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CONTRACTUALISATION
La filière blé éthanol joue maintenant collectif

Après trois années difficiles, Orama, Coop de France et les coopératives céréalières engagées dans le blé éthanol voudraient désormais étendre l’approvisionnement à tous.

Mutualisation, tel est le nouveau mot d’ordre dans la filière céréalière pour assurer les approvisionnements en céréales des usines d’éthanol. « Notre objectif est de trouver des solutions pour pérenniser la filière malgré la volatilité des cours », justifie Philippe Pinta, président d’Orama. En clair, faire en sorte de répartir équitablement les bénéfices — ou les pertes — entre les industriels, les organismes stockeurs (OS) et les agriculteurs, alors qu’ils ont investi ensemble un milliard d’euros dans de nouveaux outils industriels.

Alors que le dispositif n’a pas été annoncé officiellement à l’heure où nous bouclons, le principe serait de mettre au point un accord interprofessionnel sur les céréales (le blé, le maïs et à terme l’orge qui est testée dans certaines usines) destinées à l’éthanol sous l’égide d’Intercéréales, l’interprofession des céréales. Cet accord serait étendu par arrêté à tous les acteurs de la filière.Dans ce schéma, tous devraient donc livrer des céréales pour le marché de l’éthanol, à hauteur de 2 ou 3 %. S’ils n’en livrent pas, un système de pénalité est envisagé, par exemple sous forme de contribution volontaire obligatoire (CVO). Par ailleurs, pour les OS qui souhaitent dissocier le prix du blé éthanol du prix moyen, un contrat cadre va être signé sur les bases de l’accord interprofessionnel, décrivant les engagements contractuels pluriannuels de chacun.

CHANGEMENT RADICAL

Une telle approche, s’il elle aboutissait, serait un changement radical d’organisation de cette filière aujourd’hui entièrement privée. En 2006, une fois les agréments annoncés par le gouvernement, l’esprit n’était pas à la mutualisation de l’approvisionnement. Certains OS intéressés n’y ont d’ailleurs pas eu accès. « Le blé éthanol, c’était la poule aux oeufs d’or », se souvient Rémi Haquin, président de Valfrance et de la commission céréales de FranceAgriMer. Un nombre limité de coops est entré dans le capital financier de Lillebonne et de Bazancourt, aux côtés des sucreries Tereos ou Cristal Union. Elles se sont engagées à fournir une part de leur livraison, pour certaines de façon déraisonnable — au-delà de 10 % de leur collecte ! — sur plus de dix ans.

Aujourd’hui, les tensions sont parfois vives. Le directeur de Cohésis a exprimé dans la presse sa volonté de rompre ses engagements dans Bazancourt. Mais il n’est pas le seul. « On ne pourra pas continuer longtemps à perdre de l’argent. L’usine m’a acheté le blé 88 euros la tonne et je l’ai payé 130 euros/tonne aux agriculteurs » expliquait un responsable de coopérative. Dans Cristanol, le prix du blé (et de la betterave) sont la variable d’ajustement pour équilibrer les comptes. « L’usine n’a fonctionné que quatre mois au plus fort de la crise économique. L’éthanol n’a pas eu la valeur de marché espéré », répond Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union. Il n’est pas évident qu’un accord interprofessionnel étendu voit le jour. Ce dernier demande la validation de l’État, notamment de la DGCCRF(1) qui voit d’un mauvais oeil de tels dispositifs. Parallèmement, la filière travaille à la mise au point d’un contrat type à la disposition des coopératives fournissant les éthanoliers. « Pour qu’il y ait une extension sur une base volontaire, il faut que le contrat soit attrayant pour les agriculteurs », souligne-t-on à Orama. « Ma coopérative Valfrance est engagée avec l’usine de Lillebonne, explique Rémi Haquin. Ma crainte est qu’au bout des cinq ans de contrat, les agriculteurs ne veuillent plus contractualiser. Pourtant, les usines sont là et il faudra les alimenter pendant au moins quinze ans. Pour les motiver, il faut qu’il y ait une garantie sur les prix et une harmonisation des systèmes d’achat et de rémunération d’une usine à l’autre. »

