Aller au contenu principal

Produits phytosanitaires : des différences d’usage entre la France et les voisins européens en grandes cultures

Sur les matières actives ou sur les produits commerciaux, les conditions d’emploi diffèrent parfois entre la France et les autres pays de l’Union européenne. Petit tour d’horizon en grandes cultures.

<em class="placeholder">Application d&#039;un fongicide sur pomme de terre pour lutter contre le mildiou. Traitement phytosanitaire.  Tracteur, pulvérisateur et rampe. Prévention des maladies des ...</em>
En pomme de terre, les insecticides flonicamide et spirotetramat sont autorisé en Belgique, Pays-Bas et Allemagne contre les pucerons mais pas en France.Une demande de dérogation a été formulée pour ces deux insecticides.
© V. Marmuse

Sur les substances actives ou sur les produits phytosanitaires commercialisés, il y a des différences d’utilisations entre la France et les autres pays de l’Union européenne. Sur les grandes cultures, elles sont moins importantes que sur des cultures spécialisées où ces différences engendrent parfois des usages orphelins.

La polémique enfle sur une matière active en particulier, l’acétamipride, insecticide de la famille des néonicotinoïdes (NNI), ainsi que sur deux autres insecticides assimilés à cette famille, le sulfoxaflor et le flupyradifurone. Ces NNI sont interdits en France depuis 2018 et l’application d’un article de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016.

L’insecticide acétamipride réapprouvée au niveau européen jusqu’en 2033

Or l’acétamipride est autorisée dans plusieurs pays européens (Belgique, Allemagne…) pour lutter contre les pucerons en particulier, sur des cultures aussi diverses que la betterave, les céréales en paille, le colza, le maïs, la pomme de terre… Il en est de même pour le flupyradifurone au moins sur la pomme de terre, la betterave, selon les instituts techniques interrogés à ce sujet. Enfin, à noter que l’acétamipride a été réapprouvée au niveau européen jusqu’en 2033.

La profession agricole, en particulier la CGB, demande « au gouvernement à revenir sur l’interdiction de l’acétamipride » pour lutter contre les pucerons vecteurs de la jaunisse. Cela signifierait de revenir sur la loi de 2016. Une proposition de loi pour « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », portée par le sénateur Laurent Duplomb et adoptée par le Sénat fin janvier 2025 contient un article proposant une dérogation pour l’acétamipride et le flupyradifurone. L'Assemblée nationale va devoir trancher.

L’herbicide triallate va manquer pour désherber les orges en France

Hors les NNI, les différences d’usages concernent les produits phyto et non les molécules. Certains produits commerciaux sont interdits en France et autorisés chez les voisins européens sur certaines cultures. Franck Duroueix, de Terres Inovia, cite le cas de l’herbicide Isard (dmta-p) utilisé sur soja (une dérogation est demandée pour la France).

Le cas de l’herbicide triallate a été mis en avant par Éric Thirouin, président de l’AGPB, lors d’une conférence de presse le 14 janvier 2025. Le produit Avadex 480 à base de cette molécule voit un arrêt d’autorisation de son usage le 29 mars 2025. Il pouvait être remplacé par un autre nouveau produit, Avadex Factor, dont la demande d’autorisation de mise en marché (AMM) a été demandée par la société Gowan à l’Anses. Elle a été refusée alors que le produit peut être utilisé dans d’autres pays européens comme l’Espagne. Cet herbicide risque de ne pas pouvoir être utilisé cette année alors que le triallate est une molécule importante sur les orges notamment pour la gestion des graminées adventices. Le même cas de figure se présente pour la bentazone, molécule prochainement arrêtée sur le désherbage du maïs. La demande d’AMM a été retoquée en France par l’Anses pour un produit alors qu’il est autorisé au Portugal.

