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Le « land rush » ne faiblit pas

Les plus optimistes parlent de « ruée vers la terre », les détracteurs dénoncent un « accaparement des terres ». Le « land rush », aussi appelé "land grabbing", concerne plus de 10 millions d'hectares par an.

Le phénomène existait déjà, mais c'est à partir de 2007, avec la flambée des prix des matières premières, qu'il a explosé. Depuis six ans, la ruée vers les terres ou land rush, concerne 10 à 15 millions d'hectares par an, contre 2 à 4 millions auparavant, le pic ayant été atteint en 2009. C'est l'estimation qu'a réalisé Raphaël Alomar, consultant, estimation qui est proche de celle établie par l'ONG Grain ou le consortium international Land Coalition. Selon ses évaluations, sur les 80 millions d'hectares ayant fait l'objet d'une acquisition foncière sur la période 2007-2011, les deux tiers sont le fait de gouvernements dans les États où la notion de droit foncier est la plus faible et où le droit coutumier est répandu. Sur les douze pays les plus concernés par le land rush, sept sont africains avec le Congo suivi par le Soudan, Madagascar, l'Éthiopie, la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique. Dans 40 % des opérations, un achat de foncier est prévu, mais souvent les gouvernements accordent un bail à long terme à des prix dérisoires (parfois moins d'un dollar par hectare et par an) pour plusieurs décennies.


Des acquéreurs privés


L'objectif est souvent de produire des cultures d'exportation, sans engagement qu'une partie soit destinée à la consommation locale. On trouve aussi en tête de liste des pays concernés l'Australie, la Russie, le Brésil et les Philippines. Les acquéreurs sont à 85 % des opérateurs privés. Il s'agit d'entreprises, de fonds d'investissement et de quelques organisations agricoles. C'est le cas d'Agri SA, la plus grande organisation de producteurs d'Afrique du Sud, qui a multiplié les négociations avec 22 pays africains. Des investisseurs chinois, saoudiens, qataris et des Émirats arabes unis, soutenus par leur État respectif, sont quant à eux dans une démarche d'acquisition foncière afin de garantir la sécurité alimentaire de leur pays. p Nicole Ouvrard

Repère n°1 : Directives volontaires

Face à l'accaparement de terres ou land grabbing, la FAO a adopté en 2012 un accord de droit foncier, jetant les bases d'un contrôle de l'achat des terres. Les directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers rappellent l'obligation de respecter les droits de l'homme et insistent sur le droit à la reconnaissance de la propriété informelle de petits exploitants. Mais le caractère volontaire de ces textes limite leur portée, chaque État étant souverain sur son territoire.


Repère n°2 : Terres disponibles

Selon les estimations de la FAO, il y aurait 400 millions d'hectares disponibles dans le monde, dont 200 en Afrique subsaharienne. Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation, souligne que l'on considère les terres comme « disponibles » dès lors qu'elles comptent moins de 25 personnes par kilomètre carré. Mais elles sont souvent occupées par des éleveurs ou des petits agriculteurs sans titre de propriété. Pour lui, cette notion de terres disponibles est donc « facile à manipuler ».

 

Repère n°3 : Bataille de l'eau

L'Égypte voit la ruée étrangère vers les terres agricoles en Afrique comme une menace pour ses ressources en eau. Les acquisitions de milliers d'hectares de terres au Soudan et en Éthiopie vont nécessiter une grande consommation d'eau, puisée dans le Nil. Plusieurs grands barrages sont en construction et ces deux pays remettent en cause l'accord sur les eaux du Nil datant de 1959 et très favorable à l'Égypte.

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