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Avoir deux métiers
La pluriactivité gagne du terrain

Malgré l´augmentation de la taille des exploitations, le nombre d´agriculteurs doubles actifs ne diminue pas. Et les activités extérieures sont de plus en plus diverses.


Difficile de dresser un portrait-type de l´agriculteur double actif. Le double actif d´aujourd´hui n´est plus le salarié d´usine dans l´Est de la France ayant conservé quelques hectares ou l´éleveur savoyard moniteur de ski l´hiver. La double activité ne concerne plus seulement des « petites fermes » mais aussi des exploitations professionnelles (1) et, les activités exercées se diversifient.
Le nombre de double actif parmi les chefs d´exploitation et coexploitants ne diminue pas. En 2003, ils étaient 39 000 à exercer, à côté de l´exploitation, une activité secondaire non-agricole. Ceux qui exercent une activité agricole à titre secondaire sont moins nombreux : 13 000 seulement soit 3 % de l´ensemble des chefs d´exploitation, une proportion identique à celles des recensements agricoles de 1988 et 2000.

En revanche, 50 000 agriculteurs à titre principal exerçaient une activité secondaire en 1988. Ils n´étaient plus que 33 000 en 2000. Leur nombre a augmenté pour atteindre 39 000 en 2003 sur 472 700 chefs d´exploitations et coexploitants professionnels. A l´exception des zones très spécialisées en élevage, la double activité est présente partout notamment dans les zones de grandes cultures et en Languedoc-Roussillon.
Autre phénomène récent, la diversité des activités non agricoles des doubles actifs.

Un phénomène qui va s´accentuer dans l´avenir
Ces chiffres ne concernent que les doubles actifs au sens strict, c´est-à-dire ceux qui ont un double statut. Ils ne tiennent pas compte de ceux qui ont diversifié leurs activités sur l´exploitation.
Un récent débat(2) cherchait à définir le profil de l´agriculteur de demain. Bertrand Hervieu, sociologue, ancien directeur général de l´Inra, voit une bipolarisation du secteur agricole avec d´une part, « des entreprises qui vont être sur les grands marchés et produire des matières premières. Au nombre de 130 000 à 150 000 exploitations elles fourniront 80 % de la production mise en marché ». D´autre part, « 300 000 ou 400 000 entreprises autant rurales, commerciales, tertiaires qu´agricoles dont le revenu du couple ou du groupe familial va se construire à partir d´une palette de métiers variables dans le temps ».

Frédéric Armand-Delille, agriculteur qui participait à ce débat, remarque « qu´un agriculteur doit être pluriactif sauf s´il croit encore à la pérennité des soutiens et des subventions ».
« Le découplage devrait provoquer une augmentation rapide du nombre d´exploitants qui décideront de confier du travail à façon plutôt que de réinvestir. Cette demande sera une opportunité de valorisation de la capacité en matériel et en main-d´oeuvre pour d´autres agriculteurs qui sauront y voir un élément de flexibilité dans l´activité de leur entreprise », estime Philippe Boullet de CER France.
Les investissements collectifs, les assolements en commun libèrent du temps et donneront de plus en plus la possibilité d´avoir une autre activité.

Deux activités par passion pour l´agriculture
Mais pourquoi avoir deux activités ? Toujours par passion pour l´agriculture. Soit, on veut conserver l´activité agricole alors que l´exploitation n´a pas la taille suffisante pour assurer un revenu suffisant. Soit, après avoir quitté l´agriculture pour exercer un autre métier, on y revient, souvent pour reprendre l´exploitation familiale au moment de la retraite des parents.
Les reportages de ce dossier en sont l´illustration. Mais ils montrent aussi combien il est difficile de mener de front deux activités. Cela demande dans tous les cas une grande rigueur d´organisation. Avec parfois la nécessité de sous-traiter certains travaux agricoles au détriment de la rentabilité de l´exploitation. Mais ce qui compte c´est de garder l´activité agricole.

(1) La dimension économique minimale d´une exploitation professionnelle est de 12 hectares d´équivalent blé, avec une main-d´oeuvre totale d´au moins 0,75 unité de travail annuel (UTA), c´est-à-dire une personne employée à trois quarts temps sur l´année.
(2) Débat organisé par Réussir et Agra Presse.

Pour en savoir plus
Voir dossier de Réussir Céréales Grandes Cultures d´Avril 2006. (RCGC nº191, 10 pages)

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