Des distorsions d’usages constatées à l’issue du Comité de solutions

Autre cas de figure : des produits sont autorisés mais avec des restrictions d’usage propres à la France. « L’insecticide Minecto Gold fait l’objet de dérogations sur colza pour lutter contre les méligèthes en France et en Allemagne. Mais dans ce dernier pays, il y a le droit à deux applications alors qu’une seule est permise en France », remarque Franck Duroueix. L’usage du produit est plus souple en Allemagne.

« En pomme de terre, parmi les produits avec des différences d’usages, les insecticides flonicamide et spirotetramat sont autorisés en Belgique, Pays-Bas et Allemagne contre les pucerons mais pas en France, observe Sophie Szilvasi, de la DGAL. Une demande de dérogation a été formulée pour ces deux insecticides. » Ce constat avait été soulevé l’été dernier à l’issue du Comité de solutions, travail de recensement des solutions de protection disponibles dans les États membres, à l’initiative du ministère de l’Agriculture et sur demande de diverses filières de production agricole. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard relance la procédure en définissant un comité d’orientation.

Des restrictions d’usage plus strictes sur certains produits chez nos voisins européens

Les différences d’usages existent dans l’autre sens : des autorisations en France qui n’existent pas dans d’autres pays européens. Ainsi, le triallate n’est pas autorisé en Allemagne. Le prosulfocarbe est suspendu en Belgique. Les Pays-Bas et le Danemark ont interdit le chlortoluron et le pinoxaden parmi les herbicides céréales alors que ces produits restent autorisés dans d’autres pays dont la France. En février 2024, sur les 383 substances actives approuvées en Union Européenne, 274 étaient autorisées en France, plus qu’en Allemagne (265 environ) mais moins qu’en Italie (plus de 300) ou qu'en Espagne. « La France n’est ni mieux ni moins bien lotie en matière de molécules phytosanitaires parmi les pays de l’Union Européenne », remarque Sophie Szilvasi.

<em class="placeholder">Produits phytosanitaires : des différences d’usage entre la France et les voisins européens en grandes cultures</em>
© Source : base de données européenne de pesticides

Les plus lus

<em class="placeholder">Adolescent au volant d&#039;un tracteur </em>
Les enfants d’agriculteurs peuvent-ils donner un coup de main sur l’exploitation familiale en toute légalité ?

À partir de 16 ans, voire dans certains cas dès 14 ans, les enfants d’agriculteurs peuvent contribuer aux travaux de l’…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Damien Beaujouan, agriculteur à Roches (Loir-et-Cher), &quot;Je laboure mes terres tous les trois ans en veillant à ne pas faire un travail trop profond, moins de 20 ...</em>
Maïs : « Le faux semis est le levier le plus efficace pour réduire la densité de ray-grass dans mes champs »

Agriculteur à Roches (Loir-et-Cher), Damien Beaujouan combine désherbage chimique et techniques agronomiques pour…

<em class="placeholder">Stockage des produits phytosanitaires.</em>
Produits phytosanitaires interdits : quelles sanctions en cas de présence sur l’exploitation ?

L’actualité récente, avec la perquisition d’une dizaine d’exploitations de Charente-Maritime pour recherche de produits…

<em class="placeholder">Marc Pottier, agriculteur bio à Remaucourt (Ardennes) et conseiller à la coopérative Probiolor,  &quot;La culture du soja peut avoir sa place sur des terres de craie. C’est ...</em>
Soja : « Une production sur des terres de craie très blanche des Ardennes a donné un rendement de 20 q/ha en sec »
Agriculteur bio à Remaucourt (Ardennes) et conseiller à la coopérative Probiolor, Marc Pottier cultive du soja régulièrement sur…
<em class="placeholder">Patrice Gourinchas, président de l’ASA du Bandiat et son fils Yann.</em>
Stockage de l’eau : « Une irrigation de 2000 m³/ha sur maïs coûte 620 € avec notre réserve de substitution en Dordogne »
Les deux réserves de substitution de l’ASA du Bandiat, entre Charente et Dordogne, ont permis le maintien d’ateliers…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures