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Limaces : bien évaluer le risque pour les cultures

Le risque limaces dépend d’un ensemble de paramètres agronomiques, environnementaux et climatiques, qu’il convient d’évaluer grâce au suivi des populations pour juger de la pertinence de traiter ou d’adapter ses pratiques agronomiques.

Les observations du terrain et l’appétence de la culture permettent de prédire le risque limaces de la parcelle.
Les observations du terrain et l’appétence de la culture permettent de prédire le risque limaces de la parcelle.
© Terres Inovia

Historique de la parcelle et de la présence de population de limaces au champ, culture en place, environnement parcellaire et conditions climatiques : divers facteurs agissent sur le développement des limaces. Tous ces éléments sont à prendre en compte pour décider d’intervenir à bon escient. « Lorsqu’il fait sec, la limace a tendance à descendre en profondeur et à vivre au ralenti, explique Céline Robert, chargée d’études ravageurs des cultures chez Terres Inovia. Elle patiente en attendant que les conditions soient plus favorables avant de remonter à la surface. »

La pose de pièges, répartis sur la bordure et au centre de la parcelle, permet de surveiller l’activité de ces indésirables. Ce suivi est d’autant plus important que la culture en place est attractive et que le précédent cultural a été infesté. « Idéalement, les pièges sont à positionner une à trois semaines avant le semis de la culture afin d’appréhender le niveau de population et d’anticiper les problèmes, indique Juliette Maron, ingénieure au service protection intégrée des cultures chez Arvalis. Il convient de poursuivre les relevés jusqu’à ce que la plante soit capable de supporter les prélèvements foliaires, soit les stades trois feuilles pour le blé et quatre feuilles pour le colza. » L’observation et les comptages sont à effectuer en dehors des heures chaudes de la journée, lorsqu’il y a de la fraîcheur.

« Il faut être très attentif à la présence de limaces dès la levée du colza, indique Cédra Graeff, chef du marché grandes cultures chez Certis. Une fois l’axe hypocotyle sectionné, la plante meurt. » Même s’il n’existe pas de seuil de nuisibilité bien défini, la firme préconise le déclenchement d’un traitement antilimaces dans du colza dès qu’un individu est capturé par mètre carré. Une prescription approuvée par Terres Inovia. « Dès lors que des limaces sont détectées, nous conseillons un traitement préventif au moment du semis, à base de métaldéhyde ou de phosphate ferrique », précise Céline Robert.

Contrairement aux crucifères, les céréales ont une bonne capacité, grâce au tallage, à compenser des attaques de faible pression. Certis préconise d’intervenir avec un antilimaces dans un blé si le seuil de 5 à 10 limaces/m² est atteint. « Toutefois, la présence de limaces au sein de la parcelle ne suffit pas à indiquer si l’intervention est à réaliser rapidement, précise Juliette Maron. En effet, c’est l’évolution de la météo qui va conditionner l’étendue de l’attaque. »

Certaines parcelles sont plus sujettes aux attaques. C’est le cas des sols lourds ou motteux et des champs situés à proximité d’un bois ou d’une haie qui offrent des abris aux limaces. Dans ces situations, un roulage ou un travail du sol peut contribuer à réduire les populations et à limiter les risques en perturbant leur habitat et leur écosystème. En revanche, « plus la date de semis est retardée, plus les conditions deviennent favorables aux limaces et moins la culture pousse rapidement, rappelle Céline Robert. D’autre part, pour le colza, les semis tardifs augmentent le risque vis-à-vis d’autres ravageurs du colza plus difficiles à gérer. »

Pour caractériser le risque de la parcelle, l’Acta a créé des fiches "ciblage" développées par De Sangosse. Selon les paramètres renseignés, la parcelle obtient une note qui permet de définir son niveau de risque quant aux attaques de limaces. Ensuite, en fonction des relevés des pièges et de la météo, l’agriculteur sait s’il doit intervenir avec un antilimaces. « Le BSV, bulletin de santé du végétal, estime chaque semaine un risque lié aux ravageurs dont les limaces, indique Céline Robert. Ainsi, en lien avec les observations du terrain et l’appétence de la culture, il est possible de prédire le risque limaces de la parcelle. »

Un arbre de décision a également été développé par Arvalis à l’issue du projet Casdar Resolim. Il oriente l’agriculteur dans sa pratique et l’aide à raisonner sa lutte antilimaces. Enfin, Certis prépare un outil d’aide à la décision basé sur des données météo, des paramètres agronomiques et l’activité des limaces à la parcelle grâce aux relevés des pièges. Sa sortie est prévue pour 2023.

Grille de risque sur blé (Arvalis) :

© Arvalis
Quand un traitement s’avère nécessaire, seules deux substances actives sont homologuées pour lutter contre les limaces : le métaldéhyde et le phosphate ferrique. Ce dernier, produit de biocontrôle, est très efficace même si son temps de latence est plus long. « La lutte à base de métaldéhyde ou de phosphate ferrique permet de pallier le problème de limaces sur l’instant, indique Juliette Maron. Mais pour limiter les populations dans la durée, des mesures agronomiques s’imposent telles que l’allongement de la rotation, le travail du sol, la mise en place de cultures moins attractives… L’objectif consiste à rompre le cycle de développement du ravageur et à détruire son habitat pour, à terme, réduire le risque pour la parcelle. »

 

Pour la parcelle où la pression est élevée, il est conseillé de mettre en place des mesures agronomiques par un travail du sol et d’appliquer un antilimaces avant l’installation de la culture. Si besoin, un deuxième passage en plein au moment du semis ou en cours de levée est possible.

Deux antilimaces qui agissent différemment

 

 
Après traitement au phosphate ferrique, les cadavres de limace sont peu visibles, contrairement à une application au métaldéhyde. © Certis
Aujourd’hui, seuls le métaldéhyde et le phosphate ferrique sont homologués pour lutter préventivement contre les limaces. Le phosphate ferrique, produit de biocontrôle, agit par intoxication. Une fois digéré, le fer accumulé dans la glande digestive provoque l’arrêt de l’alimentation de la limace. Il passe ensuite dans l’hémolymphe provoquant des stress oxydatifs dans les cellules cibles. Malade, la limace va alors s’enfouir dans la terre et mourir. Les cadavres sont donc moins visibles sur le sol qu’une intervention à base de métaldéhyde. « C’est en constatant un arrêt des dégâts, une meilleure santé de la culture et la disparition par prédation des granulés au sol qu’il est possible de juger de l’efficacité du produit », indique Cédra Graeff, chez Certis.

 

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