Aller au contenu principal

Elongation automnale des colzas : connaissez-vous les leviers à activer ?

Si le choix variétal reste incontournable pour limiter l’élongation automnale des colzas, cette option n’est pas toujours suffisante. L’itinéraire technique et les apports azotés doivent être ajustés pour contrôler au mieux ce phénomène.

L’élongation automnale est évaluée dans le cadre des essais d’inscription d’une variété.
© Terres Inovia

Vive les automnes doux et humides, propices à une pousse rapide des colzas dès le semis. Mais ce contexte favorable à l’implantation des cultures peut conduire à un allongement trop rapide des tiges. Ce phénomène, appelé élongation automnale, est redouté par les producteurs de colza. Car une tige longue et fine est plus sensible à la verse. Riche en eau, sa sensibilité au gel est également accrue. Si la tige « éclate », la perte de pied peut être totale. Ces blessures seront autant de portes d’entrées pour les maladies — phoma en tête — qui elles aussi, pourront impacter le rendement final. Limiter cette élongation fait partie des priorités des agriculteurs qui ont décidé d’introduire le colza dans leur rotation.

Grille de risque élongation colza de Terres Inovia (sept 2019)
Grille de risque de l'élongation du colza publiée par Terres Inovia (version sept 2019)

Le choix variétal est le premier poste d’action contre ce risque. Tout comme la sensibilité à la verse, la richesse en huile ou la précocité à floraison, l’élongation automnale est un critère évalué dans le cadre des essais d’inscription d’une variété. Il est également pris en compte, dès le stade de la sélection par les semenciers. L’institut Terres Inovia informe sur la sensibilité d’une variété (faible, moyenne ou forte), avec le catalogue variétal consultable sur le site myvar.fr

Ne pas dépasser les 40 ou 45 plantes par mètre carré

« Malheureusement, le seul critère variétal ne suffit pas toujours pour contrôler cette élongation, souligne Arnaud Van Boxsom, ingénieur régional chez Terres Inovia dans les Hauts-de-France. Ces dernières années, nous avons montré que d’autres leviers agronomiques permettaient de maîtriser le risque, à commencer par la densité de semis. Une forte densité, supérieure à 50 plantes par mètre carré, favorisera ce phénomène. Nous conseillons donc de ne pas dépasser les 40 ou 45 plantes par  mètre carré. »

Un semis précoce sera également plus propice car il laissera tout le temps au colza de s’allonger avant l’hiver, surtout si l’automne est doux et humide, ce qui est de plus en plus fréquent ces dernières années. Les créneaux de semis conseillés par Terres Inovia, au sein de chaque région, tiennent donc compte de ce paramètre.

Autre critère décisif : la disponibilité en azote dans la parcelle. Le risque est considéré comme réel si la quantité mobilisable dépasse les 100 unités. Une plante bien nourrie grandira plus et plus vite. La gestion des apports de matière organique, notamment dans les zones d’élevage, est à prendre en compte dans les rotations avec colza.

En Normandie par exemple, une région qui cumule douceur automnale et forte présence d’élevages, le choix variétal des colzas reste primordial. Dans d’autres régions, il faut reconnaître que, face à une pression insectes ou maladies grandissantes, le critère « élongation automnale » n’apparaît pas toujours en tête des priorités.

Le comportement aux maladies passe avant

« Tout est question d’équilibre, souligne Philippe Charron, chef produit expert colza chez RAGT Semences (voir encadré). Une variété productive affichant un bon comportement aux maladies et une sensibilité notable à l’élongation pourra quand même être choisie. À l’inverse, une variété peu sensible à ce phénomène mais également peu productive et peu riche en huile, aura plus de mal à s’imposer dans le choix final des agriculteurs. Le screening au niveau de la recherche reste donc capital pour repérer la variété aux multiples atouts. Sans oublier que les priorités pour les agriculteurs français ne seront pas les mêmes que pour leurs collègues européens. En Grande-Bretagne par exemple, le critère élongation automnale n’est pas du tout pris en compte. » Un sacré challenge pour les semenciers dont la recherche se joue le plus souvent à l’échelle européenne.

