Moisson 2026 : des orges d’hiver de qualité mais des rendements décevants
La moisson des orges d’hiver 2026 se distingue par une précocité exceptionnelle, avec des récoltes commencées dès la fin mai. Si la qualité est au rendez-vous, les rendements sont faibles dans les zones intermédiaires et souvent inférieurs aux attentes dans la moitié nord.
La moisson des orges d’hiver 2026 se distingue par une précocité exceptionnelle, avec des récoltes commencées dès la fin mai. Si la qualité est au rendez-vous, les rendements sont faibles dans les zones intermédiaires et souvent inférieurs aux attentes dans la moitié nord.
Son énorme précocité ! C’est la première caractéristique de cette moisson 2026 en orge que relate François Pignolet, directeur de la collecte chez Soufflet Agriculture, négoce présent sur une grande moitié nord de la France. « C’est un record. Les premières bennes sont rentrées le 29 mai et la récolte est quasiment terminée au 1er juillet pour les orges d’hiver et les orges de printemps semées à l’automne. »
Les récoltes d’orges ont débuté très précocement sous l’effet de la vague de chaleur du mois de mai qui a accéléré le développement des cultures. Elles arrivent à maturité très sèches. Chez Noriap qui collecte de la Normandie au Nord-Pas-de-Calais, Matthieu Beyaert indique au 6 juillet que « 80 % des orges d’hiver sont récoltées », tandis que Flora Rousselle du service commerce des grains de Vivescia (Grand-Est) parlait le 2 juillet de récoltes terminées, et Axéréal communiquait au 26 juin sur des moissons d’orges d’hiver « quasiment achevées » pour le Centre-Val de Loire et départements limitrophes.
Des rendements de 5 à 15 % en dessous des moyennes
Agreste avait annoncé à la mi-juin une production nationale d’orge d’hiver à 9 millions de tonnes, soit une augmentation de 8 % sur un an. Cette hausse est essentiellement le fait de celle des surfaces (+ 13 %), car le rendement estimé par le ministère est en recul, à 67,2 q/ha contre 70 q/ha en 2025. Comme redouté, le coup de chaud a eu un impact sur le remplissage des grains dans beaucoup de régions.
Dans le Nord-Est, Flora Rousselle parle de rendements « très hétérogènes entre 55 et 90 q/ha, en deçà des attendus », en retrait d’environ 5 % aux moyennes olympiques régionales. Dans le détail, Vivescia annonce des rendements entre 70 et 75 q/ha dans les Ardennes et en Seine-et-Marne, entre 80 et 85 q/ha dans la Marne et l’Aube, mais entre 60 et 65 q/ha dans les terres plus légères de ces régions. La Coopérative Bourgogne du Sud communique, elle, sur des rendements « plutôt décevants », en deçà de la moyenne 5 ans de 4 à 5 q/ha. Côté Nord-Ouest, Matthieu Beyaert (Noriap), fait état de résultats inférieurs d’environ 5 % à la moyenne quinquennale pour les orges essentiellement fourragères sur la coopérative.
Si chez Soufflet Agriculture, les rendements sont finalement « moins décevants au global que ne le laissait craindre la vague de chaleur », François Pignolet évoque des rendements « presque catastrophiques » dans ses zones de collecte de Vendée et Charente, mais aussi du Cher et du Berry, des secteurs très impactés par la sécheresse. Ce constat est localement partagé par la chambre d’agriculture de la Charente qui fait état de rendements autour de 50 à 55 q/ha et 65 q/ha sur les bonnes terres. Plusieurs collecteurs du Poitou-Charentes annoncent des baisses de rendement de 10 à 15 % comparé aux moyennes, et Lill Meter, responsable de la partie exploitation chez Néolis (Deux-Sèvres), indique des rendements qui ne sont pas au rendez-vous.
Dans la région Centre-Val de Loire (et départements limitrophes), le groupe Axéréal, rapporte une très forte hétérogénéité sur sa zone de collecte, dans une fourchette de 50 à 80 q/ha, et des rendements « légèrement inférieurs à la moyenne. » En descendant vers le Sud-Est, dans la Drôme, « le rendement est de 5 à 10 % en dessous de l’objectif fixé à la moyenne », indique Martial Guerre, responsable commercialisation à la Coopérative drômoise de céréales (CDC).
De bons PS et calibres, des taux de protéines élevés
Côté qualité, les résultats sont plus conformes aux attentes des organismes stockeurs. Les calibrages en brasserie tournent autour de 85 % chez Soufflet Agriculture, « ce qui est relativement satisfaisant », et les taux de protéines sont à 10,8 % de moyenne sur l’ensemble de la récolte des orges du groupe. « Nous sommes globalement satisfaits au niveau des orges de brasserie », se réjouit François Pignolet. Chez Noriap, les poids spécifiques (PS) sont dans les normes tout comme l’humidité, pour les orges fourragères.
Les qualités sont également satisfaisantes dans le Centre chez Axéréal, « conformes aux attendues », avec de bons PS, autour de 67 à 68 kg/hl et des protéines élevées. Même constat chez Néolis (Deux-Sèvres), où Lill Meter indique que les orges sont rentrées « avec de bonnes teneurs en protéines et d’assez bons PS. » Dans le Sud-Ouest, la coopérative Auraïa parle de conditions de récolte favorisant « une bonne qualité. »
À l’Est, chez Vivescia, Flora Rousselle indique que « les PS sont bons, autour de 66, et le calibrage dans la moyenne des dernières années à 86 % », mais la variabilité est forte, de 46 % à 95 % selon les parcelles. Les teneurs en protéines sont élevées, avec une moyenne de 11,3 %, mais un peu plus d’un tiers des volumes arrivent au-delà des normes du marché brassicole. La coopérative Bourgogne du Sud indique que la qualité « répond parfaitement à la demande des clients malteurs », et dans la Drôme, Martial Guerre parle lui aussi « d’une année qualitative avec de très bons PS ».
Bons résultats pour les orges de printemps semées à l’automne
Les rendements sont « globalement satisfaisants » pour les orges de printemps semées à l’automne (OPSA) chez Vivescia, entre 70 et 100 q/ha avec une moyenne estimée à 85 q/ha, précise Flora Rousselle. Le taux de calibrage est élevé autour de 95 % et les protéines à 10 % dans les normes du marché.
Chez Soufflet Agriculture, le calibrage est à 90 %, « ce qui est très bon », pour François Pignolet, tandis que le communiqué du groupe Axéréal précise que « les orges de printemps semées en automne semblent correctes, avec là aussi une qualité au rendez-vous. »