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Prix des engrais : un plan européen critiqué

Bruxelles a proposé le 9 novembre des mesures visant à améliorer la disponibilité et limiter le coût des engrais pour les agriculteurs européens. Un plan jugé très insuffisant par le Copa-Cogeca.

Engrais azotés
Par rapport aux années précédentes,: en fonction des produits et de leur composition, les prix des engrais sont 3 à 5 fois plus élevés pour les agriculteurs, rappelle la Commission européenne.
© Unifa

Face à l’envolée des prix des engrais dans le contexte de guerre en Ukraine, la Commission européenne a proposé le 9 novembre une série de mesures dans sa communication « Garantir la disponibilité et le caractère abordable des engrais ». Des mesures jugées insuffisantes par l’organisation agricole européenne Copa-Cogeca.

 

Envolée du prix des engrais et ses conséquences sur l’agriculture européenne

« En un an, entre septembre 2021 et septembre 2022, le prix des engrais azotés a augmenté de 149 %. Par rapport aux années précédentes, l'augmentation est encore plus forte : en fonction des produits et de leur composition, les prix des engrais sont 3 à 5 fois plus élevés pour les agriculteurs », rappelle la Commission européenne en préambule de sa communication. « En conséquence, les agriculteurs achètent et utilisent moins d'engrais, ce qui compromet directement les rendements et la qualité de leurs prochaines récoltes », poursuit la Commission qui s’inquiète que ce phénomène « pèse encore davantage sur les prix des denrées alimentaires ».

Bruxelles rappelle toutefois qu’à moyen terme l’objectif de l’Union européenne inscrit dans sa stratégie De la ferme à table est de d’aboutir à une diminution de l’utilisation des engrais de 20% d’ici à 2030.


Que propose la Commission européenne pour améliorer la disponibilité des engrais et maîtriser leur coût ?

Pour aider les agriculteurs à « optimiser leur utilisation d’engrais et à réduire leurs dépendances tout en garantissant les rendements », Bruxelles propose :

  • Aux Etats membres de donner la priorité, dans leur plan d’urgence national, à garantir l’accès continu et ininterrompu au gaz naturel (leur principal intrant) aux producteurs d’engrais en cas de rationnement du gaz
     
  • Aux Etats membres de fournir une aide spécifique en faveur des agriculteurs et des producteurs d’engrais, dans le cadre temporaire de crise pour les aides d’Etat. « Les pouvoirs publics pourraient par exemple acheter des engrais à des prix de marché plus compétitifs et à les proposer à des prix inférieurs aux agriculteurs », a précisé le commissaire à l'Agriculture Janusz Wojciechowski lors d'une conférence de presse, rapportent nos confrères d’Agrafil.
     
  • Aux Etats membres d’examiner aussi avec eux l’opportunité d’utiliser la réserve agricole d’un montant de 450 millions d’euros pour l’exercice 2023 pour les agriculteurs touchés par les coûts élevés des intrants.
     
  • De lancer en 2023 un observatoire du marché des engrais afin de partager des données sur la production, l’utilisation, les prix et les flux commerciaux des engrais.
     
  • D’inciter les Etats membres à veiller à ce que les plans de gestion des nutriments, l’amélioration de la santé des sols, l’agriculture de précision, l’agriculture biologique et l’utilisation accrue des légumineuses dans les programmes de rotation des cultures soient largement adoptées par les agriculteurs.
     
  • De collaborer avec les 27 Etats membres afin que les révisions des plans stratégiques de la Pac mettent en avant une utilisation durable des engrais.
     
  • D’encourager le recours aux engrais organiques à travers l’adoption en 2023 d’un plan d’action pour la gestion intégrée des nutriments (azote et phosphore)
     
  • D’encourager les Etats membres à soutenir les investissements dans l’hydrogène renouvelable et le biométhane pour la production d’ammoniac dans le cadre de la fabrication des engrais.
     
  • De diversifier les fournisseurs d’engrais pour compenser la perte des fournisseurs russes et biélorusses. Dans sa communication, Bruxelles indique : « Oman, le Turkménistan et le Qatar ont été identifiés comme des sources d'engrais azoté alternatives » alors que les importations venant d'Egypte et d'Algérie se sont déjà envolées.


La levée des droits antidumping repoussée par la Commission européenne

En revanche, le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski a repoussé l’idée de lever les droits antidumping imposés à certaines importations d’engrais, car cela ne ferait qu’affaiblir un peu plus les fabricants européens, a-t-il déclaré.
 

Prudence sur le recours aux nutriments des déchets organiques

A propos de l’utilisation d’engrais biosourcés ou RENURE (Recovered Nitrogen from manURE), obtenus notamment par le traitement et la transformation du fumier animal, via l’assouplissement de la réglementation sur les nitrates, « nous étudions cette possibilité mais c’est une question compliquée », a indiqué le commissaire à l’Agriculture.

« Le fumier, les boues d'épuration et les biodéchets issus du procédé de méthanisation/biogaz ou des traitements biologiques et thermiques constituent des engrais organiques qui peuvent en partie remplacer les engrais minéraux. La mise au point de méthodes visant à étendre le recyclage efficace des nutriments des déchets organiques (par exemple, les effluents d'élevage, la digestion anaérobie, les boues et d'autres flux de déchets organiques) en biofertilisants renouvelables contribue à la réalisation des objectifs de la stratégie De la ferme à la table. Toutefois, une attention particulière devrait être accordée à une utilisation contrôlée dans les zones vulnérables aux nitrates », peut-on lire dans le Question-Réponse de la Commission européenne suite à la publication de sa communication.


Bruxelles refuse de donner aux agriculteurs des solutions à court terme, regrette le Copa-Cogeca

Réagissant à la communication de la Commission européenne, Christiane Lambert, présidente du Copa-Cogeca (organisation des agriculteurs et coopératives européens) a regretté que Bruxelles « par idéologie, refuse de donner aux agriculteurs des solutions à court terme, mettant en péril la viabilité de nombreuses exploitations ».

Alors que cela aurait pu alléger la pression sur le prix des engrais, le Copa-Cogeca regrette la décision de Bruxelles de refuser de suspendre les droits antidumping définitifs (entre 16 et 32%) qu’elle impose depuis le 8 octobre 2019 aux importations d’urée et de nitrate d’ammonium en solution originaires de Russie, Trinité-et-Tobago et des États-Unis.

Pour diversifier les sources d’approvisionnement, le Copa-Cogeca appelle également à suspendre l'application de la limite de 60 mg/kg de cadmium pour les engrais phosphatés, afin de permettre la livraison depuis les pays d'Afrique du Nord (Maroc).

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