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Les variétés de maïs à l’heure de la modulation de densités de semis intraparcellaire

Devenue courante sur les vastes parcelles des États-Unis, la modulation de densité de semis de maïs commence à avoir ses adeptes en France. Les variétés sont évaluées en conséquence.

Même sur des parcelles de taille modeste comparées à celles outre-Atlantique, la modulation de densité de semis de maïs intraparcellaire gagne du terrain. « Nous avons enregistré 1700 hectares avec ce type de semis en 2019, contre 300 en 2018. Nous visons 2500 à 3000 hectares en 2020 », cite Baptiste Cuny, du service agronomie de Maïsadour, sur le secteur couvert par cette coopérative. Ces semis fleurissent un peu partout : dans le Sud-Ouest, en Bretagne, en Alsace…

Mais pour permettre cette modulation, il faut les équipements ad hoc et aussi une bonne connaissance des variétés de maïs. « Chaque variété a son optimum de densité de semis. Ce n’est pas nouveau mais on recommence à en parler avec le développement de l’agriculture de précision, souligne Baptiste Cuny. Il est intéressant d’avoir cette densité optimale et aussi la courbe de réponse à la densité par variété. Le jeu en vaut la chandelle. Il y a des gains substantiels à aller chercher en rendement ».

Les semenciers s’attachent à acquérir cette connaissance au travers de nombreux essais. « Nous menons 43 essais DIT (density interaction trials) sur l’Europe pour une superficie totale de 980 hectares. Sur des sols qui ont été cartographiés pour en connaître les différentes zones de potentiels, nos hybrides sont testés sur plusieurs densités », présente Thibault Rousseau, responsable marketing développement chez Dekalb. Les semenciers disposent d’informations précises sur les comportements de ses variétés en fonction des situations pédoclimatiques pour pouvoir préconiser une densité optimale de chaque hybride sur une situation type. Mais il faut tenir compte du risque agronomique (tenue de tige, sensibilité à la verse…) en augmentant la densité.

Près de 100 euros/hectare de moyenne de gain grâce à la modulation

« Chez Dekalb, nous avons deux années de recul sur des essais en grandes parcelles VSR (variable seed rate) de variétés à des doses modulées comparées à la densité classique adoptée localement par les agriculteurs. En 2018 sur 56 essais en Europe, nous avons eu 79 % de duels gagnants en faveur du semis modulé et un gain de 6,3 q/ha en rendement par rapport à des densités classiques, chiffre Thibault Rousseau. En marge brute, la modulation apporte 80 à 90 euros de l’hectare sur une moyenne à l’échelle européenne ».

Ingénieur au service technique et développement chez Dekalb, Vivien Dulau-Lastermières décline ces résultats dans le Sud-Ouest. « Sur dix lieux en 2018, nous avons enregistré 90 % de duels gagnants et + 7 q/ha de rendement avec un investissement en semences de 6000 grains/ha en plus en moyenne, ce qui équivaut à un coût de 1 q/ha. » Le gain net approche les 100 euros de l’hectare dans cette analyse.

Outre les informations sur chaque hybride maïs, la modulation de semis nécessite des équipements pour la mettre en pratique et une connaissance fine de son sol. « Les caractéristiques d’une parcelle se doivent d’être documentées avec des données géoréférencées de rendement, de cartographie du sol, de biomasse… En nous appuyant sur divers outils de caractérisation de la parcelle, nous déterminons les facteurs limitants qui influencent chaque zone de la parcelle en en évaluant le potentiel et nous élaborons une recommandation de densité de semis adaptée, explique Vivien Dulau-Lastermières. Nous utilisons des outils comme Climate Field View pour générer des scripts de prescription utilisable sur une console pour réaliser la modulation de densité de semis intraparcellaire ». Le semencier Dekalb reste dans une phase d’expérimentation sur ce sujet.

