Aller au contenu principal
Font Size

agriculture de conservation
Gagner en potentiel agronomique, c'est possible

Grâce au non labour et à une implantation massive de couverts en interculture et dans la culture, Frédéric Thomas a augmenté le potentiel agronomique de ses terres de Sologne.

Qui n'a pas déjà assisté à l'une des conférences de Frédéric Thomas sur l'agriculture de conservation ? S'il répond patiemment aux nombreuses questions très techniques de ses confrères agriculteurs, c'est qu'il sait de quoi il parle. Alors qu'il habite dans le Finistère, Frédéric Thomas a repris la ferme de son père en Sologne en 1996. Comme les sols typiques de cette région, la terre sableuse et le sous-sol argileux impénétrable ont tendance à se prendre en masse l'été avec la sécheresse et à devenir hydromorphe l'hiver.

D'après les données régionales, la réserve utile n'y dépasse guère les 25 millimètres et le taux de matière organique ne franchit pas les 1 %. Quinze ans plus tard, l'agriculteur a réussi, selon lui, a augmenté la réserve utile à 150- 200 millimètres. La preuve, cette année, il a récolté sans l'aide de l'irrigation 375 quintaux de maïs sur quatre hectares, des dégâts de gibier et sangliers ayant détruit une partie de la parcelle pour 25 quintaux. « Je n'aurai jamais pensé atteindre les 100 quintaux/hectare sur ces terres-là, s'étonne-t-il. Tout au plus, je tablais sur 80 quintaux au maximum.Mais depuis quelques années, cet objectif est souvent dépassé. »

DES DÉBUTS DIFFICILES

Frédéric Thomas explique cette performance par plusieurs années de pratique de l'agriculture de conservation, technique qu'il s'est employé à divulguer à travers l'association Base qu'il a créée en 2001. Le Solognot s'est en fait nourri de ses expériences vécues et des contacts permanents qu'il a maintenus aux États- Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande où se pratique la technique sans labour. Le semis direct a donc remplacé la charrue. Le maïs est semé avec un monograine Gaspardo. Un apport massif de matière organique est réalisé à raison de 30 tonnes de compost tous les trois ans. Et les premiers couverts végétaux ont été semés en 2003 en s'inspirant des travaux du brésilien Adenio Calegori qu'il avait étudié alors qu'il était étudiant à Agro- ParisTech. « Leur implantation a été difficile, souligne-t-il. La première année, j'ai obtenu tout au plus quelques centaines de kilos de matière sèche à l'hectare. »

Au fil des années, la productivité des couverts progresse. Elle se situe à 4-5 tonnes de matière sèche par hectare en 2004 avec un mélange de tournesol, lupin, et moutarde. L'année suivante, le couvert a même produit 5,8 tonnes de matière sèche par hectare avec 160 unités d'azote dans les parties aériennes, le reliquat étant de 38 kilos d'azote. « Même en 2007, où les conditions d'implantation en juillet ont été difficiles avec la sécheresse, nous avons réussi à obtenir en trois mois une certaine quantité de biomasse avec un mélange de petits pois et cameline », se souvient-il.

ASSOCIATIONS D'ESPÈCES

C'est à partir de 2006 que l'agriculteur teste le semis sous couvert, suite aux travaux effectués par un agriculteur américain, Steven Graff, en partenariat avec l'association américaine Sare(1) qui lance dans les associations d'espèces. « Avec le colza associé à un mélange de lentilles, tournesol, pois, soja, vesce et sarrasin (récolte vesce + colza), je n'ai pas eu besoin de désherber en 2011. Cette pratique présente aussi un énorme avantage : en cas de fortes chaleurs, le couvert permet de conserver une fraîcheur près du sol. Or au-delà de 38 °C, les racines ne peuvent plus puiser l'eau. » Autre intérêt : en semant du blé et de la vesce dans des repousses de colza, il n'est pas nécessaire de traiter les limaces même si elles sont en abondance. Les limaces colonisent d'abord le colza, ce qui laisse le temps à la vesce et au blé de se développer.
Il faut le reconnaître : la réussite n'est cependant pas toujours au rendez-vous. En 2006, avec la chaleur, la féverole est complètement grillé en juin. La parcelle se salit. « Ce n'était qu'un champ de chénopodes et de matricaires, note l'agriculteur. Nous avons alors implanté un nouveau mélange et semé l'orge sans détruire le couvert. »

La réduction des produits phytosanitaires est évidemment l'un des objectifs de Frédéric Thomas. « Mais je ne suis pas un 'antitout'. L'agriculteur doit gérer en permanence des compromis. S'il est nécessaire de travailler le sol, nous le ferons. L'application d'un antilimace est devenue rare sur l'exploitation depuis que nous pratiquons les cultures associées.Mais en 2007, la pression était trop forte, nous avons dû traiter.»

