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Couverts et plantes compagnes pour le tournesol

AgriGenève, un groupe d’agriculteurs suisses, expérimente le semis sous couverts de tournesol depuis quatre ans. Retour d’expérience.

Dans la région de Genève, en Suisse, des céréaliers travaillent à la mise au point de conduites innovantes des cultures. Pour Jonathan Christin et Christophe Bosson, respectivement 51 et 55 hectares de cultures à Aire-la-Ville, adhérents de l’association AgriGenève, les premières réflexions remontent à 1995 lors du festival du non-labour et semis direct organisé en France. Depuis quatre ans, avec leur conseiller Nicolas Courtois, les essais se sont accélérés, notamment pour tester différents couverts avant et dans la culture de tournesol. Vingt-quatre espèces ont été choisies, seules puis en mélange jusqu’à six. Il en ressort que le couvert type est composé de pois fourrager, gesse, avoine brésilienne, sorgho fourrager, radis chinois, phacélie et niger. Ces essais ont mis en évidence que les couverts semés en juillet de l’année qui précède le semis de tournesol, juste après les récoltes d’orge, permettent de maintenir le sol propre jusqu’en fin d’hiver. Mais durant les mois de mars et avril, le sol se salit peu à peu si le paillage obtenu par le gel n’est pas assez dense.
Aussi, les adhérents d’AgriGenève souhaiteraient un couvet non gélif, vivant jusqu’au semis de tournesol.
Côté engrais, une fertilisation localisée avec le phosphate d’ammoniac (DAP), à raison de 100 kilos par hectare, confirme que le DAP a bien un effet starter mais influence peu le rendement. L’enfouissement d’urée dans l’inter-rang durant le semis ne semble pas apporter un gain de rendement pour le tournesol.

Un semis de couvert en deux temps


Les Suisses ont réalisé l’an passé des essais sur l’implantation d’un couvert en deux temps, qui couvrira le sol en hiver. Dès la moisson de l’orge, un sarrasin a été semé le 1er juillet, suivi le lendemain par un épandage de 2 litres à l’hectare de glyphosate pour assainir la parcelle avant la levée. Deux mois plus tard, un mélange à base de sarrasin, seigle et pois fourrager a été implanté dans le premier couvert. « En semant ce couvert début septembre, explique Nicolas Courtois, nous évitons qu’il arrive à fleur et devienne sensible au gel. Il recommencera à pousser au début du printemps. Le premier semis effectué dès la moisson intervient pour limiter le développement des mauvaises herbes et ne pas interrompre l’activité biologique. Ce double semis engendre un surcoût, mais il peut être réduit car toutes les semences sont produites sur la ferme. » Juste avant l’implantation du tournesol, le couvert est détruit grâce à un rouleau Faca. « Nous avons voulu vérifier qu’avec une telle technique, il est possible de se passer du glyphosate et limiter le désherbage uniquement à un traitement au Challenge 600 », poursuit-il. C’est le cas puisqu’en l’absence de glyphosate au départ, le rendement est quasiment identique à la référence (avec 5 l/ha de glyphosate puis 5 l/ha de Bandur, herbicide à base d’aclonifène). En revanche la non utilisation de glyphosate et de Challenge 600 a fait perdre 8 quintaux/hectare. Puis, dans ces essais de 2012, les membres d’AgriGenève ont testé une association de la semence de tournesol avec une lentille ou un trèfle d’Alexandrie en plante campagne.


Deux plantes compagnes testées


Les premiers résultats sont encourageants car les plantes compagnes n’ont pas pénalisé le rendement du tournesol. Celui-ci est identique à la conduite de référence avec 28,5 quintaux à l’hectare pour le tournesol associé à la lentille et 29,9 quintaux à l’hectare quand il est associé au trèfle d’Alexandrie. La lentille a cependant la préférence car elle étouffe davantage les mauvaises herbes et permet ainsi de diminuer les doses d’herbicides, notamment en Challenge 600.
Aujourd’hui, Nicolas Courtois et le groupe d’agriculteurs ont acquis une certitude. À la moisson de la céréale, il est nécessaire de faucher haut et d’éparpiller les pailles. Le couvert doit être semé tôt sans travail du sol et avec une faible dose de glyphosate. Le couvert hivernal doit contenir 50 % de légumineuses et des plantes qui gèlent le plus tardivement possible, sans pour autant monter à graine. Il reste des questions à trancher : faut-il opter pour un couvert non gélif ? Pour un double semis avec une plante compagne ? Faut-il fertiliser le tournesol le jour du semis, voire avant, plutôt qu’à 4-6 feuilles du tournesol ? En Suisse comme en France, il reste du travail d’acquisition de référence.

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