Prix des engrais : l’aide critiquée sur fond de reprise des hausses
Plusieurs opérateurs de la filière céréales, distributeurs ou conseillers auprès des agriculteurs, notent un problème de timing et doutent de l’efficacité des aides proposées par le gouvernement alors que les prix repartent de plus belle à la hausse.
Plusieurs opérateurs de la filière céréales, distributeurs ou conseillers auprès des agriculteurs, notent un problème de timing et doutent de l’efficacité des aides proposées par le gouvernement alors que les prix repartent de plus belle à la hausse.
50 euros la tonne d’aide aux agriculteurs pour leurs achats d’engrais. C’est ce qu’a annoncé en grande pompe le gouvernement le 9 juillet. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que cette annonce provoque une vague d’achats de la part des agriculteurs.
La loi de l’offre et de la demande étant ce qu’elle est, et l’aide étant limitée dans le temps (achat avant le 30 septembre), les conséquences ne se sont pas fait attendre.
L’aide engrais du gouvernement gommée par une nouvelle hausse du prix des engrais azotés
« L’aide est intervenue au pire moment », observe un analyste du marché des céréales. Elle est venue accentuer la tendance à la hausse provoquée par la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz et le prix du gaz qui reste très élevé en Europe (surenchérissement des engrais produits dans l’UE). Les 50 euros d’aide ont été rapidement gommés par une hausse des prix à la tonne du même ordre… Le prix de l’urée a progressé de 465 €/t à 530 €/t depuis l’annonce de l'aide engrais, indique le même analyste.
Lire aussi | Hausse des prix des céréales, entre tensions internationales et conditions de culture difficiles
Un manque de concertation des acteurs de la filière engrais
Plusieurs responsables de la distribution agricole signalent aussi un manque de concertation, aussi bien des fabricants d’engrais que de leurs structures, par les pouvoirs publics avant l'annonce de l'aide.
Des modalités de mises en œuvre de l’aide engrais qui restent à préciser
Le guichet de demande d’aide, qui doit être piloté par FranceAgriMer, doit ouvrir le 1er août. Pourtant, il reste à connaître les modalités exactes de mise en œuvre car si les grandes lignes sont connues, de nombreuses interrogations subsistent. À commencer par la liste exacte des produits éligibles. On sait juste que l’aide s’élèvera à 50 €/t d’engrais azotés simples achetés ou 70 €/t lorsque les dépenses d’engrais représentent plus de 10 % des charges de l’exploitation. La méthode de calcul pour déterminer le niveau de charges n’est pas connue à jour.
La limitation prévue par le gouvernement du volume aidé à 50 % de la consommation d’engrais azotés de 2025 mérite aussi des précisions. Comment sera calculée la consommation servant au plafond ? Qu’en est-il des jeunes installés ou des exploitations qui se sont agrandies ?… On ne sait pas non plus quelles dates seront prises en compte pour attribuer l’aide (commande, facture, livraison) ni ce qu’il en est des commandes avec livraisons différées.
Une taxe MACF qui reste problématique pour les agriculteurs français et européens
Pour les observateurs, en Europe, la mise en œuvre du MACF (taxe carbone aux frontières de l’UE sur les importations d’engrais azotés), dont le maintien a été confirmé par la Commission européenne, est également loin d’être contrebalancée par l’aide engrais. D’autant qu’en application de la réglementation européenne, la montée en puissance du dispositif au 1er janvier 2027 pourrait en remettre une louche du côté de la hausse des prix.
Au regard des grandes variations que connaissent les prix des engrais ces derniers temps, l’impact de cette aide conjoncturelle, décidée dans la précipitation, risque au final d’être assez dérisoire pour les agriculteurs qui restent en attente de mesures d’accompagnement plus structurelles.