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Photovoltaïque à la ferme : les clés pour optimiser la rentabilité

Plusieurs solutions existent pour améliorer la rentabilité des projets photovoltaïques en agriculture. Tour d’horizon des possibilités concernant le dimensionnement, l’entretien et la mise en place collective.

Les coûts de construction et d'entretien peuvent être diminués en se regroupant en groupements ou en SAS. © J.-C. Gutner/Archives
Les coûts de construction et d'entretien peuvent être diminués en se regroupant en groupements ou en SAS.
© J.-C. Gutner/Archives

Le rythme des réalisations de projets photovoltaïques agricoles, qu’il s’agisse de la construction de hangars neufs ou de la réfection de toitures, ne faiblit pas. Il offre une nouvelle source de revenus pour des agriculteurs qui ont besoin de bâtiments. Mais les tarifs de rachat ne cessent de baisser et certains coûts augmentent. Avec des bâtiments métalliques, les porteurs de projets subissent l’impact de la hausse brutale des cours des métaux. Dans ce contexte, comment optimiser la rentabilité de ces projets ?

1. OPTIMISER LA PUISSANCE DE L’INSTALLATION

Dans le cas de vente totale de l’électricité produite, le premier conseil est de dimensionner le projet en veillant à rester au plus haut de l’une des quatre tranches qui définissent le prix selon la puissance installée. À même condition d’ensoleillement, plus le projet sera puissant, plus sa rentabilité sera renforcée. « Pour que l’investissement soit rentable, le projet doit se situer au plus haut de la tranche », rappelle Sylvain Deseaux, conseiller agroéquipements à la chambre d’agriculture du Loiret. Cela permet d’amortir plus facilement les coûts fixes comme les frais et les taxes de raccordement. « Il vaut mieux faire un projet de 36 kWc à 0,11 euro qu’un 40 kWc à 0,09 euro », illustre Sylvain Deseaux.

Autre astuce : la possibilité d’augmenter dans une certaine limite la puissance initialement déclarée au bout de dix-huit mois. C’est intéressant principalement pour les installations de 100 kWc, pour lesquelles l’optimisation peut se monter à 17 kWc. On peut ainsi installer des panneaux dimensionnés pour 117 kWc en ne déclarant que 100 kWc, et une partie des panneaux ne sera pas mise en service immédiatement. Dix-huit mois après la signature du contrat, une fois la demande d’optimisation acceptée, les panneaux en attente pourront être raccordés à l’onduleur, sans frais. Une optimisation qui renforce la rentabilité des projets.

Remise en cause des prix garantis

La Loi de finances pour 2021, adoptée fin 2020, comporte un amendement qui révise à la baisse les tarifs de rachat d’électricité des contrats photovoltaïques signés entre 2006 et 2010. Pour le gouvernement, ces contrats bénéficiaient « d’une rémunération manifestement excessive par rapport à l’investissement réalisé, pesant exagérément sur les comptes publics ». Le ministère de l’Écologie évoque un prix garanti de l’ordre de 600 euros/MWh et un « taux de rendement interne supérieur à 20 % ».

Si 235 000 contrats photovoltaïques ont été signés sur cette période, seuls une centaine de projets agricoles sont concernés : cet amendement vise uniquement les installations de plus de 250 kW. Le gouvernement a souligné que cette mesure rectifiait une anomalie et ne marquait « en aucune façon une volonté plus générale de revenir sur ses autres engagements relatifs aux énergies renouvelables, qui sont massifs : plus de 110 milliards d’euros d’engagements à couvrir sur les vingt ans à venir ».

Une clause d’examen au cas par cas a par ailleurs été introduite pour éviter les litiges. « L’État renie ses engagements, c’est inquiétant », a réagi la FDSEA du Maine-et-Loire dans un communiqué, indiquant que « cette décision n’est pas un bon signal pour réussir le défi immense de la transition énergétique ».

