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Sociétés semencières
Le marathon du blé OGM est lancé

Jusqu’alors, le blé était resté en dehors du marché lucratif des plantes génétiquement modifiées. Mais les grandes manœuvres ont commencé.

Il y avait bien eu une tentative en 2004. Monsanto avait déposé une demande d’autorisation pour des blés Roundup Ready. Mais la firme avait dû faire machine arrière face à l’opposition rencontrée. Depuis, les choses ont changé. Le blé est en perte de vitesse outre-Atlantique, les farmers lui préférant le maïs et le soja. En mai 2009, une dizaine d’organisa- tions de producteurs et d’industriels du Canada, des États-Unis et d’Australie, dont la North American Millers’ Associa- tion, ont rédigé un manifeste appelant à « synchroniser la mise en marché du blé OGM » dans ces trois pays(1). « Ce texte a eu un retentissement international, et a été le top départ pour les grands semen- ciers qui ont vu l’intérêt de lancer des programmes de sélection plus rentables à l’avenir, souligne Daniel Chéron, direc- teur de Limagrain. Aux États-Unis, les semences de ferme représentent 80 % des surfaces en blé et la sélection est assurée majoritairement par les universités. »

COLLABORATIONS ET ACQUISITIONS
Dès 2009, Monsanto a acheté WestBred LLC, un semencier de blé du Montana. Et la firme a élargi sa coopération avec BASF sur le blé pour créer un blé résistant à la sécheresse. Au début des années 2000, Syngenta avait une longueur d’avance en travaillant sur un blé OGM résistant à la fusariose. Récemment, la société a passé un accord de partenariat public-privé avec le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) qui fait de la recherche en blé dans une centaine de pays. L’accord portera sur la sélection conventionnelle, la transgénèse et le blé hybride. Les premiers hybrides sont prévus pour 2015 et les premiers OGM pour 2020.
Limagrain est entré dans la course et compte prendre une dimension internationale avec cette nouvelle perspective. « Nous avons acheté quatre semenciers dans les principales zones de culture aux États-Unis et nous avons créé une station de recherche à Fort Collins, dans le Colorado, poursuit Daniel Chéron. Nous travaillons sur une meilleure efficience en azote et sur la tolérance à la sécheresse. Nous venons de signer un accord de partenariat exclusif sur le blé avec la société de biotechnologies Arcadia, et avec Evogene. » Cette dernière société a aussi signé un accord de collaboration avec Bayer qui va même entrer à son capital. Dès 2009, Bayer a intégré le blé dans son programme de recherche en sélection en prenant position dans les grandes zones de production (voir encadré).

S’IMPLANTER AUX USA
KWS a, quant à elle, acheté deux sociétés américaines, Great Lakes Grain and co et Sunbeam. KWS entre ainsi sur le marché américain des céréales. Tout est donc en place pour que le blé connaisse dans les dix années à venir les mêmes boulever- sements qu’ont connus le maïs, le soja ou le coton. Actuellement, les budgets de recherche en sélection du blé sont dix fois inférieurs à ceux du maïs. Qu’en sera- t-il en 2020 ? Et l’Europe, grenier à blé du monde, va-elle encore résister à ce nouvel assaut OGM ?

RAGT et Bayer signent un accord de coopération sur le blé


RAGT et BAYER CropScience ont conclu fin juin 2011 un accord de licence et de coopération pour l’amélioration du blé. RAGT donne à Bayer accès à son matériel génétique du blé d’hiver et aux marqueurs moléculaires associés. Depuis l’acquisition de l’activité céréales de Monsanto (achat du britannique PBI) en 2007, le groupe français détient l’un des programmes de sélection de blé d’hiver les plus performants d’Europe. En contrepartie, RAGT aura la possibilité de déposer des licences sur les traits agronomiques de Bayer. Par ailleurs, les deux sociétés mèneront des projets commun de sélection du blé.

« Le blé, une culture clé pour les deux partenaires, exige des efforts de recherche considérables, mettant en œuvre à la fois des techniques de sélection conventionnelles et des technologies nouvelles afin de répondre aux futurs défis de l’agriculture. Grâce à l’important portefeuille de traits de Bayer CropScience et l’expertise unique de cette société dans le domaine des technologies avancées, doublés de sa volonté et de ses moyens pour relever les nouveaux défis, Bayer CropScience est sans conteste le partenaire idéal pour nous», considère Daniel Segonds, président du directoire de RAGT.

En juillet 2009, Bayer CropScience avait annoncé l’élargissement de ses activités mondiales dans les semences et traits agronomiques, en visant le domaine des céréales. « La mise en place de notre coopération avec le Csiro (1), l’organisme de recherche national australien a été la première étape de notre investissement dans la sélection du blé», expliquent Markus Weidler, directeur céréales de Bayer CropScience, et Garth Hodges, directeur semences et biotechnologie pour le blé et les oléagineux. «Dans le cadre de notre collaboration avec Evogène ltd, nous employons des technologies de pointe pour identifier des gènes natifs de blé ou des gènes d’autres espèces végétales pouvant apporter un intérêt pour des rendements plus élevés, une tolérance à la sécheresse, ou une utilisation plus efficace de l’azote sur le blé. Notre collaboration avec l’université du Nebraska-Lincoln va permettre à Bayer CropScience d’accéder à un extraordinaire matériel génétique sur le blé. L’acquisition d’un programme de sélection de blé en Ukraine va dans le même sens.
(1) Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization.

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