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En chiffres
En Bourgogne, le soja retrouve de l’intérêt

Le soja français profite de sa qualité et de sa certification non OGM pour revenir sur le marché. En favorisant les débouchés français d’alimentation animale, la culture repart à la conquête des parcelles de l’Est de la France.

Qui dit : « pas de soja français », dit : « importation ». C’est ce que les transformateurs français ont longtemps pratiqué. Pourtant, en Bourgogne, la filière du soja français reprend du poil de la bête. La qualité et le caractère non OGM valorisent la production française et dynamisent la filière, endormie depuis quelques années. Les coopératives et transformateurs surfent sur la vague des circuits courts. Comme l’illustre l’usine d’extrusion Extrusel, basée à Chalon-sur-Saône. « Les sojas que nous transformons sont produits dans un rayon de 100 kilomètres et sont vendus à des fabricants d’aliments de la région", explique Michel Duvernois, directeur de l’usine Extrusel. L’outil de transformation permet à l’ensemble de la filière de valoriser les spécificités du soja français. Avec la garantie d’un tourteau de soja non OGM et une qualité optimale, le soja français trouve sa place sur les marchés locaux. « Nos tourteaux sont plus secs, plus riches en protéines et garantis sans OGM et restent au prix du marché », souligne le directeur. Et c’est dans l’air du temps, la demande des fabricants d’aliments se fait sentir. En 2016, Extrusel a transformé 30 000 tonnes de soja, contre 20 000 tonnes l’année précédente. D’ailleurs, une troisième chaîne de trituration a vu le jour en 2012 et n’est réservée qu’au soja. Cependant, la filière reste prudente, elle n’espère triturer que 2 000 tonnes de soja supplémentaires l’année prochaine. À l’échelle nationale, les ambitions sont plus prononcées. La filière souhaite atteindre les 250 000 hectares de soja en 2025 contre 140 000 à ce jour(1). L’ensemble des acteurs travaillent à un cahier des charges afin de valoriser au mieux le soja français. Parmi les critères, l’origine France et des produits non OGM certifiés, la traçabilité de la graine ou encore le respect des bonnes pratiques culturales, sanitaires et environnementales.

Vers une filière pérenne avec le tourteau de soja 

Cet engouement est très récent. Auparavant, la filière soja était au ralenti. Boudé par les fabricants, car trop cher et mal valorisé, le soja français avait déserté les rotations de culture. « Sans débouchés, il est inutile de produire ", avance Lionel Borey, agriculteur à deux pas de Chalon-sur-Saône. L’outil de transformation Extrusel a vu le jour en 1988 et depuis, la trituration de soja a connu de beaux jours, lorsqu’on a imaginé incorporer 20 % d’huile végétale dans les carburants, et de moins beaux, faute de valorisation ou de compétitivité… jusqu’à imaginer l’arrêt de la trituration de soja à Chalon-sur-Saône. « C’est mauvais pour une filière d’avoir une production variable, estime Michel Duvernois. Ce n’est pas rassurant ni pour le producteur ni pour le transformateur. Il faut que toute la filière soit sûre d’être approvisionnée. » L’urgence était de trouver un débouché pérenne. L’engouement des produits français issus de circuits courts était une aubaine à saisir. « Aujourd’hui notre produit principal est le tourteau de soja. L’huile est devenue notre coproduit », raconte-t-il. Et c’est plutôt réussi, car le transformateur espère pouvoir produire des tourteaux pour les pays voisins en 2018. Attention tout de même à ne pas se frotter aux concurrents. « Le long du Danube et en Italie, des agriculteurs cultivent également du soja non OGM et de bonne qualité mais en petite quantité, prévient le directeur d’Extrusel. La demande est loin d’être saturée. »

