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Du chanvre pour une voiture plus écologique

Les fibres de chanvre sont utilisées dans de plus en plus de constituants automobiles. Mais cette plante a beaucoup d'autres débouchés. Une filière s'est montée en Bourgogne-Franche-Comté. Et si vous vous mettiez au chanvre ?

Ce n’est plus anecdotique. Le chanvre se retrouve comme constituant d’équipements automobiles à l'échelle industrielle. « Il est présent dans les panneaux des portes de toutes les Peugeot 308 depuis 2014. Il entre dans la composition de la planche de bord de la nouvelle Alfa Roméo Giulia. Et il sera dans le tableau de bord de la prochaine Renault Mégane », précise Raphaël Berthoud, directeur général de la société APM (Automobile Performance Materials). Plus précisément, le composant (compound) utilisé est constitué de 20 % de fibre de chanvre mélangé à du polypropylène et divers additifs selon une formulation mise au point par APM pour obtenir un produit nommé NafiLean.

Au-delà de la simple production de chanvre, le secteur agricole est partie prenante à plus d’un titre dans le développement de ce débouché. Le capital d’APM est constitué à 50 % par la coopérative Interval et à 50 % par Faurecia, équipementier automobile qui fournit des marques dans le monde entier.

Des gains de masse imposés par la Commission européenne

Le chanvre apporte son image de culture écologique car il est très peu gourmand en intrants chimiques. Mais son intérêt réside ailleurs pour les constructeurs automobiles : son utilisation génère des gains de masse. « C’est le gros avantage de notre produit NafiLean. Il est 7 % plus léger que les références du marché tels que des polypropylènes chargés de talc à 15-20 % ou avec de la fibre de verre à 20 %, présente Pierre Demortain, responsable développement marketing chez APM. C’est de plus une solution validée qui est déjà sur la route. » Le produit à base de chanvre peut être recyclé dans son intégralité et la fibre de chanvre ne fait qu’ajouter à la solidité du compound obtenu.

Les constructeurs ont le souci permanent de réduire l'empreinte écologique de leurs voitures, notamment dans l’Union européenne où il faut passer d’une norme de 130 grammes de CO2 émis par kilomètre fin 2015 à 80 grammes au 1er janvier 2021. « Le gain de masse sera le principal contributeur de cette évolution. Cela passe par des solutions de rupture pour gagner 100 à 200 kilos par véhicule, via notamment leur architecture, mentionne Raphaël Berthoud. Notre produit à base de matière biosourcée à 20 % (et 80 % pétrosourcée) répond à ce besoin. Pour Faurecia, nous avons comme objectif d’occuper 20 % de son marché des matières structurelles non visibles des véhicules. » Il va donc falloir pousser les murs de la petite entreprise APM basée à Fontaine-lès-Dijon pour répondre à ces besoins. C’est prévu. En ce qui concerne les fibres de chanvre, elles sont fournies par la société de transformation Eurochanvre, filiale à 100 % de la coopérative Interval basée à Gray, en Haute-Saône.

Une culture de chanvre très peu coûteuse en intrants

Eurochanvre transforme les tiges de chanvre pour séparer les fibres de la chènevotte. « La tige de chanvre est chargée à 20-25 % en chènevotte. Dans notre usine, nous diminuons cette teneur à 3 % pour certains débouchés (bâtiments, ameublement) mais pour la plasturgie telle que celle utilisée par APM, nous avons abaissé cette teneur à moins de 1 % », précise Gilles Chanet, responsable de l’usine Eurochanvre. Au sein d’APM, cette teneur est encore réduite au minimum. La chènevotte n’est pas laissée de côté. Les sacs qui sortent de l’usine Eurochanvre en témoignent : une bonne part de la chènevotte part pour le débouché de litière pour animaux et une autre pour le paillage dans les jardins et espaces verts. Pour le chanvre de la région Bourgogne-Franche-Comté porté par Interval, le secteur automobile est un débouché de prestige mais ce n’est pas le plus important, loin de là. En France, les biocomposites ne constituaient que 15 % du marché de la fibre de chanvre en 2010.

« Aux alentours de 200 agriculteurs produisent du chanvre dans notre secteur", précise Philippe Guichard, directeur de la coopérative Interval. Les productions sont sous contrat. Le chanvre peut rapporter gros si les conditions climatiques sont favorables à son rendement et il ne coûte pas grand chose à produire. Il n’y a pas de traitement phyto. Les semences sont obligatoirement certifiées avec un coût de l’ordre de 250 euros/hectare. La récolte est la charge qui pèse le plus sur le chanvre. Faut-il le préciser : le chanvre que l’on trouve dans les champs ne contient plus de composé psychotrope propre au cannabis (THC) ou si peu, moins de 0,2 %. Les vertus du chanvre se limitent à des débouchés industriels et alimentaires.

Quatre moissonneuses-batteuses armées jusqu’aux dents

Le chanvre se récolte début septembre. « C’est la période où il y a beaucoup de travail dans les exploitations de polyculture élevage de notre région, témoigne Philippe Guichard, Interval. La coopérative propose la récolte comme prestation. » Avec ses tiges aux fibres extrêmement solides, la récolte nécessite un équipement adapté. « Pour 300 000 euros chacune, nous avons muni quatre moissonneuses-batteuses traditionnelles d'équipements spécifiques (becs Kemper, bloc hacheur adapté...) », ajoute Philippe Guichard. Le but est de récolter des tiges de 40 centimètres. Le débit de récolte est de 2 hectares à l’heure avec quinze jours pour récolter au moment de la maturité des graines. Le coût de récolte du chanvre revient à 300-400 euros/hectare, selon Terres Inovia.

En chiffres

. 12 500 ha de chanvre en 2015 en France dont 2000 ha transformés par Eurochanvre (5000 ha par la Chanvrière de l’Aube)

. 24 000 ha de chanvre en Europe

. 26 000 t de fibres de chanvre produites en 2010 en France dont 55 % pour le débouché de la papeterie, 26 % pour l’isolation, 15 % pour les biocomposites

. 44 000 t de chènevotte (intérieur de la tige) en 2010 : 62 % pour les litières pour animaux, 15 % pour la construction (béton), 22 % autres dont paillage des parterres.

. Riche en oméga 3 et 6, le chènevis est la graine noire du chanvre dont on tire de l’huile alimentaire et qui est utilisé aussi en oisellerie

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