GARANTIR LES PRIX

Avec un tel dispositif, l’agriculteur ne serait plus engagé en son nom mais au travers de sa coopérative, et un système de lissage des prix d’achat de la céréale limiterait le risque pour les producteurs. La rémunération du blé éthanol ne pourra pas descendre en dessous d’un certain pourcentage du prix de marché. En face, les éthanoliers auraient la garantie de pouvoir s’approvionner à un coût qui ne se déconnectera pas de leur coût de revient. Pour eux, l’enjeu est de taille car le prix de la matière agricole représente la moitié du coût de production du litre d’éthanol.

Dans le monde agricole, la mutualisation ne fait pas l’unanimité.Très vite, les critiques ont fusé. Ainsi, la Confédération paysanne considère qu’il s’agit « de faire supporter à l’ensemble des producteurs les conséquences de choix politiques inappropriés ». Il est vrai que le démarrage s’est fait dans la douleur. Lorsque les premières usines entrent en fonction en 2007, la flambée des prix des matières premières agricoles vient tout chambouler. Les agriculteurs ne sont pas très enclins à vendre leur blé jusqu’à 100 euros de moins que sur le marché de l’alimentaire. Aujourd’hui, le cours du blé est baissier alors que celui de l’éthanol est haussier. « Mais l’Europe se trouve en surcapacité de production d’éthanol par rapport à la demande, ce qui pèse sur les cours, tempère Bernard Chaud, directeur des projets biocarburants chez Tereos. Notre enjeu est de réussir à payer convenablement le producteur de matières premières, blé ou betterave, tout en étant compétitif. » Les betteraviers avaient su, en leur temps, taper du poing sur la table pour être correctement rémunérés.

(1) Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Le contexte a changé Par rapport à 2006, au moment du lancement de la filière biéthanol en France, le contexte politique, économique et social a subi des bouleversements.

LE PRIX DU BLÉ était stable, autour de 100 euros la tonne depuis plusieurs années au moment du montage de la filière. Il s’est envolé juste au moment où les usines ont commencé à fonctionner. Il est aujourd’hui redescendu très bas. Ces fortes fluctuations fragilisent la filière.

LA PRÉSENCE DES JACHÈRES sécurisait la production des cultures destinées aux biocarburants car celles-ci permettaient une valorisation des surfaces en gel.

L’AIDE AUX CULTURES ÉNERGÉTIQUES (ACE) de 45 euros par hectare est supprimée depuis cette année. LE PRIX DE L’ÉTHANOL EUROPÉEN— correspondant peu ou prou au prix de l’éthanol brésilien + droits de douane + frais de transport — a commencé sa progression en décalage par rapport au prix du blé, provoquant un effet de ciseaux plombant la rentabilité des usines. Après une forte chute de juillet 2008 à avril 2009, le cours reprend une tendance haussière.

LES POLÉMIQUES SUR LES BIOCARBURANTS se sont multipliées depuis 2007. On accuse ceux-ci d’être la cause de l’envolée des prix, de provoquer la déforestation dans les pays du Sud, de ne pas être aussi propres que certaines études officielles veulent bien le dire. Les grandes organisations telles que le FMI, l’OCDE et la FAO ont même émis des doutes, voire des critiques. Une seconde étude de l’Ademe va bientôt être publiée mais elle fait déjà l’objet de polémiques.Alors que les pouvoirs publics étaient totalement acquis à la cause des biocarburants en 2006, la prudence est aujourd’hui de mise. L’énergie propre « tendance » est aujourd’hui l’électrique (donc le nucléaire).

CE QUI EST RESTÉ STABLE, ce sont les objectifs de production affichés par Bruxelles et Paris.Une directive européenne impose un taux d’incorporation de biocarburant de 5,75 % dans les carburants à l’horizon 2010 et l’État français va plus loin en se fixant 7 % pour la même date, puis 10 % pour 2015.

N. O.

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