Aller au contenu principal

Céréaliers en crise : L’AGPB réclame 200 millions d’euros d'aides d'urgence

Face à l'effondrement des revenus céréaliers, l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) demande au gouvernement un soutien à hauteur de 200 millions d’euros. Le syndicat attend trois mesures en priorité : l’augmentation du montant alloué au fonds d’urgence, la prise en charge des cotisations sociales et l’activation de la réserve de crise européenne.

<em class="placeholder">Les responsables de l&#039;AGPB,  Philippe Heusèle, Eric Thirouin et Cédric Besnoit.</em>
Les responsables de l'AGPB, Philippe Heusèle, Eric Thirouin et Cédric Besnoit, craignent une 4ème année de revenus négatifs pour les céréaliers français.
© MC. Bidault

« Effondrement économique », « angoisse profonde », « colère » : c’est en ces termes qu’Éric Thirouin, président de l’AGPB, a décrit, lors de ses vœux à la presse le 15 janvier, la situation des exploitations céréalières, dont le résultat courant avant impôt (RCAI) est négatif pour la troisième année consécutive. « C’est un véritable plan social, d’une ampleur inédite en France, passé sous silence », a-t-il dénoncé, rappelant que les 48 140 exploitations de l’Otex 15 (céréales et oléoprotéagineux), les plus nombreuses du pays, affichent un manque à gagner de 2,5 milliards d’euros en 2025 du fait de l’effet ciseaux prix-charges. 

Un fonds d'urgence à doubler

« Il aura fallu trois ans pour que les pouvoirs publics prennent pleinement la mesure de la crise », estime Éric Thirouin, qui considère désormais que le syndicat a été en partie entendu. Après l’annonce par la ministre de l’Agriculture, le 9 janvier au soir, d’un fonds d’urgence de 40 M€ pour les exploitations céréalières en difficulté, l’AGPB, l'estimant « très insuffisant », a déposé un amendement pour porter l’enveloppe à 80 M€, qui sera débattu à l’Assemblée nationale la semaine prochaine.

Le syndicat discute actuellement avec le ministère sur les critères de distribution. L'AGPB préconise une enveloppe régionalisée, proportionnelle aux surfaces de l’Otex 15, ciblée sur les céréales à paille, le maïs et les protéagineux, avec un bonus pour les zones intermédiaires et/ou à moindre potentiel. Eric Thirouin précise que des cellules de crise pilotées par les préfets, et réunissant les acteurs agricoles départementaux, seraient à la manœuvre pour répartir les aides. Les exploitants auront sans doute ensuite à monter des dossiers individuels pour justifier de l’Otex et de l’excédent brut d’exploitation (EBE).

Alléger les charges sociales

L’AGPB réclame par ailleurs une aide de 20 M€ pour la prise en charge des cotisations sociales. Le président rappelle que, même avec des revenus négatifs, les agriculteurs doivent s’acquitter d’une cotisation de solidarité d’environ 3 000 € par an. Le syndicat demande aussi le déplafonnement des prêts de restructuration garantis par l’Etat, aujourd’hui limités à 200 000 € d’encours. Il plaide pour un plafond supérieur à 500 000 € et pour l’ouverture de ces prêts aux exploitations ayant des capitaux propres négatifs, aujourd’hui exclues par une règle nationale.

Mobiliser les reliquats de l’enveloppe bio

Une partie de l’enveloppe bio qui a été programmée par la France pour les conversions est non consommée. « C’est une boîte noire. Nous l’estimons à 750 M€ sur les deux dernières années de programmation (2026-2027), même si d’autres avancent plutôt 500 M€ », souligne Éric Thirouin qui souhaite que cette enveloppe soit redistribuée aux céréaliers. « Ces crédits seraient fléchés vers les zones intermédiaires et/ou à moindre potentiel sous forme de MAEC puisqu’il s’agit d’aides du second pilier. » L’AGPB propose notamment de relever les plafonds des surfaces et des indemnités MAEC par exploitation.

