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Marché du frais
La filière pomme de terre récolte les dividendes de ses efforts de qualité

Malgré des difficultés conjoncturelles de la campagne en cours, la pomme de terre française peut se prévaloir d´une véritable notoriété sur les marchés extérieurs.


«Cette année, les volumes baissent. Par contre, à la satisfaction des opérateurs, les prix sont bons. En moyenne, ils ont augmenté de 15 %. »
Le début de la campagne de commercialisation des pommes de terre de consommation a pâti cette année des difficultés à l´arrachage (mauvaises conditions climatiques). Celles-ci se sont traduites par certains problèmes de qualité notamment en terme d´aspect. Comparée aux chiffres de l´an passé à la même époque, la consommation accuse pour l´instant un repli de 10 % sur le marché intérieur. « Les problèmes de qualité freinent les opérations de promotion et de mise en avant dans la grande distribution. Celles-ci permettent en général de faire du volume » poursuit Jean-Luc Gosselin, directeur du comité interprofessionnel (CNIPT(1)).
Mais les retards à l´arrachage et la qualité ne sont pas seuls en cause. « Cette année est particulière du fait de l´entrée en application de la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE).» Le fait que la promotion doive désormais faire l´objet d´accords interprofessionnels a pour effet « de geler l´animation », explique Jean-Luc Gosselin. « Il en résulte une absence de concurrence affichée alors que c´est une des conditions de stimulations des ventes. »
Il n´est bien sûr pas question de remettre en cause le bien-fondé de cette loi. Mais l´interprofession souhaite engager d´ici la prochaine campagne des discussions en son sein. « Nous devons travailler à un accord de sorte d´éviter la baisse du commerce », estime Jean-Luc Gosselin.
La pomme de terre reste un des aliments favori des Français
Ces difficultés conjoncturelles n´effacent pas le dynamisme de la filière française. Celui-ci est le résultat des importants efforts de qualité et de segmentation engagés depuis dix ans. « Notre particularité et principal atout réside aujourd´hui dans la prédominance des variétés de haute qualité gustative. Notre second point fort est l´invention française de la segmentation par les usages culinaires. » Ces atouts entretiennent le dynamisme de notre marché du frais et le protège partiellement des importations. Car nos voisins et concurrents européens « n´ont rien de mieux à offrir face à la diversité et à la qualité française ».
A l´exportation, la France tire parti de son avance
La pomme de terre reste un aliment favori des Français qui en consomment chaque année entre 35 et 40 kilos en produit frais et 27 kilos en produits transformés. La grande distribution s´est imposée comme le circuit de commercialisation dominant de la filière. De la moitié des tonnages il y a dix ans, elle en écoule aujourd´hui les trois quarts. Son rôle dans la segmentation de l´offre « à laquelle la filière a su répondre, faisant confiance à l´aval quant à l´analyse de la demande » est indéniable.
Dans ce circuit, la Bintje qui représentait 54 % des quantités vendues en 1992/93 ne compte plus, en 2000/01, que pour 20 %. Les variétés à chair ferme atteignent 28 % de part de marché et les variétés lavables se sont octroyées une progression spectaculaire. De 33 % en 1992/93, leur part de marché est passée à 52 %. Dans le même temps la taille moyenne des conditionnements a chuté au profit des emballages de 2,5 kilos et moins.
Hors de nos frontières, la qualité française s´est révélée une arme fort efficace pour gagner des débouchés qui ont décollé depuis 1998.
« Nous sortons de quatre années record pour les exportations qui ont dépassé le million de tonnes en 2001 », indique Jean-Luc Gosselin. Sur l´Espagne, l´Italie du sud et le Portugal, une partie du marché reste basique et contribue au dégagement de volumes importants. On y livre des pommes de terre en big bag qui sont reconditionnées sur place. Sur ces créneaux la concurrence est sévère avec les Hollandais ou les Allemands, et s´exerce avant tout sur les prix.
Mais, en Espagne notamment, on assiste à une évolution rapide vers des produits lavés et une segmentation de la gamme. Grâce à son avance, la France a acquis une position de force sur ces segments. Elle est également bien implantée sur le marché britannique et l´Italie du nord « où la demande est déjà très segmentée et correspond à des produits conditionnés en petits volumes. L´Italie du nord, en particulier, produit de faibles volumes mais de qualité remarquable. C´est un marché très stimulant pour tirer la qualité de l´offre française », témoigne Jean-Luc Gosselin.
Reste que dans un marché aussi ouvert que celui de la pomme de terre, la vigilance est de mise. « Malgré ces succès, nous ne sommes pas sur des positions acquises », remarque-t-il. Les chiffres à l´export pourraient d´ailleurs connaître un recul cette campagne. « Notre qualité est moins bonne dans un marché européen où, si elle a baissé d´environ 10 %, la production est mieux répartie. »
Mais la filière n´est pas endormie sur ses lauriers. Elle s´oriente vers la constitution de partenariats d´organisation avec les opérateurs étrangers pour consolider les succès de ces dernières années.

(1) Comité national interprofessionnel de la pomme de terre.

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