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« Plus de la moitié des céréaliers ne dégageront aucun revenu en 2020 » (AGPB)

Le syndicat céréalier pointe du doigt la situation très difficile des grandes cultures depuis plusieurs années et qui culmine en 2020. L'AGPB réclame des aides d’urgence et, à plus long terme, le « rééquilibrage de la PAC en faveur des grandes cultures ».

Avec une année 2020 "catastrophique" faisant suite à plusieurs mauvaises campagnes, les responsables de l'AGPB Eric Thirouin (président, à gauche) et Philippe Heusèle (secrétaire général) ont appelé à des mesures d'urgence pour soutenir le secteur. © G. Omnès
Avec une année 2020 "catastrophique" faisant suite à plusieurs mauvaises campagnes, les responsables de l'AGPB Eric Thirouin (président, à gauche) et Philippe Heusèle (secrétaire général) ont appelé à des mesures d'urgence pour soutenir le secteur.
© G. Omnès

« Avec des rendements en berne et des aides en diminution, 2020 est une année particulièrement catastrophique pour les céréales », a indiqué Philippe Heusèle, secrétaire général de l’AGPB, lors d’une conférence de presse le 8 septembre. Selon les estimations de l’AGPB, et en prenant en compte un prix des céréales proche des cours actuels, « plus de la moitié des céréaliers ne dégageront aucun revenu en 2020 ». Une vision sombre confirmé par Éric Thirouin, président de l’AGPB : « Nous sommes dans un secteur qui depuis huit ans est en dessous de la ligne de flottaison, il est indispensable que l’État intervienne. »

 

Le syndicat céréalier réclame en urgence des aides pour faire face à l’année calamiteuse qui survient après plusieurs campagnes difficiles, et notamment :

  • Avance des aides PAC à 80 % au 15 octobre (contre 70 % accordés par le ministère de l’Agriculture) ;
  • Possibilité pour le secteur des grandes cultures de prendre en compte l’année N pour la MSA ;
  • Dégrèvement d’au moins 50 % sur la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) afin que « l’agriculture soit traitée comme les autres activités économiques en France, qui bénéficient d’un abaissement de la taxe professionnel de 50 % » ;
  • Absence de sanction en cas de non levée de cultures intermédiaires (SIE) semées dans le sec.

Des grandes cultures défavorisées par la PAC

Le syndicat demande aussi des mesures individuelles pour les agriculteurs les plus pénalisés, et réclame pour cela que des cellules de crise soient mises en place dans tous les départements concernés afin de juger des fonds d’allégement de charges à débloquer.

Au-delà de ce plan d’urgence, l’AGPB demande un « rééquilibrage de la PAC en faveur des grandes cultures », jugeant ces dernières délaissées malgré des revenus en berne. Éric Thirouin dénonce notamment « le transfert qui a été décidé par l’État du premier pilier (aides directes) vers le second pilier, ce qui a aidé des secteurs ne concernant pas les céréales, au lieu d’abonder le second pilier avec des aides d’État ».

aides pac par secteur
L'AGPB déplore des aides PAC qui "décrochent" en grandes cultures par rapport à de nombreux autres secteurs.

« Nous voulons un premier pilier fort »

Le président de l’AGPB attaque également les mesures agroenvironnementales (MAE), « une vraie jungle dans laquelle les céréales ne sont pas mises en avant, ou avec des contraintes plus chères que ce que cela rapporte ». Et il s’interroge sur la légitimité des ICHN (indemnité compensatoire de handicaps naturels) très majoritairement orientées vers l'élevage : « Pourquoi considère-t-on que le handicap existe en élevage, mais pas en céréales comme c’est pourtant le cas en blé dur dans le Sud ? »

Alors que se discute l’avenir de la nouvelle PAC, l’AGPB demande donc que la nouvelle PAC limite la marge de manoeuvre de chaque État membre (aussi appelée subsidiarité).et milite pour un « premier pilier fort », avec des aides planchers qui ne devraient pas être inférieures à la moyenne européenne (250 €/ha).

Le syndicat plaide également pour un abaissement à 5 % du paiement redistributif (consistant à valoriser plus fortement les aides sur les 50 premiers hectares et défavorise les grandes cultures du fait de la taille des exploitations). « Si l’État continue d’ignorer les céréales, le secteur va dévisser sévère, a mis en garde Éric Thirouin. Et c’est maintenant qu’il faut se réveiller, pas dans dix ans car il sera trop tard. »

sol sec dans une parcelle de blé
L'AGPB propose de financer le surcoût de l'assurance récolte par des économies sur les MAE et l'ICHN ou par un cofinancement par l'Etat.

Assurance récolte : l’AGPB s’oppose à tout transfert du premier vers le second pilier

L’AGPB demande que soit mise en oeuvre la possibilité offerte par l’Europe d’appliquer une franchise minimale de 20 % pour la formule « de base » de l’assurance récolte, financée à 70 % par les pouvoirs publics (alors que la France applique une franchise de 30 % pour un financement public de 60 %). Selon le syndicat, cela permettrait de faire progresser le taux de couverture des cultures à 40 ou 50 % des surfaces (contre 30 % actuellement), pour un coût supplémentaire de 250 millions d’euros.

L’un des scénarios préconisés par certains est de transférer cette somme du premier vers le second pilier (qui permet de financer l’assurance récolte). Une hypothèse vivement rejetée par Éric Thirouin, président de l’AGPB. « Il est hors de question de creuser le trou quand on voit déjà l’écart qui existe entre la France et certains pays comme l’Allemagne » sur le montant des aides directes, a balayé le responsable, qui plaide pour un cofinancement national du 2nd pilier par l’État.

Selon le syndicat, cela pourrait se faire, pour les deux ans qui viennent, au travers du volet agricole du plan de relance. À plus long terme, Éric Thirouin estime « qu’il y a des économies à faire » sur les mesures agroenvironnementales et sur l’ICHN (indemnité compensatoire de handicaps naturels) « qui pourraient financer l’assurance récolte ».

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