Un appel au réveil de l’Europe

Si l’AGPB salue la demande française de 100 M€ sur la réserve de crise européenne, Éric Thirouin prévient que la réponse sera longue à venir, selon les dires du commissaire européen à l’Agriculture. Cette requête pèse lourd au regard d’un fonds global de 450 M€ pour l’ensemble des États membres, mais la France concentre le plus grand nombre d’exploitations de l’Otex 15 et parmi les plus en souffrance.

Poursuivant sur le domaine européen, Éric Thirouin juge que « la politique agricole européenne est décalée par rapport au monde qui l’entoure », et dénonce une absence de vision qui affaiblit la compétitivité de l’agriculture européenne. « Produire ou périr : il faudra choisir », scande-t-il. Cédric Besnoit, secrétaire général adjoint, dénonce l’impact désastreux du MACF sur le prix des engrais, en rappelant la forte mobilisation de l’AGPB pour faire exclure les engrais du dispositif, une décision européenne encore suspendue à un vecteur juridique approprié.

Philippe Heusèle, secrétaire général, plaide parallèlement pour repenser certains mécanismes de marché et réfléchir à une taxation des produits importés. L’AGPB appelle à « réarmer » l’agriculture, à reconstruire des stocks stratégiques et à rétablir de véritables filets de sécurité sur les prix, en proposant notamment de relever le prix d’intervention à 170 €/t, contre 101 €/t, montant inchangé depuis 30 ans.

Les plus lus

<em class="placeholder">Moisson des bles dans les plaines cerealieres de la Marne sous la menace de la pluie.</em>
Fonds d’urgence grandes cultures : qui peut en bénéficier et pour quel montant ?
L’État met en place un fonds d’aide d’urgence exceptionnel à destination de la filière grandes cultures. Doté de 35 millions…
<em class="placeholder">Apport d&#039;azote sur blé en sortie d&#039;hiver.</em>
Azote sur blé : quand réaliser le premier apport en 2026 ?

Le premier apport d’azote sur blé se raisonne en s’appuyant sur l’observation des parcelles et les analyses de reliquats…

<em class="placeholder">Grandes cultures. céréales. Moisson de l&#039;orge d&#039;hiver. rendement autour de 100 quintaux. moissonneuse batteuse dans la céréale à maturité. chantier de récolte. ...</em>
Bail rural : le recours excessif à un prestataire de travaux agricoles prive le fermier de son droit de préemption

La Cour d’appel de Reims vient de refuser le droit de préemption à un locataire qui avait recours à une entreprise pour des…

<em class="placeholder">Agriculteur à la retraite avec son fils conduisant un valet de ferme.  </em>
Cumul emploi retraite agricole : des conditions plus restrictives pour les jeunes retraités

Les conditions de cumul emploi retraite évoluent à compter du 1er janvier 2027, limitant le cumul de la pension de retraite et…

<em class="placeholder">Fabrice Duflo, agriculteur à Astaffort (Lot-et-Garonne)&quot;Le analyses de sève sont intéressantes, couplées avec des analyses de terres pour faire le distinguo de ce qu’il ...</em>
Analyse de sève : « J’ai amélioré mon rendement en blé de 7 quintaux par hectare dans un essai en corrigeant une carence en fer »
Producteur à Astaffort (Lot-et-Garonne), Fabrice Duflo a testé pour la première fois l'analyse de sève sur un blé, avec un…
<em class="placeholder">Alexandre Hatet, chambre d&#039;agriculture des Pays de la Loire et Bertrand Leroux-Coyau, agriculteur à Ballon-Saint-Mars (Sarthe),Le passage au semis direct doit permettre à ...</em>
Organisation du travail : « Je suis passé au semis direct d’abord dans un objectif de gain de temps sur mon exploitation dans la Sarthe »

Dans la Sarthe, Bertrand Leroux-Coyau a abandonné le labour pour s’engager dans le semis direct. La recherche de gain de temps…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures