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Gel : betteraves, céréales, colzas... quelles conséquences pour les cultures ?

Outre des dégâts spectaculaires en vigne et en arboriculture, le gel a aussi été destructeur pour les grandes cultures, à commencer par les betteraves et le lin de printemps. Il faudra encore plusieurs jours pour mieux évaluer les impacts de cette chute brutale des températures.

Au stade cotylédon, le gel se traduit par un noircissement qui se généralise et détruit le pied de betterave. © F. Franzetti
Au stade cotylédon, le gel se traduit par un noircissement qui se généralise et détruit le pied de betterave.
© F. Franzetti

Les nuits du 6 au 8 avril, les températures ont chuté par endroit à -6°C ou -7°C, occasionnant de gros dégâts sur certaines cultures. Si la vigne et l'arboriculture fruitière ont été très touchées, certaines grandes cultures n'ont pas été épargnées. La betterave sucrière va payer un tribut particulièrement lourd.. Le gel est survenu au pire moment, lorsque les betteraves commençaient à lever. Le stade cotylédons est particulièrement vulnérable. Selon les sources (ITB, FNSEA, coopératives), l'ampleur des surfaces détruites est évaluée entre 30 000 et 40 000 hectares, sur une surface emblavée de 400 000 hectares.

Avec des semis précoces, la région Centre Val-de-Loire a subi des dommages importants « avec des pertes de populations dépassant fréquemment les 80 % pour des semis effectués entre le 5 et le 15 mars. Pour les semis du 22 au 25 mars, ces pertes atteignent 30 à 50 % », selon l’ITB Centre Val-de-Loire. Des betteraves ont également gelé en Ile-de-France, avec des températures descendant jusqu’à -7°C dans la nuit du 6 au 7 avril, alors que la betterave peut supporter jusqu’à -5°C théoriquement.

Globalement dans le bassin de production au sud de Paris, les destructions atteindraient 50 % des parcelles. Certains producteurs ont vu la totalité de leur sole de betterave anéantie. Les dégâts sont plus localisés dans les autres régions. On constate notamment des destructions localement au nord de Paris, et la situation en Champagne est sous surveillance.

Ressemer ses betteraves s’il reste moins de 40 000 pieds à l’hectare, selon l’ITB

Même lorsque les cotylédons sont touchés (noircissement), l’apex (cœur de la betterave) peut rester indemne. Dans ce cas, la betterave reprend sa croissance. Selon l’ITB, « la population minimale acceptable avant de décider d’un ressemis est de 40 000 plantes à l’hectare, soit 18 pieds pour 10 mètres linéaires à 45 cm d’écartement, ou 20 betteraves pour 10 mètres à 50 cm d’écartement. La mesure doit s’effectuer sur plusieurs zones. » En cas de ressemis, si la betterave était traitée aux néonicotinoïdes, il ne sera possible d’utiliser que des semences sans cet insecticide. « La dérogation actuelle sur la protection des semences ne prévoit pas la possibilité d’un ressemis avec des néonicotinoïdes », précise l’ITB.

D’autre part, il faudra trouver des semences de betteraves. Le groupe sucrier Cristal Union a annoncé qu’il fournirait gratuitement les semences pour les ressemis de betteraves détruites par le gel. Selon le groupe coopératif, plus de 20 000 hectares ont été détruits chez ses adhérents, en grande partie au sud de Paris. Olivier de Bohan, président de la coopérative, se dit confiant sur les volumes disponibles en semences, avec des chantiers de ressemis qui devraient s'étaler sur la semaine prochaine. Certains observateurs sur le terrain s'inquiètent toutefois de l'accès aux semences. Les solutions alternatives sont de toute façon réduites : le semis d’autres espèces végétales courant avril après des betteraves traitées aux néonicotinoïdes n’est guère possible. Tournesol et maïs sont notamment interdits, d'après la réglementation encadrant l'usage dérogatoire de ces insecticides.

Situations contrastées pour le colza et les céréales

Et en ce qui concerne les effets du gel sur les autres cultures ? Le lin à fibre, culture de printemps sensible au gel, présente sur 5000 exploitations dans treize départements, a subi des destructions. Les colzas, qui étaient en début ou en pleine floraison selon les secteurs, ont eux aussi souffert. « Les impacts sur le colza en pleine floraison sont dramatiques, comme sur les semis de betteraves », affirme la FNSEA dans un communiqué du 8 avril.  

Dans l’Est, Terres Inovia relativise l’impact du froid sur la crucifère. « Les premières observations réalisées les 7 et 8 avril nous rassurent quant à l’intensité des dégâts de gel, même s’il faudra suivre l’évolution des cultures dans les prochaines semaines, précisait le 8 avril Aurore Baillet, ingénieur de développement Terres Inovia dans le Grand Est. Le scénario a été proche de l’épisode de fin mars 2020 mais avec le vent en moins. Les colzas atteints ont la tête penchée sans pour autant afficher des cols de cygne comme en 2020. Le gel peut causer des blessures sur les plantes mais l’évènement climatique est un stress supplémentaire pour des cultures dont certaines sont déjà fortement impactées par les dégâts de ravageurs. » Il faudra attendre quelques jours pour évaluer plus précisément l'impact sur les colzas dans les différentes zones de production.

Concernant les céréales, Arvalis a envoyé une note le 8 avril appelant à la surveillance des céréales à paille. « Les situations vont être contrastées, en fonction de l’espèce, du stade et de l’exposition. Les cultures les plus avancées (entre 2 nœuds et dernière feuille pointante) sont plus fragiles que celles qui entament juste leur montaison (épi 1 cm) », note Jean-Charles Deswarte, Arvalis. C’est ce qui inquiétait justement Alain Tournier, de la chambre d’agriculture de l’Aisne, pour les escourgeons, en raison de leur stade plus avancé que les blés. « Les blés durs et les orges d’hiver sont plus sensibles que le blé tendre. Les orges de printemps semées en automne dans les secteurs du Centre-Est sont sans aucun doute les situations les plus à risque », ajoute Jean-Charles Deswarte.

Après cet épisode climatique, Julien Denormandie, ministre de l’agriculture, a annoncé le 8 avril au soir que le régime de calamité agricole serait activé par le gouvernement. Une note d’optimisme : des pluies assez abondantes sont annoncées pour ce week-end. Elles permettront d’arroser des régions où le manque d’eau commence à se faire sentir. L’eau arrive à point nommé pour redonner un coup de boost aux cultures, avec cependant des températures encore basses pour le début de semaine prochaine.

Des records de froid battus un peu partout

Dans diverses villes, les températures sont descendues en deçà des records établis parfois il y a plusieurs dizaines d’années. Ainsi à Orléans, on a atteint - 5,4°C dans la nuit du 5 au 6 avril. Le précédent record (- 4,5°C) datait de 1938, selon les données communiquées par MétéoFrance. Autres records battus localement : à Châteaudun (Eure-et-Loir), on est descendu à – 6,2 °C, à Beauvais à – 6,9°C, à Evreux à -4,1°C, à Chalon-sur-Saône à -5,4°C Même le Sud n’a pas été épargné. Les gelées ont progressé vers le Sud-Ouest dans la nuit du 6 au 7 avril : -5,6°C enregistré à Begaar dans les Landes, -4,8°C à Gourdon dans le Lot…

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