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Variétés
Le soja sur de nouvelles pistes de recherche

La recherche française dispose de faibles moyens dans l’amélioration du soja. Mais elle reste bien vivante avec des axes de recherche originaux : la sélection de sojas moins exigeants en eau et plus économes en énergie pour la préparation de ses graines.

Il y a la place pour 150000 hectares de soja », clament les professionnels de la filière soja en France. La culture avait atteint des sommets en surface en 2001 avec plus de 120 000 hectares avant de dégringoler. En 2012, la surface est de 38000 hectares. La recherche variétale peut-elle contribuer à relancer l’espèce en France? Ils ne sont plus que deux semenciers dans l’Hexagone à avoir conservé un programme de sélection sur le soja: Euralis Semences, leader sur les semences certifiées avec 55 % de parts de marché environ et RAGT Semences (25 %). « Chez Euralis, l’investissement est historique puisque nous étions présents dès la fin des années 70. Nous avons toujours eu un programme de sélection qui a porté ses fruits en mettant sur le marché des variétés intéressantes rentabilisant notre recherche », rapporte Patrice Jeanson, responsable du programme soja et sorgho chez Euralis Semences.

« Nous maintenons un programme de recherche en soja car nous croyons au retour de l’espèce aux niveaux français et européen, pour réduire notre dépendance aux importations de protéines végétales », souligne de son côté Amandine Gras, sélectionneur soja chez RAGT Semences. Depuis 1980, le GIE Soja qui réunit aujourd’hui les deux semenciers avec le soutien de l’Onidol et du Cetiom, a pour rôle d’insuffler de l’énergie aux programmes de recherche.


SOUTIEN DE LA RÉGION MIDI-PYRÉNÉES

Tout en continuant les efforts sur l’amélioration du rendement et du taux de protéines, la résistance à la verse ou encore le comportement face au sclérotinia, la filière soja s’est trouvé de nouveaux axes de recherche. Avec le pôle d’activité Agrimip du Midi-Pyrénées, le projet Soja-Mip doit permettre d’asseoir le développement du soja dans le Sud-Ouest. « Cela passe par une meilleure efficience de l’eau de cette culture. On compte sur les ressources génétiques à disposition pour permettre des semis précoces du soja tout en conservant une même longueur de cycle, explique Patrice Jeanson. Le décalage de la culture amène la possibilité d’économiser des tours d’eau. » Les rotations sojamaïs irrigués sont importantes dans la région. « Des essais ont déjà été menés avec un certain nombre de cultivars testés sur des semis anticipés. On a démarré sur des semis en février dans des milieux méditerranéens et on parlait alors de soja d’hiver dans notre jargon, se rappelle Françoise Labalette, chargée du GIE des sélectionneurs de soja à l’Onidol.

Mais cette stratégie n’était pas raisonnable en Midi-Pyrénées. Après deux ans de tests qui ont donné de bons résultats, nous travaillons sur un avancement de semis sur fin mars à début avril, c’est-à-dire d’un bon mois par rapport aux itinéraires classiques. » La spécialiste de l’Onidol perçoit deux options avec cette stratégie d’évitement : limiter le nombre de tours d’eau ou déplafonner le rendement : « L’utilisation de variétés avec un cycle de développement inchangé permet d’économiser des apports en eau. L’autre possibilité est d’utiliser des sojas au cycle allongé en apportant la même dose en eau que pour des sojas conventionnels. Le potentiel de rendement de l’espèce est ainsi maximisé. »


AVANCER LES SEMIS

Un projet de recherche a été déposé autour de ce thème avec l’Inra, l’Ensat, l’école d’ingénieurs de Purpan, le Cetiom et les deux sélectionneurs. « Les travaux se feront sur des génotypes contrastés et nous observerons les conséquences de l’avancement des semis sur le comportement des variétés, la productivité, la teneur en protéines », précise Françoise Labalette. Les travaux comportent un volet agronomique autant que génétique. Le projet SojaMip porte sur trois ans pour un coût total de 158 500 euros, dont un financement de la région Midi-Pyrénées de 75500 euros.Dans ce cadre, un autre axe exploratoire est initié. Présentation de Françoise Labalette : « Avec l’ESA de Purpan, des études vont être menées sur la réduction des facteurs antitrypsiques qui rendent la graine de soja crue peu digeste pour les monogastriques.

Les graines commercialisées ont généralement subi une trituration qui fait disparaître ces facteurs antinutritionnels.Mais si l’on veut passer à des incorporations de graines crues ou à des procédés de préparation de graines moins consommateurs en énergie, il y a nécessité de diminuer les facteurs antitrypsiques. »


RÉDUIRE LES FACTEURS ANTINUTRITIONNELS

Le débouché alimentation humaine prend une place de plus en plus importante pour le soja français avec l’atout d’une valeur ajoutée élevée pour le producteur. « Son accès a été facilité par l’arrivée de variétés à haute teneur en protéines car le cahier des charges exige au moins 40 % de protéines en sec dans la graine. L’évolution des semis a vu une augmentation sensible de l’utilisation de variétés classées bonnes à très bonnes en protéine », remarque Françoise Labalette. Le GIE Soja travaille à la mise au point de marqueurs moléculaires de teneurs en protéines pour améliorer la sélection de variété sur ce critère. « Il y a une corrélation forte et négative entre le rendement et la teneur en protéines », remarque Patrice Jeanson.


PROTÉINES CONTRE RENDEMENT

De ce fait, la productivité et la teneur en protéines ont progressé mais pas autant qu’espéré. Françoise Labalette se demande si l’accent mis sur la teneur en protéines pour répondre efficacement aux besoin L’évoludu marché n’a pas ralenti momentanément l’amélioration globale de la productivité. Le marquage moléculaire est mis à profit également pour l’identification de gènes de résistance au sclérotinia. « Il y a un bon déterminisme génétique du soja sur cette maladie, intéressant à exploiter », assure Patrice Jeanson.

Pourtant, malgré les efforts déjà entrepris pour améliorer la tolérance du soja au sclérotinia, encore beaucoup de variétés se montrent sensibles à cette maladie. Enfin, les dizaines d’années de recherche depuis l’avènement du soja dans les années 70 ont conduit à une gamme de précocité répondant aux besoins du marché français et à une tenue à la verse bonne pour la plupart des variétés. « Il ne s’est pas rien passé, tient à démontrer Françoise Labalette. Des progrès ont été réalisés. » Le soja ne demande qu’à se développer.

RENDEMENT ET PROTÉINES

Progrès variétal au ralenti

Selon une étude menée par le CTPS, pour les deux groupes de maturité les plus cultivés de soja (00 et I), l’augmentation des rendements pour la période 1988-2003 a été de 0,87 % par an en moyenne. Cette progression est inférieure à celle enregistrée sur d’autres cultures comme le tournesol où elle est de 1,5 % par an.
Le taux de protéines sur les obtentions de soja est resté quasiment stable entre 1988 et 2003 avec + 0,14 % par an. Mais en prenant en compte la progression de rendement, celle du rendement en protéines à l’hectare a été de 0,86 % par an. Dans les inscriptions variétales, les sojas à teneur élevée en protéine restent faibles dans la gamme de variétés (13 sur 45 variétés commercialisées en 2012) mais ils ont pris une place notable dans les surfaces cultivées.
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