Une prime non OGM de 70 à 80 euros la tonne

Le transformateur n’est pas le seul à y trouver son compte. De nombreux agriculteurs de la région, un millier environ, ont réintroduit du soja dans leur rotation. C'est le cas de Lionel Borey et son associé Christophe Berger, SCEA du Lac. En 2012, ils ont commencé à cultiver du soja sur leurs parcelles pour arriver à une quarantaine d’hectares prévus cette année. « Nous établissons des contrats annuels avec notre coopérative, Bourgogne du Sud, explique Lionel Borey. Nous engageons les surfaces au moment des semis. La rémunération est basée sur un prix de soja moyen de campagne auquel une prime non OGM de 70 à 80 euros la tonne est ajoutée. Sans cette prime, notre soja ne serait pas valorisé. Selon la qualité de la graine livrée, nous pouvons bénéficier d’une prime supplémentaire. » Le taux de protéines des graines livrées doit être supérieur à 49 % et l’humidité ne doit pas dépasser 3 %.

Une bonne tête de rotation sans besoin d'azote

Côté culture, le soja présente de nombreux atouts agronomiques. Légumineuse, la plante n’a pas besoin d’azote et c’est une bonne tête de rotation. « Le soja présente une bonne solution d’alternance aux cultures classiques de notre région, remarque Lionel Borey. Le semis étant tardif et la récolte décalée, la culture permet de réduire les risques. Le soja peut être une culture de rattrapage comme ce fut le cas l’année dernière. » Outre le fait que ce soit une culture à cycle court, peu gourmande en intrants, l’agriculteur trouve une certaine satisfaction à produire pour un marché identifié et local.

Lionel Borey sème ses parcelles avec des semences certifiées. Selon lui, le choix variétal reste plutôt restreint. Même si les variétés 000, précoces, ont été développées, ni les rendements ni le taux de protéines n’ont augmenté. « C’est une plante autogame, il y a moins d’investissement dans la recherche variétale, que d'autres espèces. Le soja bénéficie donc moins du progrès génétique », explique Michel Duvernois. La certification non OGM se fait au niveau de la semence, qu’elle soit fermière ou certifiée, mais aussi tout le long de la filière. Lionel Borey, qui ne raisonne qu'à l'échelle de sa rotation n’irrigue pas ses parcelles de soja. « C’est un risque à prendre, mais comme nous avons d’autres cultures à cycles différents, nous pouvons nous le permettre », résume-t-il. Outre les progrès génétiques, l’agriculteur aimerait que l’inoculation de ses semences soit facilitée, pour augmenter la vitesse du chantier. Au niveau du matériel, il salue l’arrivée des coupes de moissonneuses flottantes qui permettent de varier la hauteur de la coupe afin de ne pas laisser les graines les plus basses. Lionel Borey suit attentivement les tests effectués sur le binage du soja. Conscient des nombreux atouts agronomiques du soja, l’agriculteur souhaite que la filière soja soit relancée, une bonne fois pour toutes.

(1) Voir page 12 du n° 312, avril 2017, de notre revue.

30 000 tonnes de soja transformées chaque année

Extrusel est une unité de transformation d’oléagineux appartenant à cinq coopératives : Dijon Céréales, Interval, Bourgogne Sud, Terre comtoise et Terre d’alliance. Les cinq collecteurs réceptionnent environ 60 000 tonnes de soja. Seule la moitié des graines collectées par ces dernières sont transformées par Extrusel, le reste étant commercialisé sur les marchés français. Les 30 000 tonnes transformées sont ensuite, vendues aux trois fabricants d’aliments actionnaires : Sanders, Soréal et Philicot. Extrusel a une capacité de trituration de colza et soja de 80 000 tonnes. L’outil possède trois lignes de trituration dont une consacrée au soja.

Un assolement diversifié à la SCEA du Lac

263 ha de cultures

40 ha de soja

25 q/ha de rendement en soja en 2016

90 ha de blé tendre

40 ha de maïs

35 ha de colza

25 ha de tournesol

21 ha d’orge

12 ha de semences de trèfle en 2016-2017

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