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Plantes compagnes/Sud-Ouest : "des plantes non gélives sous colza pour avoir un couvert en place à la récolte"

Faute de gel hivernal suffisant pour détruire les plantes compagnes, la coopérative gersoise Gersycoop a adapté la technique pour développer un couvert qui reste en place après le colza. Un atout contre les adventices, contre les insectes et contre l’érosion, explique Laetitia Laffont, du service agronomique de la coopérative.

"Le trèfle violet fonctionne très bien associé avec d’autres trèfles ou avec de la lentille", explique Laetitia Laffont, du service agronomie de la coopérative Gersycoop. © Gersycoop
"Le trèfle violet fonctionne très bien associé avec d’autres trèfles ou avec de la lentille", explique Laetitia Laffont, du service agronomie de la coopérative Gersycoop.
© Gersycoop

Quel est l’intérêt des plantes compagnes ?

Laetitia Laffont : Associer des plantes adaptées avec le colza permet de cumuler les bénéfices : on diminue la pression insectes et l’on maîtrise l’enherbement quand le salissement n’est pas trop important. Dans les situations avec une pression de salissement faible à moyenne, les plantes compagnes vont permettre de diminuer le nombre de passages herbicides. On pourra par exemple ne faire qu’un antigraminées, ou rien du tout sur les parcelles peu sales. Cela ne fait pas de miracles non plus. En cas d’infestation plus importante, les plantes compagnes ne suffiront pas.

Les plantes compagnes permettent-elles de se passer d’insecticide ?

Difficile de parler de zéro insecticide car cela dépend de la pression de l’année. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un effet de dilution et de confusion, et que les plantes compagnes sont un très bon moyen de faire baisser la pression. On note tous les ans une diminution du nombre d’insecticides sur les parcelles où il y a des plantes compagnes par rapport aux autres parcelles. Il faut néanmoins maintenir la surveillance des cultures. Ce n’est pas parce que l’on a implanté des plantes compagnes qu’il n’y aura pas d’insectes. Il sera difficile de faire l’impasse en cas de forte pression.

Quelles sont les préconisations chez Gersycoop concernant les espèces adaptées ?

Nous avons lancé des essais sur les plantes compagnes depuis plusieurs années déjà. À l’origine, la pratique préconisée était d’implanter des couverts gélifs détruits pendant l’hiver, ou, dans le pire des cas, pour lesquels il fallait faire un traitement pour les détruire en sortie d’hiver. Cette technique n’a pas pris dans notre région. Nous avons rarement de vraie séquence de gel hivernal et l’on se retrouvait souvent avec des féveroles non détruites ou des vesces qui venaient gêner le colza, qu’il fallait détruire avec un herbicide. Mon collègue Serge Letellier a cherché à travailler avec d’autres plantes, non gélives et surtout moins gênantes. L’idée était de les garder sous le colza de manière à avoir un couvert déjà en place à la récolte. Il y a eu un gros travail de criblage et d’essais pour déterminer quelles espèces convenaient. Il fallait trouver un compromis entre des plantes qui arrivent à couvrir suffisamment le sol pour limiter les adventices, sans trop se développer pour ne pas concurrencer le colza.

Du trèfle violet sous colza, en mai. "C’est une plante capable de résister au sec et à l’ombrage important du colza. À la récolte, on a un joli tapis vert qui va pouvoir tenir le chaume propre", témoigne Laetitia Laffont, Gersycoop. © Gersycoop
Du trèfle violet sous colza, en mai. "C’est une plante capable de résister au sec et à l’ombrage important du colza. À la récolte, on a un joli tapis vert qui va pouvoir tenir le chaume propre", témoigne Laetitia Laffont, Gersycoop. © Gersycoop

Quelles espèces sont ressorties du lot sous couvert du colza ?

On tourne aujourd’hui beaucoup autour des trèfles, et essentiellement du trèfle violet. C’est une plante qui s’implante assez facilement sous nos conditions, capable de résister au sec et à l’ombrage important du colza. À la récolte du colza, on a ainsi un joli tapis vert qui va pouvoir tenir le chaume propre. Le trèfle assure la fonction de couvert avec tous les bénéfices que l’on peut en tirer pour la culture suivante. C’est aussi un bon levier dans la lutte contre l’érosion, qui est un gros enjeu sur notre secteur. Le trèfle violet fonctionne très bien associé avec d’autres trèfles ou avec de la lentille.

Quel est l’intérêt de l'association trèfles/lentille ?

Le seul point négatif du trèfle violet est qu’il est un peu long à se développer. L’idéal est de l’associer à quelque chose qui va démarrer plus vite, occuper l’espace avant lui, avant qu’il ne prenne le relais. On a trouvé un mélange de trèfle violet et de lentille vendu par Caussade qui fonctionne bien. Il est utilisé à la dose de 15 kg/ha, en conservant une densité normale pour le colza. La lentille démarre très vite et occupe vite l’espace. En revanche, on ne la retrouve quasiment pas à la sortie car elle ne supporte pas l’ombrage, et est peut-être plus sensible au gel que le trèfle. Le trèfle prend donc le relais derrière. On peut aussi faire des mélanges de plusieurs trèfles, avec du trèfle violet, du trèfle blanc, du trèfle souterrain, ou pourquoi pas du trèfle d’Alexandrie, même si ce dernier a un peu tendance à monter. Cette utilisation en mélange se traduit par une plus grande dynamique au début. Il semble que les trèfles se développent plus vite ensemble que lorsqu’ils sont utilisés séparément.

Y a-t-il des espèces à éviter pour les plantes compagnes ?

Il y a toujours des agriculteurs qui utilisent la féverole car c’est une légumineuse, qui a aussi l’avantage de son faible coût. Le problème chez nous est que si la densité de féverole est trop élevée, cela favorise l’élongation du colza. Si l’on met de la féverole, il faut faire attention à la densité. Et nous déconseillons la vesce commune car c’est une plante grimpante. Dans notre secteur, faute de gel suffisant, on est quasiment sûr de la retrouver par-dessus le colza à la moisson, ce qui peut fortement compliquer la récolte. Ce serait différent si les températures descendaient souvent à -7 °C. Il existe une vesce érigée, qui ne grimpe pas. Elle ressemble étonnamment à la lentille, avec un peu plus de biomasse. C’est quelque chose d’intéressant concernant la couverture du sol. Nous menons actuellement des essais avec cette espèce.

Cette technique se développe-t-elle dans votre secteur ?

Cette méthode marche bien et elle se développe fortement sur notre territoire. La principale contrainte ces dernières années a été la longue période de sec au moment de l’implantation des colzas. Cela a conduit à une sole deux fois plus faible que prévu. Et forcément, si l’on n’a pas les bonnes conditions pour le colza on ne les a pas non plus pour les plantes compagnes.

L’utilisation de plantes compagnes influence-t-elle les recommandations de dates de semis ?

Ajouter des plantes compagnes ne va pas changer la date habituelle d’implantation du colza. Aujourd’hui, avec les problèmes de sec que l’on connaît, on incite les agriculteurs à semer le plus tôt possible, autour du 15 août pour les plus précoces, et jusqu’au 10 septembre pour les plus tardifs, dans le sud du Gers. Mais ce n’est pas lié aux plantes compagnes. Dans certains secteurs en France le colza se sème au semoir à céréales. Dans ce cas on peut mélanger les plantes compagnes et le colza dans le semoir pour tout semer en même temps. Chez nous le colza est implanté au monograine. Pour les plantes compagnes on est donc obligé de faire un passage avant pour les semer avec un semoir à céréale, puis de repasser dans les jours qui suivent pour semer le colza.

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