Aller au contenu principal

Drive de producteurs : commande en ligne de produits locaux, la combinaison gagnante

Les drives fermiers combinent produits locaux et achat en ligne, deux tendances lourdes de la consommation, et praticité pour les agriculteurs. De quoi assurer l’avenir de ce mode de commercialisation dopé par la crise sanitaire. Témoignages.

Marc Thibault et Mathilde Lemaitre, du drive fermier du Sénonais. « Par rapport à un magasin de producteurs, un drive fermier est un engagement moins lourd financièrement, et moins contraignant en termes de permanence. » © G. Omnès
Marc Thibault et Mathilde Lemaitre, du drive fermier du Sénonais. « Par rapport à un magasin de producteurs, un drive fermier est un engagement moins lourd financièrement, et moins contraignant en termes de permanence. »
© G. Omnès

Les drives de producteurs ont connu un coup d’accélérateur, doublé d’un regain de médiatisation, à l’occasion du premier confinement. Mais au-delà de l’effet d’aubaine, la démarche était déjà sur la pente ascendante depuis plusieurs années. Le concept cumule des atouts dans l’air du temps : achat en ligne, de plus en plus plébiscité par les consommateurs, et produits locaux, autre tendance de fond.

Les producteurs y voient aussi leur avantage. « À l’origine, nous étions trois agriculteurs à vouloir monter un magasin de producteurs. On s’est rendu compte qu’un drive fermier était un engagement moins lourd financièrement, et moins contraignant en termes de permanence », raconte Mathilde Lemaitre. La jeune femme, installée sur l’exploitation familiale de 300 hectares en grandes cultures et élevage (volailles et porcs) à Maillot, dans l’Yonne, fait partie de l’équipe qui a monté le drive fermier du Senonais, près de Sens. Elle y vend ses poulets, rôtis et autres savoureuses saucisses provenant de la ferme.

Faciliter la tâche des consommateurs désireux d’acheter local

« Le drive nous est apparu comme une solution intermédiaire, explique-t-elle. Nous nous sommes renseignés auprès de la chambre d’agriculture puis, par bouche-à-oreille, on s’est réuni avec d’autres producteurs que nous connaissions déjà. » Le drive du Sénonais est lancé en 2016 et compte désormais 13 agriculteurs et 3 artisans. Les 30 à 40 commandes hebdomadaires ont décollé à plus de 240 pendant le confinement. Le groupe espère atteindre un rythme de croisière de 70 à 100 commandes par semaine, un niveau garantissant un bon intérêt économique et un rythme supportable.

Ce mode de commercialisation est une satisfaction pour Marc Thibault, installé en grandes cultures bio sur 235 hectares à Michery. Ce producteur de farine, de légumes secs, de pâtes et d’huile y voit un moyen « de mettre en cohérence les paroles et les actes en proposant aux gens de consommer local. On a besoin de ce type d’outil pour leur faciliter la tâche. Avec le drive, ils achètent ce qu’ils veulent, quand ils veulent ». Pour autant, comme pour la plupart de ses collègues, le drive n’est qu’un débouché parmi d’autres. Marc vend aussi directement à la ferme, via des Amap et Biocoop.

Concrètement, les clients ont jusqu’au mercredi pour passer leur commande sur le site web du drive du Sénonais, avant de venir retirer leurs paniers le vendredi après-midi sur l’un des deux points de retrait. Ils sont accueillis par des producteurs, dont le temps de permanence est réparti selon le chiffre d’affaires de chacun. « Le drive permet de réunir plusieurs producteurs et de proposer une large gamme de produits au même endroit, explique Mathilde Lemaitre. C’est intéressant pour l’acheteur, et c’est appréciable pour nous puisqu’on livre tout sur un même lieu. »

Comme une large majorité de ces groupements de producteurs, le drive du Sénonais s’est structuré en association. Il n’y a pas d’achat-revente : les ventes sont payées sur le compte de l’association, qui reverse sa part à chaque producteur. Au passage, elle prélève mensuellement 12,5 % du chiffre d’affaires hors taxe pour payer les charges communes (comptabilité, communication…). L’association reverse aussi annuellement un pourcentage du chiffre d’affaires pour l’usage de la marque « Drive fermier », marque fille de Bienvenue à la ferme, et pour l’utilisation du site proposé par cette structure.

 

 
Avoir une gamme diversifiée est l'une des clés de la réussite des drives fermiers. © G. Omnès

 

La période est porteuse pour les drives de producteurs, mais les échecs existent. La réussite dépend notamment du respect de certaines règles. Il y a d’abord la nécessité d’avoir une gamme de produits suffisamment diversifiée. Celle-ci doit impérativement inclure des fruits et légumes, produits d’appel indispensables. Vient ensuite le tiercé viandes, farines, œufs.

Rigueur, logistique et animation de groupe

Le fonctionnement du groupe est également très important. « Il faut un vrai travail d’animation afin de créer une dynamique et une implication valorisant les compétences de chacun », souligne Jean-Michel Matte, paysan boulanger bio à Royaumeix, en Meurthe-et-Moselle. Emplettes paysannes, le drive de producteurs lancé en 2012 auquel il collabore, est l’un des plus anciens de France. Avec trois sites de retrait autour de Nancy et un autre à Toul, la gestion de la logistique est capitale pour ne pas perdre de temps, tout comme l’étiquetage, pour ne pas faire d’erreur de livraison. « Il faut être rigoureux afin que tous les produits soient bien identifiés, explique l’agriculteur. S’il y a des erreurs, les clients ne reviennent pas. Il faut aussi faire attention à ne pas utiliser le site du drive pour vendre ses excédents, cela ne pardonne pas. »

Jean-Michel Matte insiste également sur le choix des points de retraits. Ils doivent être pratiques pour les clients comme pour les producteurs. « Il faut que ce soit accessible, confortable, et facile à trouver, recommande l’agriculteur. Le bon lieu est aussi celui où l’on trouvera la clientèle visée, par exemple les sorties de bureau. Mieux vaut éviter dans ce cas d’être en rase campagne. »

Le boost du confinement

Avant le début de la crise sanitaire, le réseau Drive fermier — marque détenue par Bienvenue à la ferme — comptait 45 drives en France et 85 points de retrait. En mai 2020, le réseau enregistrait plus de 100 points de retrait. Le nombre de commandes hebdomadaires est passé de 1 600 à plus de 6 000. L’inflation a aussi touché le prix du panier moyen : plus de 50 euros à l’automne, contre 40 euros avant la crise Covid.

Les plus lus

betteraves bio dans une usine Cristal Union
Cristal Union annonce un prix de la betterave « à 30 €/t dans les toutes prochaines années »
Arguant des effets positifs de la restructuration accomplie au sein du groupe et de la fermeté du marché mondial du sucre, le…
[vidéo] Pyrale du maïs : un quad customisé pour épandre les trichogrammes
Un quad avec épandeur de trichogramme intégré : cette innovation testée par Bioline et la coopérative Oxyane permet de simplifier…
En bio, passée juste avant la moisson, l’écimeuse (ici, la Selac de Bionalan) évite de récolter de la matière verte qui pénalise la conservation et la pureté, impliquant des efforts de triage importants. © Bionalan
Désherbage : l’écimage, solution de secours contre les adventices
Le recours à l’écimeuse se développe, y compris en conventionnel. Certains modèles offrent une grande marge de manœuvre pour…
Avec ce coup de chaud, les parcelles superficielles risquent de décrocher. Les parcelles profondes ou irriguées peuvent passer le cap sans trop de dégâts.
Coup de chaud sur les blés : faut-il craindre une chute de rendement ?
Les jours à venir s’annoncent très chauds. Par endroits, la pluviométrie de mai est déjà consommée par les plantes et le risque…
discussion trilogue
PAC : les négociations entre eurodéputés et ministres achoppent sur les mesures environnementales
Au bout de trois jours de trilogue, les négociations entre la Commission européenne, le Parlement européen et les ministres se…
Michel et Nicolas Dostes, agriculteurs à Astaffort (47)  -   "Avec des colzas développés suffisamment tôt grâce au semis direct et précoce, aucun insecticide n'a été employé l'automne dernier." © Gaec Dostes
Colza : « Ma stratégie permet d’économiser 50 à 70 euros/hectare d’insecticides »
A Astaffort dans le Lot-et-Garonne, Nicolas Dostes est passé au semis direct et à une implantation précoce du colza. La pression…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures