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Des variétés d'orge adaptées aux besoins locaux

Les filiales malterie de groupes de distribution agricole influent localement sur le choix des variétés d’orges. Mais les besoins agronomiques et économiques des agriculteurs ne doivent pas être négligés. Avis de deux conseillers agricoles.

 

 

 
Dominique Romelot, du service agronomie et innovation à la coopérative Axereal

« Dans une phase de transition en orges d’hiver »

48 % et 46 % des orges d’hiver brassicole : les variétés Etincel et Passerel sont archi-dominantes dans le secteur que couvre la coopérative Axereal (Sud Bassin parisien). Les trois quarts des 100 000 hectares d’orges en 2018 étaient des variétés d’hiver dont 87 % à orientation brassicole. « Une exigence des malteurs est de se faire livrer des lots de variétés pures. Dans nos secteurs de production, mieux vaut travailler avec peu de variétés, ce qui explique ce choix très réduit pour les agriculteurs », explique Dominique Romelot.

La liste des variétés préférées du CBMO (1) ne compte que cinq variétés d’orges d’hiver 6 rangs dont Etincel et Passerel. Mais de nouvelles orges poussent à la porte. « La variété Pixel est en cours de développement (1 % en 2018, davantage en 2019). Elle a passé le cap de la validation technologique CBMO et elle montre un rendement supérieur à Etincel et Passerel, remarque Dominique Romelot. Pixel présente un meilleur comportement aux maladies qu’Etincel dont la tolérance est en train de s’éroder. » La coopérative a un œil également sur la variété KWS Faro. « Nous sommes dans une phase de transition avec le vieillissement d’Etincel et d’un peu de Passerel et l’arrivée de variétés qui connaissent leurs premiers développements commerciaux. » Par ailleurs, l’attente est grande sur des variétés brassicoles tolérantes à la JNO. Elles arrivent.

Développement des semis à l’automne d’orges de printemps

En orges de printemps, le choix variétal est plus large. Si RGT Planet occupait près des deux tiers des surfaces, cinq autres variétés se partageaient le reste du marché chez Axereal en 2018. « Notre malteur Boortmalt oriente nos choix de variétés vers des caractères assez spécifiques. Lauréate et Sangria répondent en particulier à ce besoin, informe Dominique Romelot. D’autre part, Lauréate passe très bien en semis d’automne car elle montre une bonne tolérance à la rhynchosporiose, maladie à laquelle ces semis sont exposés. » Axereal a fait le choix de conseiller le semis d’automne d’orges de printemps aux agriculteurs. Cette orientation a concerné 65 % de ces orges en 2018 ! Directrice agronomie et innovation chez Axereal, Caterine Deschamps en énumère les raisons : « on note de plus en plus de jours échaudants en juin au fil des années et des hivers de moins en moins rigoureux. D’autre part, le rendement des orges de printemps semées à l’automne est élevé, intermédiaire entre celles d’hiver et celles semées au printemps, avec une bonne régularité de production. Tous ces arguments nous poussent à conseiller ces semis. C’est une pratique que nous considérons comme sécurisante sur le potentiel et la qualité, même si ces semis sont plus exposés aux risques de gel ». Les orges de printemps sont sensibles aux mosaïques contrairement à plusieurs variétés d’orges d’hiver. Il ne faut donc pas les implanter dans des parcelles à risques.

D’une manière générale sur les orges, Dominique Romelot attend une amélioration de la rusticité des variétés d’hiver, ce qui pourrait permettre de moins dépendre des traitements fongicides et de régulateurs. Mais il note depuis quelques années des périodes de pluie survenant fin mai début juin qui provoquent un brunissement des grains, a priori causé par des fusarioses pouvant générer mycotoxines et phénomène de giclage pour la bière. Or, il n’y a pas de fongicide pour traiter tardivement ces affections. Les regards se tournent vers les sélectionneurs pour prendre au moins en considération ce phénomène.

(1) Comité des orges de la brasserie et de la malterie.

 

 
Emmanuel Bonnin, division agriculture de Soufflet

« Les orges d’hiver sont mises à mal »

« Adventices, repousses de blé, maladies… l’orge d’hiver est un peu mise à mal ces dernières années avec ces problématiques agronomiques bien présentes. » En charge de l’évaluation variétale des céréales à paille au service agronomique du groupe Soufflet, Emmanuel Bonnin apporte des conseils aux agriculteurs, plus particulièrement dans l’ex-région Bourgogne. Les escourgeons sont en grande majorité à orientation brassicole avec les variétés Isocel et Etincel occupant à elles seules 70 à 80 % des surfaces. « Isocel vieillit un peu avec une dérive de comportement sur la rhynchosporiose et l’helminthosporiose mais la malterie Soufflet y trouve un plus qualitatif par rapport à Etincel. Nous recherchons de nouvelles variétés d’un niveau qualitatif équivalent, plus résistantes aux maladies et plus productives. C’est le cas de KWS Faro qui se développe fortement dans notre secteur. » Emmanuel Bonnin note aussi l’intérêt de la variété Visuel, « intermédiaire en productivité, bonne en maladie et plus précoce qu’Isocel, ce qui est intéressant pour nos terres les plus séchantes ». Le caractère de tolérance à la JNO est primordial et Soufflet utilise déjà l’orge brassicole Hirondella à ce titre.

RGT Planet un peu sensible à la verse

Les orges de printemps gagnent du terrain cette campagne : + 10 à + 15 % en surface. RGT Planet est à 70-75 % des surfaces. « Sa dominance s’explique par sa très bonne productivité, y compris en terres superficielles, et sa faible sensibilité aux maladies. Elle montre une certaine sensibilité à la verse, observe l’expert de Soufflet. Lancé l’an dernier en Champagne, KWS Fantex montre une productivité équivalente à RGT Planet avec une très bonne qualité malterie et une amélioration sur la tolérance à la verse. »

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