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Interview de Michel Portier, directeur d'Agritel
« Il y aura un avant et un après juin 2007 »

Les cours se sont tassés mais la volatilité ne va pas disparaître. Michel Portier, directeur d’Agritel, nous livre son analyse à la veille de la nouvelle campagne.

Quels enseignements tirer de la campagne qui s’achève ?

Michel Portier - Avant juin 2007, les fondamentaux de l’offre et de la demande orientaient à 90 % les marchés céréaliers. Depuis, analyser la tendance nécessite de regarder aussi de nombreux marchés périphériques comme celui des actions, le cours du pétrole, les taux d’intérêts… auxquels réagissent les fonds d’investissement.

Pourquoi ?

M.P. - Cette campagne a inauguré l’arrivée de certains fonds sur le marché à terme parisien, impulsée par la crise financière : ces fonds se sont détournés des marchés d’actions et ont réalloué leurs actifs sur les matières premières, notamment agricoles. Auparavant, ils opéraient principalement sur les marchés à terme américains. Pour la première fois de manière significative, ils sont venus aussi sur Euronext. Leur présence à la fois à Chicago et à Paris a enclenché la corrélation entre les deux places. En Europe, le marché n’avait jamais évolué de façon aussi réactive aux aléas du marché mondial. La tension sur les stocks explique la hausse des cours jusqu’à 180-190 euros la tonne. L’amplitude jusqu’à 280-300 euros est le résultat d’opérations plus ou moins spéculatives.

Chicago et Paris resteront-ils aussi corrélés ?

M. P. - En toute logique, les cours devraient aujourd’hui être plus bas en Europe qu’aux États- Unis. Les Américains n’ont jamais eu de stocks aussi faibles alors que la France et l’Union européenne terminent la campagne avec des stocks de blé et de maïs plutôt conséquents à la fin d’une telle campagne. Le marché européen continue de bénéficier d’une prime liée à l’incertitude de la moisson d’environ 15 euros/tonne. Si la future récolte tient ses promesses en Europe et surtout dans le pourtour de la mer Noire, on peut s’attendre à une pression baissière. Car Bruxelles n’a pas rétabli les contingents d’importation sur les blés de basse et moyenne qualité.

Les marchés peuvent-ils redevenir moins volatils ?

M. P. - La détente des cours a été nette mais la volatilité restera forte. Même avec une récolte record, les stocks mondiaux resteront tendus. Cette tension est à elle seule source de volatilité et elle va entretenir l’intérêt des fonds. Une amplitude de 40 euros la tonne sur un an sera celle d’une campagne calme. Une campagne « sportive » ressemblera à celle que l’on vient de vivre avec un variabilité de 200 euros/tonne. Avant juin 2007, en présence d’une amplitude de 20 euros/tonne sur un an, on parlait d’une campagne chahutée !

Comment faut-il vendre ses céréales dans ce nouveau contexte ?

M. P. - Un marché devenu volatile où des facteurs extérieurs aux fondamentaux influent de plus en plus rend les anticipations plus complexes. Opter entre prix ferme et prix moyen de campagne dépend du temps et des moyens, y compris financiers, qu’on se donne pour arbitrer les risques de prix. Dans ce contexte, vendre toute sa récolte à prix ferme en cours de campagne sans stratégie de couverture pour étaler ses ventes et marquer des prix revient à faire de la spéculation à l’aveugle.Vendre au prix de campagne consiste à confier cette gestion au trader de sa coopérative. Ce mode de commercialisation reste pertinent surtout lorsque les coopératives l’ont amélioré avec, par exemple, la possibilité d’acheter des options d’achats pour profiter de hausses ultérieures.

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