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Débat
Faut-il créer des retenues d’eau de substitution en irrigation

Le principe des réserves de substitution est de pomper de l’eau des rivières ou des nappes en hiver pour la stocker jusqu’à l’été. Les autorisations de création seront bientôt collectives en se basant sur un volume prélevable par bassin versant. L'avis de Daniel Martin, président d’AGPM Irrigants et de Bernard Rousseau, président du réseau « eau » de France Nature Environnement.

Daniel Martin, président d’AGPM Irrigants.

POUR - L’ENJEU POUR LES AGRICULTEURS EST DE SÉCURISER LEUR APPROVISIONNEMENT EN EAU.Or, certaines années, les volumes prélevables sont insuffisants en été mais largement disponibles en hiver. Ces réserves permettent de réduire l’impact sur l’environnement puisqu’on a moins besoin de prélever quand les niveaux sont au plus bas. On peutmême y voir un moyen de régulation de débit. Au moment de l’étiage, ces volumes d’eau stockée pourraient réapprovisionner les cours d’eau afin d’être disponibles pour d’autres usages que l’agriculture. Certains rétorquent que la qualité est dégradée. Mais ne vaut-il pas mieux une eau dont les caractéristiques ont été modifiées que pas d’eau du tout ? ÉVIDEMMENT, LES PRÉLÈVEMENTS EN HIVER DOIVENT RÉPONDRE À DES RÈGLES TRÈS STRICTES avec des seuils adaptés et permettant de réduire l’impact sur le milieu, comme c’est déjà le cas en été. Les irrigants sont de plus en plus vigilants sur leurs pratiques et la gestion d’un quota annuel y contribue. NOUS SOMMES TOUT A FAIT CONSCIENTS QU’IL FAUT DONNER LA PRIORITÉ AU DIALOGUE. L’obligation de concevoir des projets collectifs de réserves, telle que le prévoit le prochain décret, sera une avancée à condition de garantir le partage de la gestion de l’eau et de se définir des objectifs communs compatibles avec une activité économique.

 


 

Bernard Rousseau, président du réseau « eau » de France Nature Environnement.

CONTRE - LA RETENUE DE SUBSTITUTION EST UN ÉLÉMENT DE PLUS DANS LE MOUVEMENT D’ARTIFICIALISATION DU MILIEU. Dire que l’on protège le milieu en prélevant l’hiver pour moins prélever l’été est un argument qui ne tient pas. L’objectif est en fait de se donner les moyens de poursuivre, voire de renforcer l’irrigation dans les zones de répartition des eaux, c’est-à-dire à fort déficit hydrique. Le but est de toujours chercher à aller à la limite du système dans une logique d’agriculture intensive. Ceci est d’autant plus scandaleux que les retenues de substitution sont subventionnées à 70 %. Il serait justifié que les agriculteurs soient soumis à certains dispositifs contraignants, comme la règle de compensation des zones humides ou des 80 % maximum de prélèvement sur les réserves. Or ils s’y opposent. Quant à l’argument de réintroduire l’eau des retenues dans le milieu, celle-ci est eutrophisée et trop chaude et pourrait dégrader la qualité de l’eau des rivières et des nappes. LA GESTION PAR PROJETS COLLECTIFS peut permettre d’éviter de grosses erreurs, mais sous prétexte d’efficacité, cela ajoute des acteurs intermédiaires qui ont un intérêt financier à faire aboutir les projets. Enfin, on peut se demander comment vont vieillir les géomenbranes qui couvrent le fond des retenues. Personne n’a d’expérience là-dessus.

 

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