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Les planteurs ont les yeux rivés sur 2017

Alors que la fin des quotas sucriers se profile, la question de la compétitivité du sucre de betterave français est de plus en plus prégnante, dans un contexte de chute des prix et de concurrence exacerbée.

Ce fut une belle recolte 2014. La filiere betteraviere française affiche un rendement de 93 tonnes par hectare (t/ha) a 16° de sucre (soit 13,5 tonnes de sucre par hectare). C’est 9 tonnes de plus qu’en 2013 et 4 tonnes de plus que la moyenne des cinq dernieres annees. C’est surtout le troisieme meilleur rendement de tous les temps, le record ayant ete atteint en 2009 a 97 t/ha. Les 37,8 millions de tonnes de production betteraviere française ont ete produites sur un peu moins de 405 000 hectares. Pour illustrer le gain de productivite de cette filiere, il faut se rappeler qu’en 1981, la production avait atteint un pic de production de 36,7 millions de tonnes, mais elle avait alors mobilise 644 000 hectares, soit 60 % de surface en plus .

Les surfaces sont en hausse reguliere depuis 2008 ou elles avaient atteint leur point bas, suite au panel de l’OMC debouchant sur une inter- diction pour l’Union europeenne (UE) d’acceder a l’exportation pays tiers pour le sucre du quota. Il a fallu trouver de nouveaux debouches en sucre, en ethanol et alcool et dans l’industrie chimique, ce qui fut fait et qui a permis d’augmenter a nouveau les surfaces avec le developpement de la contractualisation. La France a ainsi vu sa sole betteraviere progresser de    50 000    hectares.    Cette    politique menee dans toute l’Union europeenne par les industries sucrieres a conduit a une augmentation des surfaces, mais aussi a des stocks de report.

Des stocks de reports europeens  plethoriques

 

Ne serait-ce pas la la cause de l’effon- drement des cours auquel nous assis- tons ? Cela y contribue. Le report de 2013 sur 2014 dans l’UE va atteindre le record de 2,5 millions de tonnes (Mt) de sucre (soit l’equivalent de 17 Mt de betteraves), dont seulement 200 000 tonnes pour la France corres- pondant a 1,5 Mt de betteraves. « A la difference de nos collegues europeens, les recoltes 2012 et 2013 n’ont conduit a aucun report en France, souligne Alain Jeanroy, directeur general de la CGB. Au contraire, dans l’Union europeenne, 674 000 tonnes de sucre ont ete repor- tees de 2012 sur 2013, puis a nouveau 556 000 tonnes de 2013 sur 2014 avec pas moins de 180 000 tonnes pour la seule Allemagne ! Ceci montre bien que notre politique de surfaces est correctement adaptee a nos debouches et qu’il faut maintenir cette rigueur en tenant compte de la consommation et de la hausse reguliere de la productivite apportee par la genetique, qui est de 1,7 % par an depuis trente-sept ans. "  Pour 2015, la consigne est de reduire les surfaces de 5 %. L’ouverture des frontieres europeennes aux sucres d’importation participe aussi a la chute des prix. « Depuis plusieurs annees, la Commission europeenne favorise la signature d’accords de libre-echange conduisant a diminuer encore les debouches dans l’UE pour le sucre communautaire », souligne Alain Jeanroy. « Depuis 2013, nous venons de conceder un demi-million de tonnes de sucre sans droit de douane aux pays d’Amerique Centrale, a la Colombie, au Perou et a l’Ukraine, comptabilise Eric Laine, president de la CGB. On se prive ainsi de l’equivalent de la production de trois usines. Et d’ici 2017, c’est a nouveau 150000 tonnes de sucre concedees a l’Afrique du Sud, soit l’equivalent d’une quatrieme usine. Quand cela va-t-il arreter ? », lance-t-il a Stephane Le Foll lors de l’assemblee generale du 9 decembre. Car il y a d’autres accords bilateraux en preparation : Thaïlande, Mercosur, Etats-Unis.

Un million de tonnes d’isoglucose en plus en Europe

 

Autre source d’inquietude : la concurrence de l’isoglucose. Actuellement, il existe un quota sur l’isoglucose, ce produit sucrant issu de l’amidon de maïs ou de ble. Apres 2017, l’isoglu- cose risque-t-il d’envahir le marche? Pour Martin Todd, directeur general de LMC International, il y aura une hausse de la consommation, mais rela- tive. « Les quotas actuels limitent son developpement a moins de 5 % de parts de marche des sucres soit moins d’un million de tonnes d’equivalent sucre. On devrait voir arriver un million de tonnes supplementaires au niveau europeen, alors que le potentiel est de cinq a six millions de tonnes ».

L’isoglucose est surtout produit en Belgique et dans l’est de l’Europe, notamment en Bulgarie, en Hongrie. « Nous estimons le cout de production de l’isoglucose entre 400 et 475 euros la tonne d’equivalent sucre selon les sites. Si le prix du sucre reste au- dessus, l’isoglucose progressera peu. Mais si cette substance sucrante offre un meilleur retour sur investissement que l’ethanol, alors les fabricants se lanceront dans la production d’isoglucose. Or la baisse du prix du petrole fragilise la filiere bioethanol. » Mais il existe des freins au developpement de l’isoglucose, les consommateurs etant peu enclins a remplacer le sucre par un edulcorant. C’est ce qui se passe aux Etats-Unis.

La France poussee vers l’export pays tiers « Nous sommes aujourd’hui le premier exportateur de sucre de l’UE. Avec un marche du sucre qui va etre deja en diminution, du fait d’une production d’isoglucose en hausse et des accords de libre-echange qui se multiplient, nous serons les premiers en 2017 a etre chasses du marche de l’UE », craint le president.

Apres 2017, pour equilibrer son bilan, la France sera obligee d’exporter sur pays tiers 1 a 1,5 million de tonnes de sucre contre 300 000 tonnes aujourd’hui. « A partir de 2017, les prix interieurs europeens se rapprocheront du prix mondial, on peut s’attendre a une diminution des importations de sucre de l’UE », rassure Jose Orive directeur general de l’Organisation internationale du sucre (OIS). Mais il s’interroge sur la capacite de l’Europe a reconquerir la part de marche qu’elle avait sur pays tiers avant 2006. « Les operateurs en sucre blanc vont se heur- ter au dynamisme des exportateurs en sucre brut, craint-il. Ces dernieres annees, les echanges en sucre blanc stagnent alors que ceux en sucre brut progressent. » De plus, il faut se prepa- rer a une plus grande volatilite des prix. Tous ces elements ne sont pas pour rassurer les betteraviers qui voient leur prix diminuer. « Pour la recolte 2014, le prix moyen de la betterave du quota va se situer a 25,40 euros la tonne et celui du hors quota a 20-21 euros, soit un prix moyen a 24 euros la tonne, c’est-a-dire au meme niveau que le prix moyen de 2009 », souligne Alain Jeanroy. Mais, entre-temps, les charges ont augmente. « Le gouverne- ment flamand a fait une etude du cout de production moyen de la betterave. Celui-ci s’eleve a 27,60 euros la tonne, explique Valerie Vercammen, secre- taire generale de la Confederation des betteraviers belges (CBB). Entre 2006 et 2013, les charges a l’hectare ont augmente de 35 %. »

Il reste donc du chemin pour reussir a etre aussi competitifs que les grands producteurs mondiaux de sucre de canne.

En chiffres

. 26 000 planteurs en France dans 29 departements

. 404 967 ha de betteraves soit 2,2 % des terres arables ;

. 17 sucreries, 8 sucreries-distilleries, 2 distilleries et 1 raffinerie

. 3,5 millions de tonnes de sucre produit

. 5 millions d’hectolitres (Mhl) d’ethanol carburant produit et 4,5 Mhl d’alcool (spiritueux et pharmacie).

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