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Colza : la dérogation néonicotinoïdes sur betteraves, nouvelle menace pour les surfaces ?

La Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop) alerte contre les difficultés de la filière, avec des surfaces de colza au plus bas. Et les conditions qui seront imposées derrière des betteraves traitées aux néonicotinoïdes pourraient encore compliquer les choses.

champ de colza en fleur
© G. Omnès

La dérogation pour l’usage des néonicotinoïdes (NNI) sur betterave va-t-elle se retourner contre le colza ? C’est un scénario craint par la Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop), qui l’a évoqué lors de son assemblée générale qui s’est tenue le 17 novembre. L’utilisation de semences traitées aux NNI sur betterave sera en effet assortie de conditions strictes. Parmi celles-ci : des restrictions « sur plusieurs années » pour les plantes mellifères derrière les betteraves protégées avec des NNI. Or, « 25 % du colza est cultivé en zone betterave », a souligné Gilles Robillard, président de Terres Inovia, lors de la session publique.

« Nous refusons un plan pollinisateur qui serait une contrepartie aux néonicotinoïdes »

Le plan national de protection des pollinisateurs « élaboré d’ici la fin de l’année », selon le ministère de l’Agriculture, est également une source d’inquiétude. « Nous refusons un plan pollinisateur qui serait une contrepartie aux néonicotinoïdes », a insisté Arnaud Rousseau, président de la Fop. Le syndicat craint notamment « des conséquences désastreuses en cas d’interdiction de traitement dans la journée », avec des fenêtres de tir qui s’en trouveraient réduites.

De quoi inquiéter une filière déjà confrontée à des surfaces de colza au plus bas. Les professionnels s’alarment des impasses techniques, notamment face aux ravageurs. Alors que les dégâts liés aux insectes ne cessent d’augmenter, le phosmet (commercialisé sous le nom de Boravi), l’un des tout derniers insecticides autorisés, est sur la sellette au niveau européen. Selon Gilles Robillard, son retrait se traduirait par « une baisse immédiate de 200 000 à 300 000 hectares de colza », dont la sole est passée cette année sous le million d’hectares.

Des tournesols tolérants aux herbicides, « seule solution » dans certains secteurs

Autre dossier technique chaud pour les producteurs : la possible assimilation à des OGM des variétés tolérantes aux herbicides (VTH). Après un jugement rendu par la Cour européenne de Justice, puis par le Conseil d'Etat français, le gouvernement français a notifié, dans une communication aux autorités européennes, son intention de « retirer les variétés de plantes agricoles inscrites au catalogue national français qui ont été identifiées comme étant issues de mutagénèse aléatoire in vitro consistant à soumettre des cellules végétales cultivées in vitro à des agents mutagènes chimiques ou physiques ».

Ce projet de décret mentionne également que « les variétés issues de mutagénèse aléatoire in vitro, consistant à soumettre des cellules végétales cultivées in vitro à des agents mutagènes chimiques ou physiques, seront interdites à la commercialisation et à la mise en culture en France, faute d'avoir été évaluées et autorisées au titre de la règlementation relative aux OGM ».

Pour la Fop, ce décret menace l'avenir des VTH, et le syndicat se dit prêt à avoir recours à des actions juridiques si le décret était publié. Pour les producteurs, l’enjeu porte principalement sur les tournesols VTH plutôt que sur les colzas VTH, très peu cultivés. « Dans certaines zones, les tournesols VTH sont la seule solution face à certaines impasses pour gérer des adventices problématiques comme le datura et l’ambroisie, et doivent pouvoir être utilisées sans restrictions excessives ».

Un plan protéines de 100 millions d’euros pour structurer les filières

Dans ce contexte difficile, la mise en place du plan protéines dans le cadre du plan de relance constitue un motif de satisfaction pour la Fop. Doté de 100 millions d’euros mobilisables sur les deux prochaines années, ce plan doit « donner les moyens d’obtenir des résultats à court terme, avec une hausse des surfaces cultivées dans les deux ans », a expliqué le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie dans une allocation vidéo enregistrée pour l’AG de la Fop. Le plan protéines comporte plusieurs enveloppes :
  • investissements pour la structuration des filières : 50 millions d’euros (M€)
  • investissement en agroéquipements pour les producteurs : 20-22 M€
  • soutien à la recherche et au développement d’intérêt collectif : 20-22 M€
  • promotion/communication : 3 M€
  • accompagnement de start-up : 2 M€.

S’ajoutent à ces budgets 5 M€ alloués à la sélection variétale pour les plantes riches en protéines.

Les modalités précises d’attribution des aides (modalités d’appel à projet, matériel éligible…) devraient être rendues publiques dans les tout prochains jours, selon l’annonce de Julien Denormandie. Pas sûr toutefois que ces aides structurantes modifient immédiatement les assolements.

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