Un service clé en main de modulation à coût modique

Le groupe Limagrain va plus loin en proposant d’ores et déjà un service de modulation de densité de semis sur maïs : Agrility Density. « Nous avons conçu un outil simple à utiliser, ne requérant que très peu de données de l’agriculteur, expose Julie Simple, chef de produit agriculture numérique chez Limagrain. Il faut juste connaître l’hybride qui va être semé ainsi que la localisation et le contour de la parcelle pour la retrouver sur les images satellites. Nous bénéficions gratuitement des images spectrales de la parcelle produites par les satellites Sentinel. Elles sont traitées pour en tirer un zonage intraparcellaire sur des informations de biomasse. Il y a un lien entre biomasse et rendement. On peut ainsi établir les zones par niveau de potentiel. Pour affiner cette analyse, nous avons des données climatiques et pédologiques de la région donnée qui permettent de simuler le rendement sur les 30 dernières années. Nous avons alors une idée précise du potentiel de rendement de la parcelle sur chacune des zones délimitées. Avec cette information et la courbe de réponse à la densité de l’hybride choisi par l’agriculteur, une carte de densité de semis est définie sur les zones en fonction de leurs potentiels ».

Certainement moins précis que des analyses in situ du sol de la parcelle, le service Agrility Density présente un atout : son coût modique de 15 euros par hectare, comparé à une cartographie des sols qui peut avoisiner les 100 euros de l’hectare. « Sur 80 résultats d’essais menés depuis trois ans avec 80 résultats, nous avons noté un gain de 3 % de rendement en moyenne sans augmenter la quantité de semences utilisées, avec un maximum de +19,7 %, précise Julie Simple. En 2019, 600 hectares de maïs ont été modulés via notre service en France et 7000 hectares en Europe ».

Des cartes de zonages de potentiel établies pour la vie

La structure BeApi regroupe InVivo, Défisol et 32 coopératives sur l’agriculture de précision dont Maïsadour. « Nous établissons des cartes de zonage de sol par mesures de conductivité et avec des profils culturaux, pour 60 euros/hectare chez l’agriculteur, précise Baptiste Cuny. C’est un apport d’informations à vie. Pour 7 euros/ha, nous ajoutons un conseil annuel sur l’agriculture de précision incluant la carte de modulation finale sur la parcelle. Dans notre secteur à maïs irrigué, nous sommes davantage incités à augmenter la densité car les éléments du sol sont bien valorisés avec les apports d’eau. Mais dans les parties en sec, en diminuant les densités sur des zones sous-alimentées (réserve utile faible, pauvreté en éléments fertilisants…), on nourrit mieux la population restante de pieds de maïs ». La France a des champs plus petits qu’aux États-Unis mais la diversité et l’hétérogénéité des sols y sont plus élevées. La modulation intraparcellaire de semis et d’intrants garde tout son intérêt.

 

Chaque hybride réagit différemment aux densités de semis

Chaque variété de maïs présente une réponse différente à une gamme de densités de semis, avec des courbes caractéristiques de chaque hybride, comme schématisé ici avec deux variétés (en vert et en bleu).

Cette information est reprise pour moduler la dose de semis autour d’une densité optimale, selon l’objectif de rendement de la parcelle.

La densité de semis d’une variété doit être déjà à moduler selon sa précocité et le potentiel de la parcelle. Plus une variété est d’indice tardif, moins il faudra la semer dense. Et plus le potentiel de la parcelle sera élevé, plus il sera possible d’augmenter la densité.

AVIS

Cédric Lafenêtre, EARL Lavielle (170 hectares) et ETA à Arrosès (Pyrénées-Atlantiques)(1)

« J’ai modulé les apports d’engrais de fond avant celle des semis »

« Pour mon exploitation et mes activités d’entreprise agricole, je dispose d’équipements complets pour la modulation intraparcellaire : un semoir Monosem 6 rangs speed drive à régulation hydraulique, une console GPS 26-30 de John Deere, un épandeur d’engrais, le tout aux normes Isobus. La modulation intraparcellaire de densité de semis de maïs a été précédée d’abord par celle de l’apport d’un engrais de fond, sur la base d’une cartographie de mes sols réalisée par Precifield sur différents éléments. Deux variétés tardives waxy (DKC5632WX et ES Guimly WX) ont été ainsi modulées sur une parcelle de 15 hectares. Avec l’appui de Dekalb et d’Euralis, elles ont fait l’objet d’une comparaison sur des bandes avec des semis à densité fixe de 80 000 pieds à l’hectare. La modulation de semis a varié de 75 000 grains à 100 000 grains à l’hectare en fonction des zones de la parcelle. La variété ES Guimly WX a montré une meilleure réponse à cette modulation avec un rendement moyen supérieur de 8,3 q/ha (135 q/ha) à celui de la densité fixe. Pour DKC5632WX, le différentiel de rendement a été de + 3,5 q/ha. Le résultat est concluant mais la mise en œuvre de la modulation peut être délicate sur le plan technique. La modulation n’a pas généré de surcoût en semences mais 70 euros/ha en plus en engrais. Le coût du service de Precifield pour scanner les parcelles a été de 150 euros/ha pour des mesures que l’on garde à vie. J’ai modulé aussi le semis de 40 hectares de maïs et tournesol semences et de 22 hectares de maïs doux. »

