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Agriculteurs en zone périurbaine
L´Ile-de-France au chevet de son agriculture

En Ile-de-France, la subsistance de l´agriculture dans le maillage périurbain préoccupe agriculteurs, collectivités territoriales et associations. La concertation ville-campagne s´amplifie autour d´une meilleure gestion des territoires.


L´agriculture a-t-elle encore une place dans l´espace périurbain ? Difficile de répondre par l´affirmative quand on constate l´instabilité foncière de la région Ile-de-France. On y comptait fin 2000 un plan d´occupation des sols sur deux en révision. Corollaire logique, la chute du nombre d´installations y est plus rapide qu´ailleurs : 159 en 1990, 64 en 1998, 54 en 2000.
Et pourtant... Cruciale, dans ces secteurs où l´on s´inquiète de la voir disparaître complètement, « la question agricole devient une politique de la ville », fait remarquer Armand Thomas de la Safer(1) d´Ile de France. Le Conseil Régional a inscrit comme prioritaire la préservation de l´agriculture périurbaine dans le volet agricole du dernier contrat de plan Etat-Région et en a doublé l´enveloppe (220 MF). A l´échelon local, la mobilisation des collectivités et associations ville-campagne, telles « Les Champs de la Ville » à Lieusaint (Seine-et-Marne) ou « Terre et Cité » sur le plateau de Saclay (Essonne), accroît son ampleur. Elle montre la préoccupation croissante des habitants pour que des champs continuent à figurer dans leur cadre de vie.
Parcelles en Yvelines ©EB

Parcelles sur le territoire de Plaisir (Yvelines).
La question agricole devient une politique de la ville.
« La forte pression urbaine (...) hypothèque le devenir des espaces agricoles situés en zone périurbaine. Pourtant de la préservation de ces espaces dépendent non seulement le maintien de l´activité économique agricole mais aussi, l´aménagement équilibré et le développement du territoire régional ». Ce constat, souligné fin 1999 par un avis du Conseil Économique et Social d´Ile-de-France, par la voix d´un de ses membres agriculteur en Seine-et-Marne, Daniel Deswarte, avait tiré la sonnette d´alarme.
Les obstacles dans les zones périurbaines sont nombreux. Coût et précarité du foncier, conflits d´usage à propos de l´eau, des voiries, de la sécurité, en constituent un rapide résumé. L´insécurité foncière pèse sur le dynamisme des agriculteurs et leur capacité à investir. Souvent mal pris en compte dans les documents d´urbanisme, l´espace agricole s´avère finalement moins protégé que les espaces naturels comme les forêts.
Peser sur le prix du foncier
« Pour remplir ses différentes missions parmi lesquelles celle de la gestion de l´espace, l´agriculture a besoin de la durée. Elle doit s´exercer sur des zones aménagées à son intention », suggérait le rapport Deswarte ; poussant la comparaison avec les zones artisanales qu´on aménage de sorte qu´elles soient attractives. C´est devenu un axe de la politique conduite en Ile-de-France pour mener une veille foncière sur les zones les plus exposées au front urbain. L´agence des espaces verts (AEV), financée en partie par le Conseil Régional et créée à l´origine pour acquérir des espaces naturels sensibles, commence à prendre en compte les espaces agricoles. « Courant 2001, l´AEV a passé une convention avec la Safer », explique Magali Vergnet, conseillère technique chargée de l´agriculture auprès du cabinet de Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional d´Ile-de-France. « Le but, à terme, est de peser sur les prix dans certaines zones où ils atteignent des niveaux prohibitifs pour l´exercice de l´activité agricole ».
Soutenir des projets de territoire
Dans la pratique, le dispositif prévoit que la Safer rétrocède à l´AEV des terres qu´elle a préemptées ou achetées à l´amiable quand elle ne trouve pas d´agriculteur ayant les moyens de les acquérir. « Les Safer n´ont pas vocation à conserver durablement des biens, explique Armand Thomas de la Safer d´Ile-de-France, l´AEV assure donc le portage foncier dans un double intérêt. Elle peut proposer aux agriculteurs de véritables baux au lieu de conventions précaires. Et, elle joue un rôle conservatoire d´espaces agricoles dans des zones où la pression urbaine est trop forte ». Une récente opération a eu lieu, par exemple, sur le plateau de Saclay à une vingtaine de kilomètres de Paris.
Réseau de fermes de référence
Ce fut également le cas à Vernouillet dans les Yvelines où, dans le cadre de la signature d´une charte de développement agricole, le Conseil Régional est intervenu sur les problèmes de foncier par l´intermédiaire de l´AEV. La charte concerne 252 hectares de terres agricoles et 82 hectares d´espaces boisés. Sa mise en oeuvre est confiée à l´association pour le développement de l´agriculture périurbaine à Vernouillet et ses environs (ADAPAVE). « La Région veut être pragmatique, indique Magali Vergnet. Notre action est territorialisée et contractuelle. L´essentiel consiste à soutenir les initiatives qui émanent de concertations engagées localement entre les acteurs des territoires périurbains ». Quatre autres associations ont reçu des crédits pour élaborer puis réaliser des projets de territoires. « Les Champs de la ville » à Lieusaint, « Agriculteurs et citadins de la plaine de Versailles » (Yvelines), « Terre et Cité » sur le plateau de Saclay et « Agriculteurs et citadins de la plaine de Cergy » (Val-d´Oise).
Parallèlement à son soutien à l´installation, la Région a également lancé des partenariats plus larges avec la profession agricole, axés sur la qualité et l´environnement. Citons parmi les plus marquants un programme d´aide à l´insertion des silos dans le paysage en direction des coopératives, et le programme Cristal mené par la Chambre d´agriculture de Seine-et-Marne. Ce dernier prévoit la constitution d´ici 2006 d´un réseau de 350 fermes de références pour « fournir des preuves sur l´impact des pratiques agricoles par bassin versant. La stratégie retenue par les agriculteurs à l´origine du programme Cristal est l´alliance locale avec les consommateurs voisins pour mieux gérer les risques environnementaux et faire reconnaître leur savoir-faire », indique la Chambre d´Agriculture.
Sans doute un bon moyen de remédier à ce défaut de concertation mentionné par Daniel Deswarte dans son rapport : « Il existe une forte interdépendance entre le monde urbain et le monde rural mais la convergence entre les deux est souvent faible ».

(1) Société d´aménagement foncier et rural
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