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Gestion de l'eau
Pourquoi tant de haine autour du stockage de l'eau ?

La création de stockage d’eau pour l’irrigation déchaîne les passions. Mais quel est le véritable enjeu ? Pourquoi une telle opposition à la constitution de réserves alors que l’on sait que les changements climatiques vont engendrer une raréfaction de cette ressource ? Est-il justifié que l’État soutienne ces infrastructures en les subventionnant jusqu’à 80 %?

L’irrigation s’est surtout développée par une multiplication des pompages individuels en rivière et en nappe à partir des années 1980. Ces prélèvements ont engendré des perturbations majeures du milieu naturel et aquatique, surtout en période d’étiage. Dans les années 70 et 80, de nombreuses retenues artificielles ont été créées, notamment dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, permettant de développer des productions diversifiées mais aussi la culture du maïs.

La région Poitou-Charentes, quant à elle, qui s’est tournée aussi vers les grandes cultures dont le maïs, n’est pas équipée d’infrastructures de stockage alors que cette région connaît des sécheresses de plus en plus marquées. Le groupement de fédérations de pêche de Poitou-Charentes a réalisé au 15 juillet 2011 un état des lieux de 4 064 kilomètres de cours d’eau et constaté que 1661 kilomètres étaient soit à sec, soit en rupture d’écoulement. Les irrigants qui se retrouvent régulièrement sous le coup d’arrêtés préfectoraux d’interdiction d’irriguer, réclament la création de stockage de l’eau. Ce message est porté par Irrigants de France, la FNSEA ainsi que par la Coordination rurale.


LES CONDITIONS FIXÉES PAR L’ÉTAT


Irrigants de France chiffre à 350 millions de mètres cubes (Mm3) les besoins en stockage supplémentaire, tout en disant ne pas avoir évalué les volumes stockés existants. Pour le bassin Adour-Garonne, le plus concerné par le stockage, l’agence de l’eau chiffre ces derniers à 733 Mm3. « Ce qui nous a été accordé se limite à 40 Mm3 de stockage supplémentaire au niveau national sur cinq ans », regrette Daniel Martin, président des Irrigants de France. Si les pouvoirs publics sont prêts à soutenir le stockage de l’eau, c’est en posant des conditions.

Selon le plan quinquennal de gestion de l’eau en agriculture, seront aidées prioritairement les retenues d’eau remplies en période de hautes eaux, notamment les retenues de substitution situées en dehors des cours d’eau ; les retenues dans les bassins pour lesquels l’écart entre le volume prélevé et le volume prélevable est supérieur à 30 %, et enfin les projets sur les bassins engagés dans une réduction des volumes d’eau consommés. Un effort devra être réalisé par les agriculteurs pour réduire les volumes d’eau prélevés sur 14000 hectares, en implantant du sorgho ou du soja par exemple, afin de réduire les surfaces en maïs.


DÉFINITION D’UN COURS D’EAU…


Les retenues situées sur les cours d’eau ne sont plus soutenues financièrement parce qu’il est désormais démontré que ce sont elles qui ont le plus d’impact sur les milieux du fait de la nécessité de créer un barrage en travers du cours d’eau. France Nature Environnement (FNE) a recensé les nuisances : rupture de continuité écologique, disparition d’habitats naturels, dégradation de la qualité physicochimique de l’eau, modification du régime hydrologique…

Pour modifier le profil d’un cours d’eau, il faut engager une procédure d’autorisation. Mais se pose la difficulté de l’absence de définition d’un cours d’eau. Celle retenue pour la conditionnalité des aides PAC n’est pas valable car elle n’appartient pas à la même législation.Ainsi, chaque direction départementale des territoires (DDT) qui assure la police de l’eau a sa propre interprétation. « Nous militons pour considérer un cours d’eau lorsque le débit est supérieur à un litre par seconde pendant douze mois », précise Daniel Martin.


