Fongicides blé : quels produits pour combiner efficacité et faible risque de résistance ?
Dans la diversité des fongicides qui subsiste sur blé, le recours à des produits contenant des molécules indemnes de résistance chez la septoriose (biocontrôle, folpel, fenpicoxamide) ou des rouilles (strobilurines) est à privilégier. Un moyen de faire durer l’efficacité des fongicides sur blé.
Malgré la faible présence de maladie dans une majeure partie du territoire sur blé, l’année 2025 a permis de tester des combinaisons de fongicides au stade dernière feuille étalée (DFE) avec infestation en septoriose et/ou rouille brune. « Dans notre réseau d’essais Performance, le traitement unique à DFE permettait de gagner 11 q/ha en moyenne par rapport au témoin non traité dans les situations infestées en septoriose et 10 q/ha dans les essais avec forte présence de rouille brune », souligne Jérôme Thibierge, responsable de la lutte contre les maladies des céréales à Arvalis.
Revystar XL (fluxapyroxade + méfentrifluconazole), Elatus Era (prothioconazole + benzovindiflupyr), Univoq (fenpicoxamide + prothioconazole) … diverses solutions sont comparables en traitement unique à DFE. « Dans des situations à un seul traitement à DFE, la fenpicoxamide montre une efficacité supérieure au prothioconazole, associée à la même molécule SDHI, remarque Jérôme Thibierge. Le prothioconazole est confronté à de la résistance de la septoriose, ce qui n’est pas le cas pour la fenpicoxamide jusqu’à présent. » Cette dernière molécule se doit d’être toujours associée à un autre fongicide pour la préserver des résistances.
Dans le regroupement de 19 essais avec septoriose (35 % d’infestation dans les témoins), le programme fongicide Univoq 1 l à traitement T1 (2 nœuds à dernière feuille pointante) et Revystar XL 0,9 l à T2 (DFE) se montre nettement plus performant que des programmes à un seul traitement T2. À noter que l’utilisation de Sesto (folpel) en T1 et en T2 associé à une spécialité fait gagner en efficacité sur septoriose. Le folpel fait partie des rares molécules pour lesquelles il n’a pas été décelé de résistance de la septoriose.
Des solutions de biocontrôle à la hauteur en T1 contre la septoriose
2025 n’était pas une année à sortir son pulvé dehors pour faire un traitement précoce T1 sur blé, contrairement à 2024. Des essais ont été réalisés malgré tout sur ce créneau, confirmant l’intérêt d’utiliser des solutions de biocontrôle à base de soufre et/ou de phosphanate de potassium. « Dans des contextes de septoriose en début de cycle, nous encourageons l’utilisation de ce type de produits car ils ne sélectionnent pas de souches résistantes du pathogène, souligne Jérôme Thibierge. L’utilisation de soufre a été performante cette année dans un essai spécifique en comparaison avec le triazole de référence en T1 (metconazole, Juventus). » En regroupement pluriannuel d’essais, soufre et phosphonate sont au moins aussi performants que le triazole en T1. Quand ces molécules sont associées ensemble (comme dans Aquicine Duo), on gagne quelques points d’efficacité.
Mettre une strobilurine dans le programme contre la rouille brune
Des essais infestés en rouille brune ont permis de bien mesurer l’efficacité des fongicides. « On traite bien cette maladie pour pas cher », note Raphaël Raverdy, Arvalis Champagne-Ardennes, à condition de ne pas se faire surprendre par cette maladie explosive. « L’apport de Comet 200 (pyraclostrobine) mélangé à Revystar XL est bien mesurable par rapport à Revystar XL seul avec un gain moyen de 7 % d’efficacité et de 2,4 q/ha en rendement sur un regroupement de six essais de 2021 à 2025 », observe Jérôme Thibierge. Il en est de même pour Quibilium (pyraclostrobine) associé à Kardix (bixafène + fluopyram + prothioconazole), comparé à Kardix seul. Les strobilurines comme la pyraclostrobine confirment leur utilité pour lutter contre la rouille brune.
La rouille jaune a pu être bien présente localement, comme dans l’ex-région Poitou Charentes en 2025. Un produit comme Elatus Era contrôle bien la maladie, de même que Maxentis (prothioconazole + azoxystrobine), Revystar XL…
Des mélanges interdits à compter du 1er mai 2026
Deux molécules fongicides, la fenpropidine et la pyraclostrobine (Comet 200…), ont fait l’objet de modifications réglementaires dans leurs usages à cause de l’ajout d’une ou plusieurs phrases de risques. En conséquence, certains mélanges deviendront interdits à compter du 1er mai 2026 : Juventus + Comet 200, Librax + Comet 200, Texas + Lybro… En revanche des autorisations de mise en marché ont été obtenues pour d’autres mélange avec l’une ou l’autre de ces molécules : Comet 200 + Zoom, Revystar XL + Comet 200, Revystar XL + Priaxor EC.