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Des drones gros porteurs pour semer des couverts dans les cultures avant récolte

Les drones gros porteurs ouvrent de nouvelles perspectives d’utilisation de ces engins en agriculture, comme le semis de couverts avant récolte sans endommager la culture. Les essais sont encourageants.

Les drones prennent une nouvelle dimension, au propre comme au figuré. Jusqu’ici, l’usage des drones en agriculture se limitait surtout à des prestations d’imagerie, grâce à des capteurs embarqués sur de petits engins. Ces derniers permettent par exemple d’estimer les besoins en azote sur colza, blé et orge afin de moduler les doses, ou de mesurer le stress hydrique pour adapter l’irrigation.

Désormais, certains drones affichent des capacités de charge de plus de 10 kg : de quoi épandre des trichogrammes contre la pyrale du maïs ou semer des couverts avant récolte. C’est ce que propose la société Reflet du monde, qui a mis au point le RDM-AG, drone capable d’embarquer 15 kg de charge (5 kg de batteries + 10 kg de semences ou autres produits), homologué par la Direction générale de l’aviation civile.

Une vraie avancée, selon Mathieu Arnaudeau, conseiller agronomie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. « L’implantation de couverts en post-récolte peut être difficile, tant au plan technique qu’en temps de travail, constate le technicien. Le semis avant récolte est une solution alternative. Et le drone, qui évite de passer dans la culture, permet de semer sous couvert de céréales ou de maïs. »

Profiter de l’humidité sans abîmer la culture

« Le semis par drone avant récolte des céréales permet d’installer le couvert en profitant de l’humidité résiduelle, sans abîmer la culture ni le sol, précise Lilian Marolleau, cogérant de la société Reflet de France. L’implantation sous couvert dans un maïs est une solution intéressante, notamment dans le cas d’une récolte en grain. » Le semis se fait sur 6 m de large, à 3 m de hauteur, au rythme de 3-5 ha/h. Comme il se fait à la volée et que les graines ne sont pas enterrées, il est plutôt adapté aux petites graines.

En 2020, la chambre d’agriculture des Pays de la Loire a testé le RDM-AG pour semer des couverts dans du blé et du maïs. Des essais comparant plusieurs dates de semis, plusieurs outils (drone, épandeur d’engrais, semoir Delimbe…) et plusieurs enrobages de semences ont été conduits sur deux exploitations de Vendée. Le semis par drone s’est fait sans problème.

Développement dès les premières pluies après récolte

Avant la moisson, les couverts semés sous blé étaient peu développés (20 % de levée). Puis, du fait de fortes chaleurs en juillet, ils ont eu tendance à disparaître. Mais avec les premières pluies, mi-août, ils se sont développés. « Mi-septembre, la biomasse était de 2 tonnes de matière sèche à l’hectare, ce qui n’est pas négligeable pour un semis à la volée dans ces conditions », indique Mathieu Arnaudeau. Le moha, le sorgho, les crucifères et le lin sont les espèces qui se sont le mieux développées.

En maïs, un des deux essais n’a pas fonctionné, sans doute du fait de la rémanence d’un herbicide. Dans l’autre, la récolte, prévue début septembre, n’a été réalisée que début octobre. Trop tard pour que le couvert se développe.

« Le semis par drone avant récolte des céréales permet d’installer le couvert en profitant de l’humidité résiduelle, sans abîmer la culture ni le sol », précise Lilian Marolleau, cogérant de la société Reflet du monde. © Chambre d'agriculture Pays de ...
« Le semis par drone avant récolte des céréales permet d’installer le couvert en profitant de l’humidité résiduelle, sans abîmer la culture ni le sol », précise Lilian Marolleau, cogérant de la société Reflet du monde. © Chambre d'agriculture Pays de la Loire

Un semis sur la totalité de la parcelle

Pour Fabrice Guillet, l’un des exploitants, la technique mérite néanmoins que l’on s’y penche. « Le drone permet de couvrir toute la parcelle. En comparaison, j’ai testé le semis du couvert au semoir Delimbe, en passant dans les passages de traitement. Je l’ai semé 15 jours plus tôt qu’avec le drone, juste avant des pluies, donc le couvert était plus développé. Mais comme je traite en 24 m et que la portée du Delimbe est de 12-16 m, toute la surface n’était pas couverte. De plus, après la moisson, il se passe souvent 3-4 jours avant qu’on puisse semer et il n’y a alors plus d’humidité. Le drone peut donc être intéressant, mais on est limité dans le choix des espèces. » En 2021, les essais seront reconduits en semant plus tôt.

« Le semis par drone en prestation peut être une solution pour gagner du temps à une période où plusieurs chantiers se superposent », estime Mathieu Arnaudeau. Ce n’est pas non plus une solution miracle, selon le conseiller : « une comparaison d’un semis par drone 18 jours avant récolte et d’un semis au semoir direct 48 heures après a donné des rendements de couvert similaires, avec toutefois un petit avantage pour le semis post-récolte, les graines semées au semoir direct étant mieux positionnées dans le sol ».

Accessible sous forme de prestation

Des essais similaires ont été réalisés en 2020 dans d’autres régions. « Le semis sous couvert par drone est au point, assure Lilian Marolleau, chez Reflet du monde. Les agriculteurs doivent juste déterminer les meilleures dates de semis. » Le semis avec le RDM-AG peut se faire en prestation pour un coût de 35-40 euros/ha. Il est aussi disponible à la vente, pour un coût d’environ 35 000 euros, avec la nécessité d’une formation de 15 jours. Cela le réserve aux Cuma, coopératives ou chambres d’agriculture. D’autres sociétés se lancent dans la vente de drones ou dans les prestations de semis ou d’épandage de trichogrammes, et les utilisations pourraient se développer, comme la pulvérisation localisée ou, sous dérogation, le traitement de parcelles difficiles d’accès.

Détecter du datura dans le sarrasin bio

 

 
Les images prises par le drone permettent de géocaliser les daturas sur une appli smartphone pour faciliter leur destruction. © UFAB
Le datura, adventice très toxique et en expansion, est très problématique en sarrasin bio. « Son cycle est très proche de celui du sarrasin, explique Thomas Méar, de l’Ufab (Union française d’agriculture biologique, groupe Le Gouessant). Sa destruction est essentielle mais nécessite de le repérer au champ. » En 2020, l’Ufab a testé la détection par drone sur 50 hectares en partenariat avec Telespazio France. Les images prises par le drone sont analysées par un logiciel. Une fois les daturas géolocalisés, une application smartphone permet d’aller arracher les plants.

 

Le point sur | Empêcher datura et ambroisie d'empoisonner le maïs

L’essai a été concluant. « Sur une parcelle de 5 hectares, le drone a permis de détecter deux daturas qui dépassaient au-dessus du sarrasin. Sur place, nous avons trouvé une multitude de petits plants autour. La zone a été exclue de la collecte, mais le reste de la parcelle a pu être valorisé. » En 2021, les 500 hectares de sarrasin collectés par l’Ufab seront inspectés par drone. Le coût, de 100 €/ha, est pris en charge par la filière.

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