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Concurrence à l’Est
La mer Noire mène la danse

Malgré la médiocre qualité de son blé,l’Ukraine inonde les marchés déjà bien engorgés et tire les prix de l’ensemble des céréales fourragères à la baisse.

Après les messages alarmistes de pénurie de céréales, la bonne récolte de blé en 2008 sur quasiment l’ensemble de la planète est de bon augure. Voilà de quoi apaiser les esprits et éloigner un peu les spéculateurs. Le conseil international des céréales (CIC) révise chaque mois à la hausse ses prévisions de production mondiale de blé. Les dernières estimations laissent présager une récolte de 672 millions de tonnes, en hausse de près de 30 % par rapport à l’an passé, alors que la récolte mondiale avait régressé trois années de suite. Inévitablement, les prix s’en ressentent et régressent depuis le début juillet sur toutes les origines.

L’UKRAINE TRÈS COMPÉTITIVE
« Nous sommes sans aucun doute sur une tendance baissière, confirme Robert Bilbot, directeur d’Union Bourgogne Céréales(1). Mais il faut relativiser cette baisse. L’an passé, les prix qui ont fait la une des journaux à 290 euros/tonne n’ont duré que deux ou trois jours. La majorité des affaires se sont faites sur des prix moyens de 210 à 220 euros par tonne. Fin septembre, les cours tournent autour de 175 à 180 euros la tonne. Cela représente une baisse de 20 à 30 % par rapport à l’an passé. » L’abondance de céréales de qualité fourragère pèse sur les cours mondiaux. Elles proviennent notamment d’Ukraine, dont la récolte de blé est pléthorique (22,5 millions de tonnes contre 13,9 en 2007) mais plus de la moitié serait de qualité fourragère. Le CIC parle de 70 à 80 %. On dit même que ces blés seraient riches en… punaises ! Il n’empêche que l’Ukraine arrive tout de même à remporter des appels d’offres en blé meunier sur le marché mondial et restera un sérieux concurrent tout au long de cette campagne, tout comme la Russie et le Kazakhstan, ce dernier produisant du blé meunier de bonne qualité. Des volumes importants ont été chargés en direction de l’Égypte, du Pakistan, de la Tunisie et de la Syrie. Les pays de l’Est de l’Union européenne, notamment la Bulgarie et la Roumanie ont vu, eux aussi, leurs estimations de récolte rehaussées à respectivement 4,5 et 5,6 millions de tonnes (contre 2,3 et 4 millions de tonnes l’an passé). Mais, là encore, la qualité du blé à été dégradée par les pluies. Union européenne, États- Unis, Canada… partout les chiffres de production sont en hausse.

L’ALIMENT BÉTAIL SOUTIENT LE MARCHÉ
À cette abondance de blé fourrager vient s’ajouter une très bonne récolte mondiale d’orge fourragère et des perspectives d’une récolte de maïs américaine bien meilleure qu’on ne le présageait au printemps dernier. Toute cette marchandise risque fort de créer un engorgement. Elle a très nettement pour effet de peser sur les cours. Heureusement, les perspectives mondiales d’utilisation des céréales par l’alimentation animale sont en progression. Le CIC prévoit une hausse de 8 millions de tonnes à 758 millions de tonnes toutes céréales grâce aux changements d’habitudes alimentaires, davantage basés sur la viande. L’utilisation du blé pour l’alimentation animale pourrait augmenter de 25 % cette année par rapport à l’an passé grâce à une meilleure compétitivité du blé par rapport au maïs. Pour satisfaire ce marché, tous les prévisionnistes s’attendent à de grosses importations de blé de la part de l’Union européenne en provenance notamment d’Ukraine, qui viendront directement concurrencer la France sur son propre terrain. « Depuis que Bruxelles a supprimé les droits de douane pour les céréales, l’Espagne et l’Italie se comportent comme des pays tiers. La préférence communautaire n’est plus de mise », met en garde Rémi Haquin, président du conseil « céréales » de l’office des grandes cultures (OniGC). Conséquence : l’Italie importe beaucoup en provenance de Bulgarie et Roumanie, alors que l’Espagne importe d’Ukraine.

RECONSTITUTION DES STOCKS
Que représente l’utilisation mondiale de blé par l’industrie ? Cela reste encore modeste à 18 millions de tonnes, mais ce chiffre progresse de 2millions de tonnes cette année en raison de l’ouverture de plusieurs usines dans le monde, notamment au Canada et par la suite en France. Quant aux besoins en alimentation humaine, ils sont eux aussi attendus en hausse de 1,2 % à 451 millions de tonnes. Malgré tout, les stocks mondiaux de blé 2008-2009 devraient se reconstituer.On a pu mesurer en 2007 à quel point ce sujet est sensible en termes géostratégiques. « Nous devrions revenir à un ratio — stock sur production — de 21 à 23 %, alors que nous étions descendus à 19 %, ce qui correspond au seuil d’alerte de la FAO, explique Patrice Germain, directeur général adjoint de l’OniGC. Pour autant, ce dernier souligne qu’il ne faut plus s’attendre à revenir à un ratio de 33 %. Ce temps-là est révolu », précise-t-il. Nous restons donc toujours sur le fil du rasoir.

DEVISES

La parité euro-dollar plus favorable aux exportations

Après avoir amorcé son redressement début août, le dollar confirme
sa bonne tenue alors qu’il était au plus bas de la mi-mars à la mi-juillet,
flirtant avec le seuil de 1,60 pour un 1 euro. Cette inversion de tendance
s’explique principalement par les inquiétudes sur la santé économique
de la zone euro, après une succession d’indices moroses sur les économies
allemande et française. L’euro devrait revenir vers 1,35 mi-2009,
soit le niveau d’août 2007. Selon les économistes de Reuters, le dollar
est entré dans une phase de reprise de long terme, après un cycle de
six ans de reflux. Cette situation va permettre de regagner de la compétitivité
par rapport aux céréales cotées en dollars, notamment des États-
Unis et d’Ukraine.

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