… ET UNE ZONE HUMIDE


Les retenues collinaires n’interceptant que le ruissellement sont moins nuisibles, reconnaît FNE, « hormis celles qui ont été implantées sur des zones humides ». Le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) Loire-Bretagne interdit la création de retenues en zones humides. Mais les retenues collinaires sont souvent créées en fond de talweg, donc en zone plus ou moins humide. Là encore, la définition du code de l’environnement n’est pas suffisamment précise pour trancher : « zone couverte d’eau douce, salée ou saumâtre pendant tout ou partie de l’année ».

Dans le Sdage Rhône- Méditerranée-Corse, un système de compensation écologique est prévu : un hectare détruit doit être compensé par deux hectares, ce qui est jugé comme un principe pertinent par la profession agricole, même si le taux lui semble excessif. Les retenues de substitution, quant à elles, ont des impacts environnementaux minimisés du fait de l’isolement par rapport à l’hydrologie naturelle. Pour autant, les études d’impact sont lourdes car ces retenues doivent être remplies en période excédentaire en eau, une notion parfois difficile à cerner.

De plus, l’emprise au sol est très importante, de l’ordre de 2,5 hectares pour 100000 m3 stockés. Et les procédures d’autorisation vont se compliquer du fait de la réforme sur les études d’impact qui entre en application. « Les véritables retenues de substitution peuvent être une réponse si les bénéfices environnementaux et économiques sont avérés. Mais cette solution ne doit être envisagée qu’en dernier ressort, quand toutes les autres solutions d’économie d’eau et d’évolution des cultures ont été utilisées », considère FNE. Une vision qui s’oppose à celle des irrigants qui ne sont pas prêts à remettre en cause tout leur système de production.


ACCEPTABILITÉ SOCIALE


Le problème de la création de retenues est d’abord une question d’acceptabilité sociale. « C’est toujours un véritable parcours d’obstacles, reconnaît Solène Laloux, chef du service ressource en eau et foncier de la CACG(1). Pour réussir, il faut que le projet soit porté par un maître d’ouvrage, regroupant les irrigants, qui est prêt à financer 20 % du projet et jusqu’à 40 % parfois. Et il faut surtout une concertation locale avec un projet de territoire où l’agriculture est considérée comme un outil de développement. » De tels projets, engageant des millions d’euros d’argent public, sont des succès quand ils sont partagés par tous.

(1) Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne.

RÉGLEMENTATION

Les textes encadrant le stockage de l’eau


Au niveau européen, la directive cadre sur l’eau pour les eaux superficielles prévoit que « chaque masse d’eau de surface doit atteindre le bon état écologique » en principe pour 2015.


Au niveau national, la Loi sur l’eau de 2006 a instauré la réforme dite des volumes prélevables. Son objectif est de diminuer les fréquences des crises. Pour chaque sous-bassin doit être défini un volume prélevable pour l’irrigation compatible quatre années sur cinq avec le respect du débit d’objectif d’étiage (DOE) du cours d’eau et avec les ressources du bassin (ressources naturelles et retenues existantes). Ce volume sera réparti entre les irrigants du bassin par un gestionnaire dit « organisme unique », qui peut être une chambre d’agriculture. « Ces volumes prélevables sécurisent l’irrigation, mais ils ne permettent pas de passer les années très sèches », reproche Daniel Martin, président des Irrigants de France. Ces dispositions étant contraignantes pour les agriculteurs, les pouvoirs publics ont prévu d’inclure provisoirement dans la définition des volumes prélevables le volume des retenues qu’il serait raisonnable de construire dans le sous-bassin, afin d’éviter des ajustements trop rapides à la baisse de l’irrigation.


Le plan quinquennal de gestion de l’eau en agriculture datant de novembre 2011, quant à lui, prévoit la création de retenues d’eau en gestion collective pour 40 millions de mètres cubes « dès lors qu’elles ne conduisent pas à une remise en cause des objectifs de la directive cadre européenne sur l’eau ». Ces projets devraient pouvoir prétendre à des aides financières de l’Union européenne et des Agences de l’eau, « à hauteur respectivement de 15 et 75 millions d’euros ». Ce financement permet de couvrir 75 % des travaux dont le montant s’élèverait à 120 millions d’euros. Les collectivités peuvent également participer financièrement dans la limite d’un total d’aides publiques de 75 %.

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