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Sommet mondial de l´alimentation
Lutter contre la faim pour réduire la pauvreté

Cinq ans après le « Sommet mondial de l´alimentation » de 1996, la FAO a décidé de faire le point et de rappeler aux gouvernements les engagements pris alors pour lutter contre la faim.


En novembre 1996, à Rome, les chefs de gouvernements de 185 pays et de la Communauté européenne réunis à l´initiative de l´Organisation des Nations Unies pour l´Alimentation et l´Agriculture (Food and Agricultural Organisation, FAO) ont réaffirmé : « le droit pour tout être humain à avoir accès à tout moment à une nourriture suffisante, saine et nutritive pour mener une vie saine et active ». Ils avaient en outre proclamé leur volonté de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d´ici 2015.
Aujourd´hui la réduction de la faim dans le monde marque le pas. Le nombre de personnes sous-alimentées est encore de 815 millions selon la FAO.
Leur nombre diminue d´environ 8 millions par an depuis le début des années 90. « A ce rythme, il faudrait plus de 60 ans pour atteindre l´objectif fixé en 1996 » a récemment déploré Jacques Diouf, directeur général de la FAO. Il ne faut pas oublier aussi les deux milliards de « mal-nourris » qui souffrent de carences alimentaires en fer, iode, vitamines...
90 % des sous-alimentés dans le monde sont des ruraux dont la grande majorité (75 %) sont des agriculteurs. Les 30 millions de mal-nourris des pays développés sont essentiellement des réfugiés ou des personnes vivant dans des zones de conflits comme actuellement par exemple une partie des Balkans.
Prix des céréales

En 30 ans, les prix des céréales ont été divisés par deux
Évolution des prix mondiaux (en dollars constants de 1990)
Source : Banque mondiale, Global commodity markets, avril 2000
Les bas prix agricoles responsables
Comment est-il possible que ce soit les paysans producteurs de nourriture qui souffrent le plus de la faim et de la pauvreté ? Les exploitations « modernes », mécanisées, ne sont finalement qu´un petit nombre dans le monde. Ainsi il y a 28 millions de tracteurs pour 1,3 milliard d´actifs agricoles. La plupart n´ont même pas accès à la traction animale.
Avec un houe, un paysan africain peut travailler un hectare et produire une dizaine de quintaux de céréales.
Quand il a prélevé les 8 quintaux nécessaires pour nourrir sa famille, il lui reste deux quintaux à vendre. Or le prix de ceux-ci sur le marché a été divisé par 2 au cours des 30 dernières années. Son revenu monétaire est donc si faible qu´il ne peut acheter ni semences, ni outils, ni engrais, ni même ce qui est indispensable à sa famille hors la nourriture ou alors il ne lui reste plus de quoi nourrir sa famille.
Un marché international de surplus
De plus les paysans des pays les moins avancés doivent faire face à la concurrence de produits agricoles, notamment de céréales en provenance de pays développés où la productivité par personne et par hectare est bien plus importante.
Ainsi un agriculteur français qui cultive une centaine d´hectares de céréales avec un rendement de 80 à 100 quintaux produit 10 000 quintaux par an. La différence de productivité par personne est de 1 à 1000. L´Australie et surtout certains pays d´Amérique du Sud où la main d´oeuvre est sous-payée font encore mieux.
Et le prix des céréales sur le marché mondial est très bas car c´est un marché de surplus, d´excédents, que ces exportations sont aidées et que certains en font une « arme alimentaire ». L´arrivée à bas prix désorganise les marchés intérieurs et contraint les producteurs locaux à s´aligner sur ces prix s´ils veulent vendre leurs productions. Et c´est pour eux un appauvrissement.
Ce phénomène est général. C´est aussi ce qui se passe quand l´Union Européenne décide de supprimer une taxe à l´importation sur les céréales en provenance de certaines origines (voir page 86). Cette concurrence pour nos céréales sur nos débouchés à l´intérieur même de l´Union européenne vient s´ajouter à celle déjà exercée sur nos débouchés sur pays tiers.
Rendements en céréales

Les rendements en céréales ont peu progressé dans les pays les moins avancés
Évolution du rendement céréalier (en quintaux à l´hectare)
Source : Organisation des Nation Unies pour l´alimentation et l´agriculture (FAO).

Pour des prix rémunérateurs
De nombreux experts estiment que des prix agricoles rémunérateurs amélioreraient la situation des paysans des pays les moins avancés et globalement la situation alimentaire de ces pays. A ceci il faut ajouter une protection aux frontières comme l´Europe l´a fait à ses débuts.
Des organisations agricoles aussi demandent des prix rémunérateurs, qui couvrent au minimum les coûts de revient. Ainsi lors de leur dernier congrès les Jeunes Agriculteurs ont... D´autres s´élèvent à grands cris contre la mondialisation. Si leur analyse est bonne, les solutions qu´ils préconisent, hors des prix rémunérateurs, comme la suppression de l´Organisation Mondiale du Commerce, elles, sont erronées.
Car aucun pays aussi développé soit-il ne peut vivre sans échanges. Rappelons que l´Union européenne est le deuxième importateur mondial de produits agro-alimentaires. L´autarcie complète est impossible.
Nombre de sous-alimentés

Un effort est indispensable pour diviser par deux le nombre de sous-alimentés
Évolution du nombre de personnes sous-alimentées dans le monde
Source : FAO

Organiser les marchés
Des prix rémunérateurs, soit. Mais y aura-t-il un marché. Marcel Mazoyer, professeur d´agriculture comparée à l´Institut National Agronomique, répond :« Le revenu moyen des agriculteurs est toujours inférieur au salaire de base de l´ouvrier qualifié de la ville... ». D´ailleurs il n´y a pas si longtemps que les jeunes agriculteurs français réclamaient, à juste titre, la parité de niveau de vie avec les autres catégories sociales !
Il y a donc des acheteurs possibles mais encore faut-il qu´ils aient accès aux produits.
Pour combattre la faim, il faut :
- une offre alimentaire suffisante ;
- que cette offre soit physiquement accessible (marché local, infrastructures comme des routes) ;
- du stockage organisé pour faire face aux aléas climatiques et autres ; - une accessibilité économique.
Jacques Diouf a récemment déclaré : « La lutte contre la faim sera peut-être difficile, mais c´est une bataille à notre portée, que nous nous devons de gagner. Plusieurs pays nous ont montré qu´il était possible de remédier à la faim rapidement. Il ressort de ces réussites que la réduction de la faim peut effectivement être rapide dans un contexte de paix et de stabilité politique. »
Mise en garde
La « sécurité alimentaire » recouvre deux notions que la langue anglaise distingue bien.
La sécurité alimentaire au sens d´assurance d´avoir de la nourriture se dit « food security ».
La sécurité alimentaire au sens d´assurance d´une alimentation hygiènique, saine se dit « food safety ». Chez nous, pratiquement seul ce deuxième sens subsiste car nous vivons dans l´abondance de biens alimentaires.
DERNIERE MINUTE
Le Sommet mondial de l´alimentation prévu du 5 au 9 novembre 2001 a été reporté. Il se tiendra à Rome du 10 au 13 juin 2002.
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