ENCORE DES MARGES DE PROGRÈS

Après quatorze ans de pratique, Frédéric Thomas estime que la structure du sol s'est améliorée moins vite qu'il ne le pensait. En revanche, la capacité des racines à puiser en profondeur a fortement progressé. Mais beaucoup de questions restent en suspens. « Avons-nous encore de nouveaux couverts à découvrir ? Faut-il apporter de la magnésie dans un sol où elle est abondante en surface, naturellement riche en profondeur, mais absente dans les 10 à 25 centimètres du sol ? Comment localiser la fertilisation sur le rang quand on réalise un semis sous couvert ? », se demande-til. Frédéric Thomas compte aujourd'hui sur les chercheurs pour développer ses connaissances, comprendre le système pour encore l'améliorer.

Mieux coloniser le sol, c'est mieux valoriser l'eau

Au-delà du développement de la biomasse en surface, les couverts jouent un rôle prépondérant sur l'exploration des racines en profondeur. Celles-ci arrivent à franchir la couche d'argile imperméable. Les profils culturaux indiquent que les racines colonisent désormais plus d'un mètre, voire 1,50 mètre de profondeur, alors qu'elles étaient arrêtées à quelques dizaines de centimètres il y a quinze ans. « L'eau contenue dans les interstices argileux est maintenant pompée par les racines grâce aux galeries tracées par les vers de terre, explique Frédéric Thomas. Grâce à cette amélioration du fonctionnement racinaire, je suis de plus en plus convaincu que l'irrigation sur l'exploitation n'est pas nécessaire. »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Grandes Cultures

Les plus lus

Récolte dans le nord de l'Eure-et-Loir. Le rendement national moyen de blé tendre est estimé à 6,83 t/ha par le cabinet Agritel, en baisse de près de 8 % par rapport à la moyenne olympique. © G. Omnès
Moisson 2020 : une récolte de blé française sous les 30 millions de tonnes
Les spécialistes du marché des céréales continuent de réviser leurs chiffres de récolte de blé tendre à la baisse. La production…
La collecte chute de 20 % en blé tendre et en orge d'hiver par rapport à la moyenne décennale à la coopérative Ile-de-France Sud. © Gutner archives
Moisson 2020 : le grand écart du rendement en Ile-de-France comme ailleurs
La récolte des orges d’hiver, colza et blé tendre a rendu son verdict en Ile-de-France : des résultats très hétérogènes avec…
Pour la CGB, la propagation du virus de la jaunisse ampute la production française de sucre de 600 000 à 800 000 tonnes. © CGB
Crise de la betterave: les élus régionaux montent au créneau
L’impact de l’épidémie de jaunisse sur betterave s’amplifie devant l’absence de solution technique autorisée. Les Régions…
Nouveau silo de Biocer dans l'Eure. Avec une collecte qui double tous les cinq ans, les organismes économiques doivent adapter leur infrastructure de stockage et de tri. © Biocer
Agriculture biologique : les céréales bio face au défi de la massification
La dynamique de croissance forte et régulière enclenchée depuis trois ans pour les céréales bio confronte la filière à de…
Aymeric et Margot Ferté, Gilles Lancelin, Romaric Paucellier : trois expériences du bio en grandes cultures. © DR/C. Baudart
Bio en grandes cultures : la nouvelle génération de convertis bouge les lignes
Une exploitation de grandes cultures qui passe en bio ? C’est désormais banal. Partout, des conversions s’engagent, souvent par…
Jaunisse sur betterave
Crise/betteraves : le gouvernement ouvre la porte à l'usage dérogatoire des néonicotinoïdes
Le ministère de l'Agriculture annonce qu'il fera une proposition législative pour permettre d'utiliser des traitements de…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
Moins de 8.50€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures