Fertilisation : cinq conseils pour bien réaliser ses reliquats azotés sortie hiver
Alors que les agriculteurs démarrent les prélèvements de terre destinés à mesurer les reliquats azotés en sortie d’hiver, il est utile de rappeler les bonnes pratiques et règles en la matière.
Alors que les agriculteurs démarrent les prélèvements de terre destinés à mesurer les reliquats azotés en sortie d’hiver, il est utile de rappeler les bonnes pratiques et règles en la matière.
Avant de s’armer d’une tarière pour sillonner les parcelles en quête d’un emplacement où effectuer les prélèvements de terre pour la réalisation des reliquats azotés sortie hiver, un peu de méthodologie s’avère indispensable. Ne serait que pour être en phase avec la réglementation.
Effectuer le prélèvement de sol dans les règles de l’art pour mesurer ses reliquats azotés
Choisir la zone la plus homogène de sa parcelle
« Le prélèvement doit être réalisé au sein de la plus grande zone homogène de la parcelle, dans un cercle de 20 à 30 mètres de diamètre, explique Arvalis. Il faut au minimum 14 carottages élémentaires pour constituer un échantillon représentatif. Attention, un prélèvement sur toute la diagonale de la parcelle n’est généralement pas satisfaisant, surtout dans le cas d’une parcelle de profondeur de sol hétérogène. »
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Etiqueté chaque échantillon prélevé
Chaque échantillon collecté doit en outre être étiqueté en fonction de l’horizon de terre d’où provient le prélèvement : 30, 60 ou encore 90 centimètres, correspondant au premier, deuxième et troisième horizons. Pour faciliter l’opération, il peut être opportun d’utiliser plusieurs récipients, uniquement destinés à cet effet, pour recueillir chaque prélèvement et éviter ainsi de mélanger les échantillons.
Bien s'organiser pour envoyer son prélèvement de sol pour ses reliquats azotés
Maintenir les prélèvements au frais
Un autre outil indispensable à préparer avant d’aller à la parcelle est le contenant réfrigéré, pour maintenir les prélèvements au frais. Il peut s’agir d’une glacière isotherme, avec un pain de glace. Cette mesure de précaution est indispensable pour éviter que la minéralisation du sol ne reprenne, dans l’attente de l’envoi des prélèvements.
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Cette action est parfois menée de manière collective par différents organismes professionnels agricoles mais peut également être à la charge des agriculteurs. Des précautions pour éviter une pollution des échantillons doivent dans tous les cas être de rigueur.
Ne pas faire l’impasse sur le troisième horizon de prélèvement
Effectuer une prélèvement suffisamment profond pour respecter la directive nitrates
« L’une des erreurs les plus fréquemment observées est de ne pas prélever suffisamment en profondeur, au niveau du troisième horizon », pointe Jean-Baptiste Gratecap, conseiller spécialisé à la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir. Même s’il peut être difficile d’enfoncer la tarière, notamment dans certaines terres, un prélèvement dans le troisième horizon peut relever, selon les situations, d’une exigence réglementaire de la directive nitrates.
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Recueillir des informations précieuses sur la quantité d'azote
Outre cet aspect réglementaire, un prélèvement d’échantillon de terre dans le troisième horizon apporte des informations précieuses sur la quantité d’azote en profondeur. « Il est nécessaire de prélever toute la profondeur prospectée par les racines, poursuit l’ingénieur. Dans un sol profond, les racines descendent jusqu’à 90 cm et utilisent l’azote présent. En 2022, on retrouvait plus de 20 kg d’azote en moyenne dans le troisième horizon : l’azote en profondeur n’est pas un « bonus » mais des économies d’engrais souvent non négligeables surtout dans un contexte de prix élevé de l’azote ».
En cas de besoin, pour faciliter un prélèvement en profondeur, d’autres techniques que la tarière peuvent être utilisées, moyennant un surcoût, comme les prestations au quad.
Utiliser les reliquats pour ajuster au mieux les apports d’azote
Déterminer la dose d'azote à apporter en utilisant la méthode du bilan
C’est l’un des objectifs des reliquats azotés en sortie d’hiver : s’intégrer à la méthode des bilans pour déterminer la dose d’azote à apporter en fonction des résidus contenus dans le sol. Une démarche qui répond à la fois à des enjeux environnementaux mais aussi économiques, car elle influe sur la stratégie de fertilisation azotée mise en place par les agriculteurs. Le calcul de dose d’azote à apporter est ensuite intégré au plan prévisionnel de fumure azotée, obligatoire en zone vulnérable.
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Eviter de surfertiliser les céréales
La mesure des reliquats azotés en sortie d’hiver permet aussi d’éviter de surfertiliser. Un excès d’apports azotés peut en effet avoir des conséquences néfastes pour les céréales. Parmi les risques, il peut s’agir d’une « mauvaise efficience des engrais apportés au tallage en favorisant l’absorption d’azote par des organes non productifs (talles secondaires et tertiaires), augmentant le risque de verse en favorisant l’allongement des entre-nœuds », d’après Arvalis.
Se renseigner sur la réglementation nitrates
Respecter la réglementation propre aux zones vulnérables
Selon la situation géographique de l’exploitation agricole, certaines règles notamment liées à la directive nitrates peuvent influer sur le nombre de reliquats azotés à effectuer. Être en zone vulnérable ou en zone d’actions renforcées peut induire des analyses supplémentaires. L’homogénéité ou non des parcelles est également un critère à prendre en compte. « Une analyse de reliquats azotés peut être extrapolée aux autres parcelles de l'exploitation ayant une même culture, un même précédent et une même profondeur de sol », spécifie la chambre d’agriculture de Normandie.
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Le mieux est donc, avant de se lancer dans les prélèvements de terre, de se référer aux notices techniques réglementaires pour prendre connaissance des éventuelles subtilités d’un territoire donné. Les règles de la directive nitrates ont également des conséquences sur la manière de prélever les échantillons de terre.