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Se diversifier pour mieux satisfaire le consommateur

L’augmentation généralisée de l’offre en bio ne pénalise pas les prix, et François Mellon devrait parvenir à valoriser sans souci son exceptionnelle récolte 2017. Il mise plus que jamais sur la diversification, lentilles, cameline et rhubarbe, des produits attendus par le consommateur.

La luzerne retrouve sa place sur la ferme de François Mellon, la demande importante ayant incité la coopérative de déshydratation à réviser ses tarifs.
© V.Noël

François Mellon en serait presque gêné : avec 53 q/ha en blé tendre d’hiver et 63 q/ha en orge de printemps semence, ses rendements en céréales atteignent cette année des niveaux jamais vus sur sa ferme. Et le reste est à l’avenant. « Il n’y a pas eu de facteurs limitants ! résume-t-il. Tout s’est prêté à des rendements exceptionnels, jusqu’aux orages de grêle qui nous ont épargnés. » Grâce au trèfle en couvert, les reliquats azotés étaient importants. Les plantes ont pu en profiter du fait de l’absence d’eau cet hiver. La qualité est aussi au rendez-vous : les poids spécifiques en céréales à paille voisinent avec les 78 kg/hl tandis que les teneurs en protéines des blés de printemps montent à 11,5 %. C’est toutefois le taux de gluten, pas encore complètement établi, qui fait la rémunération en bio, non la protéine.

Des prix au rendez-vous malgré les volumes

De peur d’une baisse des prix due à la progression des volumes, François Mellon avait cette année réduit sa sole de cultures fourragères au profit des débouchés à forte valeur ajoutée, en semences ou en alimentation humaine. Or « malgré l’offre qui explose, les prix se tiennent car il y a une grosse demande. Les possibilités de développement en bio ne sont pas prêtes de s’arrêter », analyse-t-il, optimiste. Ses gros volumes seront bien valorisés. La tonne de blé de printemps très protéiné ou celle de semences de pois d’hiver (23 q/ha en mélange avec de l’orge) devrait lui rapporter autour de 400 euros/t, par exemple. Même la luzerne, qui avait beaucoup déçu l’agriculteur en 2016, renoue avec les bons scores : « En trois coupes, je vais arriver à 13 t/ha de matière sèche, c’est énorme ». Elle sera vendue au moins 65 euros/t, uniquement à la coop de déshydratation qui a rétabli une politique de prix acceptables pour l’exploitant.

Avec 8 q/ha de lentilles et 5 q/ha de cameline, l’agriculteur repart du bon pied sur ces productions clés qu’il transforme lui-même. « Je vais pouvoir refaire mes stocks d’huile, d’autant plus que la cameline en pur a donné 13 q/ha », note-t-il. De quoi oublier une année 2016 difficile. « J’étais assuré sur ma récolte, ça m’a enlevé une épine du pied, et les banques m’ont accordé une année blanche pour mes remboursements de prêts, j’ai eu de la chance. Entre ça, les réductions de charges sur le foncier accordées par l’État et les dégrèvements MSA, j’ai limité la casse. Mais avec 20 à 25 q/ha de moyenne en rendement, on était très loin du compte. »

Déception en rhubarbe qui ne remet pas en cause son développement

Seul point noir en 2017, la rhubarbe, qui n’a pas aimé la période sèche. Elle n’a produit que 13 t/ha au lieu des 25 t/ha attendues. S’il a réussi à s’arranger avec ses différents clients, François Mellon regrette de ne pas pouvoir fournir la demande. Il a donc installé deux hectares supplémentaires, et accompagne un jeune, qui a financé l’installation d’un hectare. « Il est en conventionnel chez ses parents, avec une rotation colza/blé/orge. Je veux l’impliquer en lui montrant autre chose », précise agriculteur. François Mellon voit la rhubarbe un peu « comme une porte de sortie ». « J’ai acquis une certaine autonomie sur les grandes cultures que je n’ai pas envie de changer, décrit-il. Je pense avoir sécuriser ma rotation culturale, notamment avec l’introduction du trèfle. C’est sur la rhubarbe, les lentilles et l’huile de cameline que j’ai des développements à faire. »

V. N.

Inquiétudes sur les engrais

Peu élevées, les charges de la ferme sont principalement liées aux interventions mécaniques et aux engrais. Sur ce dernier point, « je joue un peu avec le feu, estime François Mellon. La luzerne exporte beaucoup et j’ai des taux qui baissent en P et K. Il faut que je recharge un peu ». L’agriculteur s’inquiète du manque de disponibilité en engrais pour le bio. « Nous avons très peu de produits disponibles, qui sont de plus soumis à d’importants contrôles », observe l’agriculteur. Pour l’instant, les disponibilités existent. Mais l’agriculteur redoute que l’augmentation des surfaces n’assèche très rapidement les ressources disponibles. « Il va falloir que la réglementation change, estime-t-il. On n’a pas encore pris la pleine mesure des conséquences d’un déficit en P et K. »

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