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ALEXANDRE MEYBECK, CHARGÉ DE LA CERTIFICATION ENVIRONNEMENTALE AU MINISTERE DE L'AGRICULTURE
"L’intérêt de la HVE ne se limite pas à une éventuelle plus-value"

La certification environnementale n’attend plus que le passage de la loi Grenelle 2 devant le Parlement pour entrer en application. L’un des artisans du projet, Alexandre Meybeck, en dévoile les enjeux.

Qu’est-ce que la Haute valeur environnementale (HVE) ?

L’une des propositions importantes du Grenelle de l’environnement était de créer la certification environnementale des exploitations, avec un objectif de 50 % des structures engagées dans la démarche en 2012. C’est une démarche de progrès, tirée par le plus haut niveau de la certification, la HVE, mais qui s’adresse au plus grand nombre.

C’est donc l’excellence pour tous ?

Non, c’est plutôt « vers l’excellence pour tous ». Il y a un décalage croissant entre l’évolution de l’agriculture et la manière dont la société la perçoit. La certification est un moyen de montrer ces évolutions. Mais évaluer l’impact de l’agriculture sur l’environnement est beaucoup plus compliqué que dans les autres secteurs. Il fallait que l’on construise ensemble, agriculteurs, ONG, aval, une vision commune, en nous penchant sur le fonctionnement concret des exploitations. Il y avait urgence car les démarches privées foisonnent, avec le risque que ça devienne ingérable pour les exploitants et incompréhensible pour le consommateur.

Pourquoi un objectif chiffré aussi élevé ?

L’objectif chiffré fait partie intégrante du projet. Il est primordial d’atteindre rapidement une masse critique.D’abord parce que ce n’est pas avec quelques exploitations que l’on aura un impact sur l’environnement. C’est ensuite important pour la visibilité, ainsi que pour valoriser commercialement la démarche, avec des volumes de production significatifs. L’un des éléments pour y parvenir, c’est la reconnaissance des démarches existantes au sein du nouveau dispositif. Elles doivent pour cela être au moins aussi exigeantes en termes de référentiel et de processus de certification. L’Agriculture raisonnée n’a jamais décollé.

La certification environnementale peut-elle créer une dynamique ?

La partie réglementaire de l’Agriculture raisonnée a beaucoup fait dire, à tort, qu’il ne s’agissait que de respecter la réglementation, alors que la démarche était en réalité assez ambitieuse. Dans la certification environnementale, nous avons retiré tout cet aspect. D’autre part, le référentiel de l’Agriculture raisonnée comprend cent points de contrôle, et comme il n’y a qu’une seule marche, elle est trop élevée. La certification environnementale a adopté une démarche progressive et plus synthétique, pour être plus lisible. Pour éviter l’écueil qu’avait rencontré l’Agriculture raisonnée sur la communication, la loi inscrira la possibilité d’étiquetage des produits pour le niveau le plus élevé.

Que peuvent attendre les producteurs de ce nouveau système ?

L’un des enjeux majeurs sera l’appropriation du dispositif par les acteurs privés, notamment pour créer une plus-value, mais l’intérêt économique des producteurs ne se limite pas à cela.Grâce au lien entre la certification environnementale et les démarches existantes qu’elle va fédérer, le coût et la complexité des procédures de contrôle seront moindres. Et à l’heure où la préoccupation environnementale des consommateurs va croissant, avec des discours souvent culpabilisants, la certification offrira un outil de communication positive.

La dynamique peut-elle pâtir des turbulences économiques actuelles ?

Oui et non. Les agriculteurs ont montré à de nombreuses reprises leur capacité de faire face à la conjoncture tout en pensant au long terme. Et la qualité au sens large est un moyen de sécuriser des parts de marché, de contractualiser sur la durée, de se différencier… Sur le long terme, la certification environnementale est sans doute un des moyens de résister aux crises.

Propos recueillis par Gabriel Omnès

HVE, MODE D’EMPLOI

La certification environnementale, une fusée à trois étages

La certification environnementale des exploitations est bâtie sur trois niveaux.

Le niveau 1, la porte d’entrée dans la démarche, impose de respecter la conditionnalité et de faire un audit de son exploitation. Pour Alexandre Meybeck, « beaucoup d’agriculteurs se rendront comptent qu’ils ne sont pas loin du second, voire du troisième niveau ».

Le niveau 2 comporte une obligation de moyens portant sur la biodiversité et sur l’utilisation de fertilisants, de produits phytosanitaires et de l’eau d’irrigation. L’accès au niveau 2 pourra se faire au travers d’une démarche individuelle ou collective. C’est aussi à ce niveau que sera intégrée la reconnaissance de démarches existantes, validées par un comité ad hoc.

Le niveau 3, la HVE, comporte une obligation de résultats. L’exploitant pourra choisir d’être évalué sur le poids des intrants dans le chiffre d’affaires et le pourcentage de la SAU en infrastructures agro-écologiques, ou sur une batterie de quatre indicateurs composites reprenant les thèmes du niveau 2. Ces deux systèmes permettent de s’adapter aux différents modes de gestion des exploitations, mais les deux approches sanctionnent le même niveau d’excellence.

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