(1) 35 hectares de maïs waxy, 42 de maïs doux, 22 de maïs semences, 38 de blé améliorant, 24 de tournesol semences
 
BLabarthe1SO.jpg

Benoît Labarthe, 260 hectares à Uchacq-et-Parentis (Landes)(1)

« Une meilleure qualité de castration grâce à la modulation »

« C’est la première année que j’essaie la modulation de densité de semis, sur mes maïs semences uniquement. Je dispose d’un semoir Vaderstad Tempo 10 rangs et de la console FM1000 de Trimble pour la modulation. La cartographie de mes sols hétérogènes a été réalisée par BeApi sur 50 % de mes surfaces une fois pour toutes ainsi que sur les éléments fertilisants (à faire tous les 4-5 ans), le tout pour 130 euros de l’hectare. La modulation de semis a été réalisée sur trois variétés en production de semences. Sur l’une d’elle, la densité a varié entre 75 000 et 110 000 graines à l’hectare selon les zones de la parcelle alors qu’en semis classique, je l’aurai semée à 90 000 graines. Je n’ai pas mesuré le résultat en termes de production de semences mais le rendement est apparu plus régulier de même que l’état des plantes au moment de la castration. Cela a facilité ce travail à la machine et m’a permis de faire des économies de passage que j’estime à 2-3 heures en moins par hectare. En 2020, j’envisage de passer à la modulation de semis sur 75 % de ma surface, avec des semis moins denses dans les sables blancs et plus denses dans les sables noirs au potentiel bien meilleur. Cela permet en outre d’optimiser les irrigations. »

(1) 70 hectares de maïs grain, 50 de maïs semences, 60 de maïs doux, 30 de petit pois, 25 de tournesol semences ; sols sableux

Erwan Le Bourhis, agronome au sein du groupe D’aucy(1)

« Une rentabilité plutôt modeste avec la modulation »

« En Bretagne en 2015, nous avons constitué un groupe d’une quinzaine d’agriculteurs adeptes de l’agriculture de précision, avec un objectif : caractériser l’hétérogénéité des sols des exploitations. Des mesures de conductivité et de résistivité sur 800 hectares et 250 fosses pédologiques ont permis d’établir une cartographie de ces sols et leur zonage en termes de potentiel et de réserve utile (RU). C’était la condition pour pouvoir pratiquer et mesurer l’intérêt de la modulation intraparcellaire d’intrants et de semis. Après quatre ans d’essais de 2016 à 2019, cette modulation sur la densité de semis de maïs a généré un surplus moyen d’1,5 à 2 % en rendement, avec 65 % des cas où il y avait un gain. En maïs grain, la modulation a plutôt fait gagner en semences avec une économie moyenne de 5000 grains à l’hectare et le gain de marge brute était de 27 euros/ha provenant surtout du rendement. La modulation portait sur un delta de 10000 à 15000 grains/ha entre zones de sols superficiels et profonds. La rentabilité avec cette modulation est modeste, surtout si l’on doit considérer le coût de la cartographie des sols (60 euros/ha une fois pour toutes) et celui du matériel. Sur la base de ces résultats d'essais, nous avons mesuré qu’il fallait 6 à 7 ans pour rembourser l’investissement fait sur la connaissance des sols avec les gains permis par la modulation de densité de semis de maïs. En outre, avec ces expérimentations et la réalisation de fosses pédagogiques, l'agriculteur s'inscrit dans une démarche de progrès agronomique en acquérant une meilleure connaissance de ses sols. »

(1) Le Groupe D’aucy (coopérative Cecab et de Broons) et Triskalia s’unissent pour devenir Eureden à compter du 1er janvier

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