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Maladies fongiques : un nouveau service vend un champ sain plutôt que des produits

Depuis quelques années, de nouveaux services se développent autour de la protection des céréales contre les maladies. Les distributeurs, grâce à des outils numériques développés par BASF et Bayer, proposent de vendre un champ sain plutôt que des litres de produits.

<em class="placeholder">Pulvérisateur qui intervient sur blé au printemps</em>
Avec le nouveau service proposé par certains distributeurs, l’agriculteur paye un forfait fixe indépendamment du nombre de traitements fongicides qui sera réalisé.
© Amazone

Obtenir un champ sain, c’est l’objectif de tout agriculteur lorsqu’il intervient avec des produits phytosanitaires dans son champ pour lutter contre les maladies fongiques des céréales. Depuis quelques années, plusieurs coopératives et négoces développent un nouveau service pour les agriculteurs, qui consiste non plus à vendre des litres de produits, mais un champ exempt de maladies avec une indemnisation de l’agriculteur à la clé si le contrat n’est pas rempli.

Cette logique s’inscrit dans l’économie de la fonctionnalité et de la coopération déjà développée dans d’autres secteurs industriels. ​« Nous vendons un résultat et non plus le produit qui permet d’y parvenir », avance Yohann Béréziat, coordinateur national du programme Xarvio Healthy Fields, porté par BASF. L’entreprise Bayer propose le dispositif Prediview qui répond à la même logique. Certains distributeurs font le choix d’adapter les outils des firmes phyto à leurs propres besoins. C’est le cas de Soufflet avec l’offre Greenleaf. Dans tous les cas, le modèle de prévision sur les maladies fongiques d’Arvalis (Prévi-lis) est intégré à ces outils.

Ils fonctionnent sur la base d’algorithmes nourris par des données d’entrée telles que la variété, la date de semis, la pluviométrie (stations météo)… qui permettent de prédire l’arrivée des maladies. En complément, « des tours de plaine restent indispensables, notamment pour vérifier que le stade de développement de la plante estimé par l’outil correspond bien à la réalité du terrain », précise Yohann Béréziat.

Une indemnisation en cas d’échec de la protection fongicide

Pour avoir accès à ce service, l’agriculteur souscrit un contrat basé sur un forfait par hectare. Tout au long de la campagne, il reçoit des bulletins de situations et des notifications pour déclencher ou non les traitements. Il touche une indemnisation si l’objectif de 80 % de feuilles saines n’est pas atteint. « Le système de forfait permet d’avoir une visibilité sur le coût du poste fongicides dès le début de la campagne », note Kévin Larrue, directeur stratégie, innovation et marketing d’Océalia. 

Le prix des forfaits varie selon le type d’offres et le niveau de garanties. Ils se situent entre 70 et 120 euros pour l’offre de Xarvio qui va assez loin dans les paramètres pris en compte pour évaluer le risque (prise en compte de la sensibilité variétale aux maladies). Du côté de Predeview de Bayer, les tarifs sont de l’ordre de 45 à 75 euros par hectare avec une promesse « de simplicité du logiciel et de souplesse dans l’offre », assure Jérôme Métivier, chef marché fongicides chez Bayer. Si avec Xarvio les programmes de traitements sont basés sur les produits BASF, Prediview offre plus de flexibilité en laissant une certaine liberté aux distributeurs dans le choix des programmes. Pour 2026, Soufflet va aussi proposer plusieurs tarifs en jouant sur les niveaux de garanties (jusqu’à un objectif de 90 % de feuilles saines).

Les indemnisations peuvent, elles, aller de 150 à 300 euros par hectare en fonction du préjudice. Les différents prestataires assurent que les indemnisations restent minimes, preuve de l’efficacité du système selon eux.

Déléguer la décision pour gagner du temps

Limite du système avancé par certains agriculteurs : les années sèches, où la pression maladie est limitée, la rentabilité du service sera moindre qu’une année humide, comme 2024 où la septoriose a été très présente. « Mais le dispositif se raisonne en pluriannuel », argumente Jérôme Métivier, qui estime que le coût s’équilibre sur cinq ans. Reste que cette nouvelle approche, qui consiste à « déléguer » les décisions concernant les interventions fongicides à un outil numérique, n’est pas adaptée à tous les profils d’agriculteurs. Elle peut intéresser des exploitants doubles actifs ou ceux qui ont de très grandes surfaces. Elle est aussi adaptée à ceux qui ont un autre atelier à plus forte valeur ajoutée, avec une charge de travail importante (élevage, transformation), qui souhaitent atteindre l’optimum technico-économique sur les cultures.

C’est surtout dans le cas du non-traitement que le dispositif montre son intérêt. « Par rapport à la pratique standard, le système d’indemnisation permet un meilleur partage de la responsabilité et du préjudice entre l’agriculteur, le distributeur et le fournisseur de produits », considère Kévin Larrue.

La réduction des phytos n’est pas l’objectif numéro un de ces services, mais la rentabilité du modèle économique repose sur l’optimisation des traitements en fonction des conditions de l’année. « L’agriculteur paye un forfait fixe indépendamment du nombre de traitements qui sera réalisé. Notre enjeu, en tant que fournisseur de service, est d’atteindre le résultat promis à l’agriculteur tout en optimisant l’utilisation des fongicides. Si un traitement n’est pas nécessaire, nous avons un intérêt économique à ne pas le faire appliquer », assure Yohann Béréziat.

Les chiffres

En 2025, Prediview de Bayer a été lancé par 12 distributeurs auprès de 280 agriculteurs, soit 10 000 ha. L’ambition est d’atteindre plus de 20 000 ha en 2026. Xarvio Healthy Fields de BASF a couvert 30 000 ha et ambitionne un doublement pour 2026 avec 14 structures partenaires qui « coproduisent le service ». Soufflet, pour sa part, compte atteindre 20 000 ha l’an prochain (3 000 en 2025).

L’exemple de Michelin

Le fabricant français de pneumatiques Michelin est un cas d’école de l’économie de la fonctionnalité. Depuis plusieurs années, il a bouleversé sa proposition de valeur en ne vendant plus de simples pneus à ses clients du transport, mais des kilomètres parcourus durant lesquels les pneus sont mis à disposition, assortis de l’entretien nécessaire pour les faire durer. Ce nouveau modèle économique a permis à l’entreprise de réaliser des économies de matières premières et d’énergie.

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