2. ENVISAGER DE PASSER À LA DIMENSION SUPÉRIEURE

Le gouvernement devrait publier prochainement de nouveaux tarifs d’achat et une nouvelle tranche tarifaire 100-500 kWc, qui va permettre d’augmenter les coûts  la dimension des projets et les simplifier. Le prix de la nouvelle tranche devrait se situer autour de 0,09 euro/kWh, dans une limite de production annuelle de 1 150 h. Jusqu’à présent, seuls les projets de moins de 100 kWc étaient soumis à un tarif réglementé, fixe et garanti. Les projets de plus de 100 kWc étaient soumis à un appel d’offres, peu adapté au domaine agricole. Les agriculteurs qui mettaient en place de gros projets réalisaient plusieurs tranches pour éviter de passer par ce système d’appel d’offres.

« Le relèvement du seuil à 500 kWc va faciliter les réalisations plus grandes en agriculture », confirme Sylvain Deseaux, qui met toutefois en garde contre tout effet d’aubaine : « il ne s’agit pas de faire un bâtiment pour le seul intérêt du photovoltaïque. Un toit photovoltaïque permet d’aider au financement d’un bâtiment qui doit correspondre à un besoin ». Le conseiller rappelle d’ailleurs que l’octroi du permis de construire est conditionné à la pertinence du projet pour l’exploitation agricole.

3. SOIGNER L’ENTRETIEN DES PANNEAUX POUR MAINTENIR LA RENTABILITÉ

Pour maintenir la rentabilité des projets et une production optimale, l’entretien ne doit pas être négligé, en particulier pour les installations antérieures à 2013. Des entreprises spécialisées proposent de vérifier le rendement et la conformité des installations. La société Ener-Pacte réalise à ses frais la mise en conformité des installations et des améliorations techniques.  Le prestataire se rémunère sur les revenus additionnels engendrés par son intervention.

Dans ce même souci, des agriculteurs s’organisent eux-mêmes. Dans la Marne, le club photovoltaïque de la FDSEA de la Marne a lancé un appel d’offres pour permettre à ses adhérents de sous-traiter le nettoyage de leurs panneaux photovoltaïques. « À la longue, les panneaux peuvent s’encrasser et ça correspondait à un vrai besoin », rappelle Ludovic Barthelet, animateur à la FDSEA de la Marne. « Nous avons organisé une démonstration avec un robot de nettoyage et 25 agriculteurs se sont inscrits. » En mai 2019, un robot de nettoyage est passé de ferme en ferme pour un tarif entre 1,45 et 1,22 euro/m2. Le rendement des panneaux a augmenté mais la luminosité exceptionnelle des étés suivants rend difficile une comparaison. Les gains de productivité avoisineraient toutefois les 3 %.

4. S’APPUYER SUR LE COLLECTIF POUR MUTUALISER LES COÛTS

D’autres agriculteurs décident même de produire leur électricité ensemble. Des SAS — sociétés par actions simplifiées — ont vu le jour à cet effet dans une vingtaine de départements, souvent avec le soutien de la FDSEA ou de la chambre d’agriculture.

Président de la SAS Indre Agri SolElec, Laurent Chateignier, est l’un des pionniers de ce schéma en région Centre-Val de Loire. La structure créée en 2014 regroupe 60 agriculteurs, emploie une chef de projet et entame sa troisième série de projets photovoltaïques, sur bâtiments neufs et toitures existantes. Pour l’agriculteur, ce schéma n’a que des avantages : « chacun apporte son expérience à l’édifice. Ensemble nous pouvons négocier de bons prix auprès des constructeurs. C’est la force du groupe. Sur le plan financier, la SAS porte 90 % du coût du projet et cela limite les encours de chacun. Des jeunes agriculteurs ont ainsi pu avoir leur bâtiment alors que seuls, ils n’auraient pas pu investir ». Autre atout : la sécurité financière. Si une panne survient sur un onduleur, la baisse de production n’a pas d’incidence sur la production totale de la SAS.

Les SAS assurent généralement les installations pendant la phase de chantier. C’est le cas dans le Maine-et-Loire, où 350 installations ont été montées par un groupement d’agriculteurs depuis 2009, aujourd’hui structuré en SAS. Son président, François Girard, vante une formule « qui permet de dissocier la vente de l’installation de la partie conseil ».

Le recours aux mêmes entreprises locales depuis 2009 permet là aussi de sécuriser les projets. « Les premiers bâtiments ont 12 ans et commencent à vieillir. S’il y a un souci, les compétences sont sur place et interviennent rapidement. »

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