre une bêche et se faire aider pour l’interprétation.

Le pénétromètre fournit aussi des informations précieuses. Pour moins de 1 000 euros, c’est un bon investissement, à réaliser pourquoi pas à plusieurs. » Étudier le passé cultural de la parcelle, vérifier son potentiel de fertilité initial et apporter les correctifs nécessaires (chaulage, apport de matière organique) avant d’envisager de convertir une terre en non-labour, c’est aussi ce que préconise Christian Roisin, agronome au laboratoire de Gembloux, en Belgique. « Cette étape s’avère essentielle dans les sols limoneux car il s’agit de sols particulièrement fragiles sur le plan de leur stabilité structurale. Ils mémorisent facilement et de manière durable les problèmes de structure tels que compaction et lissages », met-il en garde.

INVESTIR DU TEMPS DANS L’OBSERVATION

Beaucoup d’agriculteurs ont déjà supprimé partiellement le labour dans la rotation, notamment sur blé. « Cela permet indéniablement de réduire les temps de travaux, parfois les coûts, explique Jérôme Labreuche. Mais certaines techniques culturales dites ‘simplifiées’sont en fait beaucoup plus complexes qu’avec un labour à force de multiplier les déchaumages et les décompactions, et un gain de 50 euros par hectare peut être vite avalé par des coûts supplémentaires en herbicides. Pour Florent Sauvadet, conseiller grandes cultures à la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, « si l’agriculteur choisit de passer au semis direct uniquement pour des raisons économiques, il a toutes les chances de se planter. Certes, la technique permet de passer moins de temps sur le tracteur, mais il faut le réinvestir dans les observations de terrain ».

RÉSOUDRE LES PROBLÈMES DE DÉSHERBAGE

Passer en TCS, c’est accepter de modifier profondément son système de cultures : allonger les rotations, introduire des cultures de printemps, couvrir tous les sols en hiver, apprendre à être patient avant de démarrer les semis, gérer des débris végétaux en surface du sol… « En ne se limitant qu’à une simplification du travail du sol, toutes choses égales par ailleurs, on peut très vite être confronté à des problèmes majeurs de désherbage, de limaces et de rongeurs », résume Jean-François André, animateur du club NouriciAgrosol. Sur certaines rotations courtes, le non-labour peut conduire à une impasse. « Dans une rotation colzablé- orge ou colza-blé-blé, très vite apparaissent des problèmes de brome, ray-grass, vulpin, mais aussi géranium, gaillet, séneçon, laiteron ainsi que des vivaces, notamment les liserons et chardons. La seule solution est de renforcer l’agronomie, et la réponse majeure est d’alterner les cultures d’hiver et de printemps. L’idéal est de faire une rotation 2/2 : une culture dicotylédone de printemps, une dicotylédone d’hiver, une céréale d’hiver puis une céréale de printemps. C’est ce que je fais chez moi. » Car Jean- François André est aussi agriculteur sur 113 hectares à Montignyle- Guesdier. Un exemple de rotation: pois de printemps-colza d’hiver-blé d’hiver-orge de printemps. « Deux années de suite, j’oriente le programme désherbage vers les graminées et les deux années suivantes vers les dicotylédones. Cela oblige à faire du colza derrière pois, ce qui casse les habitudes. Il faut dépasser certains blocages psychologiques. » Mais dans certains types de terre, il n’est pas si simple de faire des cultures de printemps. « C’est le cas dans les terres sèchantes du Barrois, dans l’Aube », reconnaît-il.

UN FAUX-SEMIS DE QUALITÉ

La lutte contre les mauvaises herbes passe par un faux-semis de qualité, en travaillant le sol de façon superficielle. « C’est le moyen indispensable de garantir le maximum de levée de repousses et d’adventices, de faire évoluer les pailles en surface si le semoir n’est pas adapté à des résidus importants, de niveler le sol et de limiter les populations de certains ravageurs comme les limaces », explique Frédéric Thomas, vétéran des TCS et adepte de l’agriculteur de conservation. Attention! Ce travail ne doit pas dépasser la profondeur du futur semis de la culture ou du couvert, afin de préserver les remontées capillaires d’eau et d’obtenir un positionnement régulier de la graine. Les constructeurs ont développé de nombreux outils permettant d’atteindre cet objectif. « Mais les faux-semis sont parfois décevants dans les sols trop secs ou à cause de la dormance des graines d’adventices, rétorque Jérôme Labreuche. Ils sont les plus efficaces sur les semis tardifs de blé ou avant les cultures de printemps. Dans cette dernière situation, la solution peut aussi passer par la couverture hivernale du sol. » Les couverts d’intercultures jouent un rôle fondamental dans la réussite des TCS. Ils protègent la surface du sol, fournissent de la matière organique, restructurent le sol avec leurs racines. Ils limitent également le salissement et favorisent une bonne circulation de l’eau, sans compter les possibilités de fixation de l’azote atmosphérique pour les cultures suivantes.

REDÉCOUVRIR SON SOL

Alors, faut-il faire le grand saut ou bien y aller par étapes ? Les avis divergent. « La simplification du travail du sol par opportunité, ce n’est pas confortable, considère Frédéric Thomas. On peut prendre une bonne parcelle de l’exploitation, non compactée, pour se faire la main et rassembler les conditions pour réussir. » D’autres préconisent de commencer par les cultures les plus faciles, comme le blé et le maïs, puis d’élargir progressivement. Agriculteurs et techniciens insistent sur l’intérêt de redécouvrir son sol, comprendre son fonctionnement agronomique, mesurer les effets de chaque intervention. « Avant 2003, je ne m’étais jamais intéressé à la présence des vers de terre ou des carabes, remarque Jean-François André. Pourtant c’est passionnant. »

LES AVANTAGES DES TCS

- Gain de temps : 1 à 2 h/ha/an, cette réduction ayant surtout lieu dans les périodes de pointe de travail.

- Moindre consommation de gasoil: - 15 à 30% en TCS et - 35 à 60% en semis direct, par rapport au labour.

- Réduction des coûts de mécanisation à terme, mais pas les premières années où il faut réinvestir dans du matériel. Après quelques années, on observe une baisse des coûts sur les postes traction et entretien.

- Réduction de l’érosion et de la battance, par une amélioration de la structure du sol.

- Meilleure pénétration de l’eau. ! Amélioration de l’activité biologique du sol.

- Moindre remontée de cailloux. !Les risques de fuites de nitrates, de phosphore et de phytos sont réduits.

- Baisse des émissions de gaz à effet de serre.

 

LES CONTRAINTES DES TCS

- Passer plus de temps à observer et à s’informer.

- Les TCS et le semis direct ne peuvent être envisagés que sur des sols non compactés.

- Broyer finement les résidus de récolte et les répartir de façon homogène pour limiter le développement des ravageurs du sol et les problèmes de levée. ! Allonger les rotations.

- N’intervenir que sur un sol bien ressuyé. ! Gérer les adventices en intercultures : fauxsemis, désherbage total, couverts végétaux.

- Ne pas lever le pied sur le désherbage les cinq premières années.

- Maintenir des zones non cultivées pour préserver les auxiliaires.

- Risque accru de fusarioses sur céréales à paille.

Sources :TCS, Arvalis, Non-labour Midi-Pyrénées.

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