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Exportations céréalières
L´Algérie, le plus gros marché du Maghreb

En Algérie, les importateurs privés occupent une place croissante dans l´approvisionnement du pays. Mais le marché reste encadré par les Pouvoirs publics.


«En Algérie, les choses évoluent très vite » témoigne Yann Lebeau de France Export Céréales. Pour la filière française, l´Algérie constitue, depuis l´émergence d´une meunerie privé en plein développement, un marché prioritaire en Afrique du Nord. « Depuis la libéralisation de la filière, la première adaptation sur cette destination a consisté à substituer des livraisons de blé en grain aux expéditions de farine. » Les importations annuelles de blé de ce pays de trente millions d´habitants varient autour de cinq millions de tonnes. Dans ses dernières estimations, le CIC(1) arrête les achats algériens de la campagne qui s´achève à 4,4 millions de tonnes et prévoit des besoins de 4,5 millions de tonnes pour la prochaine. En 2000/2001, les besoins du pays avaient atteint 5,7 millions de tonnes.

La production céréalière fortement dépendante des aléas de la pluviosité
La forte dépendance de l´agriculture algérienne à la pluviosité soumet la production céréalière à de très fortes fluctuations. Selon les statistiques diffusées par l´ambassade de France en Algérie, toutes céréales à paille confondues (blé tendre, blé dur, orge, avoine), la dernière récolte atteignait 2,6 millions de tonnes. Un an plus tôt elle était tombée au niveau critique de 900 000 tonnes, à comparer avec la récolte record de 1996 qui dépassait cinq millions de tonnes.
Du côté de la filière, « le mouvement de privatisations est effectif depuis 1998, indique Yann Lebeau, les opérateurs sont libres d´entreprendre. Mais l´OAIC joue encore un rôle important notamment dans la régulation de l´approvisionnement. En fait les deux filières, l´une publique, l´autre privée, s´entremêlent. »
L´Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), a pour mission d´organiser, d´approvisionner et de réguler le marché national des céréales et de ses dérivés. Pour ce faire, il a recours aux importations sur le marché mondial par le biais d´appels d´offres. L´OAIC encadre également les moulins publics (Eriad) qu´il fournit en grains.
Un marché d´environ cinq millions de tonnes chaque année.

Les prix restent encadrés, en grains comme en farine
Mais, alors que l´OAIC avait autrefois le monopole du commerce des grains, groupements d´achats privés et minotiers peuvent aujourd´hui intervenir sur le marché y compris en qualité de fournisseur des moulins publics. Seuls les prix restent encadrés aussi bien pour le blé en grain que pour la farine. « Quelle que soit son origine, le blé arrive au même prix dans les moulins publics comme privés car il y a un prix de vente légal pour le blé », explique Yann Lebeau.
De cette organisation découlent deux aspects qui caractérisent le marché algérien.
Tout d´abord « les privés ne vont eux-mêmes sur le marché mondial que lorsque les prix sont bas. Quand les prix sont hauts, ils laissent l´État acheter et se fournissent ensuite auprès de l´OAIC ».
Second point, le secteur privé ne cesse de se développer. « Les moulins privés ont commencé à s´installer en 2000. On en compte aujourd´hui environ 150 dont la capacité moyenne est de cent tonnes par jour. Mais certains écrasent jusqu´à 1 000 tonnes par jour. »

Pour Yann Lebeau, à cette cadence, les risques de surcapacité sont réels. « Sur le long terme, je ne crois pas à la pérennité de cette meunerie d´importation. Surtout si le prix de la farine devait être libéralisé. Mais pour l´heure il faut croire que l´activité est rentable. D´ailleurs, en dehors de groupements de boulangers qui montent leur propre moulin, ce sont plutôt des financiers qui investissent, davantage que des gens du métier. »
Concurrence Mer Noire et moindres disponibilités en 2001/2002.

Le blé français fait son retour en Algérie
Pour les exportateurs, il existe donc en Algérie deux marchés. Celui de l´OAIC, dont le cahier des charges est exigeant, «et qui privilégie plutôt la qualité allemande. Les acheteurs de l´Office sont très pointilleux, notamment sur l´homogénéité des livraisons».
Parallèlement, celui des privés s´intéresse à toutes les origines y compris cette année ukrainienne. «La demande des importateurs privés correspond aux schémas de la panification française. Toutes les origines répondant à ces critères peuvent entrer ; pourvu qu´elles soient compétitives», poursuit Y. Lebeau.
Suite à son exclusion totale des achats de l´OAIC, justifiée par ce dernier par sa qualité médiocre (selon une note de l´ambassade de France), l´origine française a été totalement absente du marché algérien en 1997/98. Depuis, elle a fait son retour, en particulier auprès des importateurs privés. Les livraisons hexagonales ont dépassé un million de t l´an passé mais plafonneront aux alentours de 550 000 t cette année. «La concurrence Mer Noire a été forte sur cette destination mais pas autant qu´au Maroc ou en Tunisie. On aurait probablement pu vendre davantage en début de campagne», regrette Y. Lebeau.
Les moins de 19 ans représentent près de la moitié de la population.

Si les premiers bateaux sont de mauvaise qualité...
Depuis deux ans, France Export Céréales travaille auprès des importateurs privés. Sur ce marché en mutation, une des principales difficultés consiste à identifier les acheteurs et à cibler leurs besoins en terme de qualité « car c´est un marché surprenant où les opérateurs changent rapidement. Nous voulons également instaurer de nouveaux liens avec la filière publique ». Comme chaque année, un séminaire de présentation de récolte aura lieu en octobre avec les acteurs de la filière algérienne.
Mais la condition primordiale pour réaliser une bonne campagne de commercialisation sur ce pays comme pour la plupart de ceux d´Afrique du Nord reste de ne pas rater les premiers bateaux. « La qualité des premières cargaisons ne doit pas décevoir. Si elle est mauvaise ou peu homogène, les doutes sur l´origine française se répandent parmi les meuniers et une partie du potentiel de ventes est compromise. Il ne faut pas oublier que ce sont de vrais clients », insiste Yann Lebeau.


(1) Conseil international des céréales.

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