Pour anticiper le risque d’élongation, l’observation reste primordiale. Autour du stade 4 feuilles, il est conseillé de prélever quelques pieds de colza, pour réaliser une coupe transversale de la tige. Si celle-ci atteint déjà plusieurs centimètres, cela indique que le colza commence à s’allonger. Une application précoce de régulateur de croissance pourra alors être envisagée, en vérifiant l’estimation du risque à la parcelle, via un logiciel mis à disposition par Terres Inovia.

Un régulateur en dernier recours

Si l’élongation du colza est bien réelle, il reste l’option d’appliquer un régulateur de croissance. Son positionnement doit se faire entre les stades 6 et 8 feuilles du colza car passé ce stade, l’efficacité de la spécialité sera moindre. La dose à appliquer devra être ajustée en fonction du développement des plantes.

Sur des colzas déjà allongés, le produit ne pourra au mieux, que freiner le développement végétatif des plantes : aucune réduction de taille ni de verse ne doit être attendue. Le régulateur stoppe le développement des organes aériens pour favoriser la croissance racinaire. À noter qu’une régulation automnale inutile peut conduire à une perte de rendement comprise entre 5 et 10 % : le produit limitant la vigueur de la culture. Cette option n'est à envisager qu’en dernier recours, si toutes les autres précautions préalables se sont avérées inefficaces.

Philippe Charron, chef produit expert colza chez RAGT Semences

« Une variété sensible à l’élongation ne sera pas forcément écartée de notre gamme »

« Le critère 'élongation automnale' est depuis longtemps pris en compte dans nos programmes de recherche pour sélectionner de nouvelles variétés de colza. En France, son évaluation reste incontournable même si d’autres caractéristiques comme le rendement, la teneur en huile, les sensibilités aux maladies et aux insectes s’avèrent tout aussi, voire plus importants ces dernières années. Les agriculteurs savent désormais comment limiter ce phénomène en jouant sur la date et la densité de semis, la disponibilité en azote… Le climat reste également un facteur déterminant de l’intensité de cette élongation. Voilà pourquoi une variété moyennement sensible ne sera pas systématiquement écartée de notre gamme si, en parallèle, elle possède d’autres atouts agronomiques. Cette logique n’était pas vraie il y a quinze ans car à l’époque, le phénomène était moins connu et donc, moins bien maîtrisé par la voie agronomique. La variété RGT Quizz que nous lançons cette année affiche par exemple une sensibilité moyenne à l’élongation automnale mais s’avère très productive et se comporte bien vis-à-vis des pressions des ravageurs. »

 
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Grandes Cultures

Les plus lus

[vidéo] Julien Denormandie : « La transition agroécologique impose de créer de la valeur. »
Interrogé par les parlementaires, le ministre de l’agriculture a estimé que peu de secteurs peuvent se prévaloir des efforts…
L’érosion du revenu en grandes cultures depuis vingt ans est impressionnante, si l'on en juge par les statistiques officielles du Rica. © G. Omnès
Revenu : peut-on encore gagner sa vie en grandes cultures ?
Peut-on encore gagner sa vie en produisant des grandes cultures ? La question n’est plus déplacée au regard des résultats…
Le puceron (ici Sitobion avenae) n'occasionne pas de dégâts directs mais transmets des virus aux céréales © Christian Gloria
Insecticides : faut-il traiter contre les pucerons sur céréales maintenant ?
Le risque JNO est à nouveau élevé cet automne. Devant la douceur prolongée des températures, Arvalis recommande aux producteurs…
Thierry Maillier est agriculteur dans les Yvelines. "Les rendements du sorgho atteignent parfois les 100 quintaux/hectare." © C. Baudart
Thierry Maillier, dans les Yvelines : « En 2021, je sèmerai dix-huit hectares de sorgho grain »
Il est l’initiateur de la culture du sorgho grain sur son territoire, à la croisée entre les Yvelines, la Normandie et la région…
Un résultat courant en céréales et oléoprotéagineux sous la moyenne des autres secteurs depuis 2013Résultat courant avant impôts (charges sociales de l'exploitant déduites) par unité de travail non salarié, en euros courants © Source : Rica.
Le revenu en grandes cultures expliqué en 3 graphiques
Privilégiés, les producteurs de grandes cultures ? L'étude des chiffres montre que leurs revenus se situent plutôt en-dessous de…
Comprendre les enjeux de la future PAC en 6 questions
Conditionnalité environnementale renforcée, paiements verts revisités… L’Europe fixe de nouveaux objectifs à la PAC, et laissera…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures